Le salon de l’Agriculture a fermé ses portes et des centaines de personnalités politiques de tous rangs y sont allées pour disent-elles toutes « prendre le pouls » d’une activité économique dont certains secteurs sont en crise. En fait on ne sait pas si leur objectif est de voir les agriculteurs ou d’être vus des agriculteurs et c’est ainsi depuis des décennies. Cette année le climat était orageux ou même plus, surtout quand est apparu le Président de la République pour se calmer lorsque le « Bleu Marine » est devenu la couleur dominante. Bien entendu le parallèle entre la violence des attaques à l’égard de François Hollande et l’enthousiasme en faveur de Marine Le Pen relève de la pure coïncidence. En fait rien de concret ne sort de ces déambulations gastronomico-politico-touristiques mais elles appartiennent au folklore voulant que l’on apprécie la proximité d’une femme ou d’un homme politique à celle qu’ils témoignent avec le cul des vaches. Il existe un indice de sympathie dans le monde agricole à l’égard de celles et ceux qui avalent tout ce qui leur est présenté et qui savent flatter l’encolure ou l’arrière-train de bêtes triées sur le volet. Pas pour les autres réputés petits joueurs!
Il est rare, très rare qu’il n’y ait pas de contestations au salon car la présence médiatique permet de les amplifier de manière satisfaisante. Il est donc vraiment impossible de prétendre que ce rassemblement débouche sur des décisions en lien avec les problèmes constatés. D’abord parce que Porte de Versailles se retrouve l’élite de la profession qui dans sa plus grande partie ne traverse pas, grâce à la qualité de ses productions ou de ses transformations, des difficultés particulières. La plupart des opérations de contestation sont ensuite montées de toutes pièces par des syndicalistes venus sur place pour exprimer la colère du peuple agricole. Elle est enfin réelle sur une filière ou une autre selon les années mais elle ne concerne pas la totalité de la profession. En 2016 celle qui aurait dû préoccuper tout le monde c’est celle des élevages avicoles. Or elle a été oubliée !Adeptes du libéralisme outrancier certains de ces « manifestants » se tournent systématiquement vers l’État pour réguler les marchés sur lesquels ils ne parviennent plus à faire la loi. La démarche n’a pas changé depuis des décennies et on se souvient des choux-fleurs bretons, des fruits du Languedoc, des salades ou des tomates d’ailleurs, des melons surabondants et du vin ou du lait au cours de la dernière moitié du XX° siècle.
Chaque fois la revendication est la même : maintenir le prix des cours à un niveau élevé quand il y a dans les faits, surproduction. Mais que penser par exemple dans le domaine du prix de la viande de porc affiché comme non rentable et même générant de lourds déficits des éleveurs quand on apprend que cet semaine le Préfet de la Gironde est sous pression pour accorder une autorisation de passage de 7 600 à presque 12 000 animaux dans une porcherie de Saint- Symphorien ? Comment peut-on expliquer cette demande en une période de crise où les cours sont ce qu’ils sont ? Si ce n’est pas rentable comment justifier les conséquences écologiques ne soient pas prise s en compte puisque en 2014, la commission d’enquête publique désignée dans cette affaire avait rendu un avis défavorable. Une position également adoptée par les commissions locales de l’eau et les parcs des Landes de Gascogne et du Bassin d’Arcachon, inquiets des effets sur l’environnement d’une telle porcherie industrielle. Tenez une simple question : quelle est la position de la FNSEA sur ce projet alors que le Confédération paysanne lutte aux cotés des opposants ? On pourrait aussi se référer à la fameuse ferme des 1 000 vaches qui a été récemment pris en flagrant délit de dépasser le cheptel autorisé de 500 en approchant les 800 bovins. Que devient la production de lait ? Comment et où est-elle commercialisée ? A quel prix ? Qui a soutenu ce projet ou au minimum ne l’a pas combattu…
« Notre modèle est à bout de souffle car nous avons perdu de vue ce qui devait être l’objectif de l’agriculture : l’autosuffisance alimentaire européenne. En cherchant à favoriser les exportations, nous avons abouti à une agriculture de produits bas de gamme au prix d’une concentration qui élimine les petits producteurs » a déclaré José Bové. Peut-on m’affirmer que la FNSEA partage cet avis ? L’agriculture industrielle se concentrera bientôt dans une dizaine de départements où les terres accaparées par des exploitations gigantesques ne produiront que de la viande, des céréales et des oléagineux. À côté de cette agriculture intensive et extrêmement polluante, il n’y aura plus que des friches, comme on les voit déjà progresser dans les territoires de montagne où la forêt s’étend. La réalité est celle-là mais c’est bizarre elle ne transparaît pas dans les contestations des agités du salon de l’Agriculture! La mort de l’agriculture n’est pas l’apanage du gouvernement ou de son Ministre mais simplement la résultante d’un système ayant vu le monde du profit investir la production à des fins purement mercantile. On n’en est qu’au début…