Le culte de la peur devient une idéologie politique

Est-ce que l’utilisation des « peurs » serait devenue la meilleure des supports politiques ? On peut penser qu’il y a là un gisement intéressant pour absolument tous les partis puisque dans des registres différents en France comme dans d’autres pays, la base des argumentations repose sur l’agitation de « peurs » en tous genres. Elles vont de l’envahissement des « immigrés », des « migrants », des « réfugiés » aux menaces réelles d’attentats en passant par les risques nucléaires ou l’invasion des pesticides… Pas une seule déclaration de parti qui ne soit pas anxiogène pour une population accumulant les malheurs potentiels. Quand par idéologie ou par utopie les peuples d’antan rêvaient de lendemains qui chanteraient ou d’espoirs de jours meilleurs, ils se contentent maintenant soient de fuir, soient de se cacher, soit de se résigner, soit de se recroqueviller… Lentement la culture du péril permanent a remplacé celle du coup d’état prometteur. Il n’y a plus de place pour une autre approche de l’avenir que celle d’une catastrophe potentielle ! L’émancipation de l’Homme a été remplacée par l’esclavage de la peur d’agir !
Dans le domaine social le grand débat sur la loi El Khomri a vite pris la même direction. D’abord on accuse celles et ceux qui refusent un texte pour le moins discutable de casser « la dynamique d’une croissance salvatrice ». S’ils ne sont pas coupables de « maintenir le niveau du chômage » ils seront responsables de son « augmentation » ! Les discours sont bien rodés ! La dialectique bien huilée. Il s’ajoute ensuite des propos alarmistes repris médiatiquement transformant une contestation légale en drame pour le pays. S’opposer à la déchéance inefficace et inutile de la nationalité viserait « à soutenir voire à encourager les terroristes » et maintenant s’interroger sur l’efficacité de la réforme du code du travail constituerait un véritable crime contre le gouvernement ou le Premier de ses ministres. Enfin il y a aussi les menaces voilées à l’égard des agitateurs qui ne comprennent rien à l’intérêt suprême du pays et qui mettent à mal le bonheur promis dans les prochains mois!
Afin de se conformer à l’état d’esprit ambiant à la sortie de Matignon Pierre Gattaz l’enfonceur de portes ouvertes du Medef, a mis en garde le gouvernement contre un éventuel retrait du projet de loi controversé de réforme du Code du travail. Interrogé sur une éventuelle crainte d’un recul face à la mobilisation sociale prévue le 9 mars, le président du MEDEF a déclaré: « Il faut avancer, il faut continuer, je crois qu’un retrait serait dramatique pour le pays, pour l’économie du pays, et surtout pour le chômage ». Vous avez bien lu « dramatique » selon celui qui porte la responsabilité de millions de drames humains par son culte du veau d’or du profit. Il n’hésite pas à agiter cette peur tellement culpabilisatrice pour celles et ceux qui osent essayer de défendre une certaine protection codifiée du travail. « Nous avons rappelé que cette loi était de nature à provoquer des créations d’emplois et notamment en CDI, et donc qu’il ne fallait surtout pas la dénaturer. Il ne faut surtout pas avoir de demi-mesures », Et Gattaz donne l’exemple:il fait dans la vertu outragée !
L’autre exemple de cette agitation de la peur générale est à mettre au bénéfice de Jean-Christophe Cambadélis selon le Canard Enchaîné. « Sans compromis autour de la loi El Khomri, Hollande peut être éliminé au premier tour, et la gauche sévèrement battue dans la foulée aux législatives. Aucun député PC, aucun député EELV, 80 députés PS au maximum. Soit moins que le FN, qui pourrait en avoir une centaine. » prédit le rassembleur des lambeaux d’un parti déchiré par les propositions du gouvernement Valls qui sont en fait les véritables raisons de la situation sociale actuelle. Le FN qui pratique lui-aussi dans un autre registre la prédiction apocalyptique de l’invasion migratoire est régulièrement un facteur de peur utilisé par le Premier secrétaire du PS en fonction des circonstances. En octobre dernier, par exemple, il affirmait, concernant le vote frontiste, « plus inquiet sur les régionales que pour les présidentielles » (sic). On a vu le résultat et surtout la précarité de ses déclarations postérieures aux résultats sur sa compréhension des causes de l’échec du PS.
Aujourd’hui, il se lance dans une théorie voulant que son parti paye au prix fort, aux prochaines législatives, l’absence de compromis autour de la loi El Khomri (sic). Et pour affoler les frondeurs il affirme que le grand triomphateur de cette contestation de la réforme du code du travail serait le courant Bleu Marine comme si c’était la seule et unique cause du rejet de certains aspects de la politique gouvernementale !
Toujours cité par Le Canard, Jean-Christophe Cambadélis ajoute : L’opposition à la droite, ce serait le Front national, pas nous. Et, alors, on pourrait s’accrocher pour revenir au pouvoir ! » Ce qui veut bel et bien dire que lui le chef du PS annonce déjà la défaite de son camp aux présidentielles et aux législatives. C’est probablement là une vraie raison pour lui d’avoir peur !

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3 réponses à Le culte de la peur devient une idéologie politique

  1. Furetrose dit :

    Moi je veux que le premier ministre m’explique pourquoi les entreprises n’embauchent pas mais peuvent le faire si on supprime les 35H, si l’entreprise décide seule du cout des heures supplémentaires. En leur donnant en plus le droit de licencier dès que son carnet de commande baisse dès le sixième mois et en leur plafonnant les indemnités de licenciement. Si on peut embaucher des contrats d’avenir c’est qu’il y a du travail, si on veut augmenter la durée légale du travail … c’est qu’il y a du travail, alors Manu « el Caudillo « doit arrêter pour nous prendre pour des moutons dociles pour faire plaisir à « l’avare » Gattaz,

  2. J.J. dit :

    …. je crois qu’un retrait serait dramatique…dixit le trublion Gattaz

    Ce qui me semble dramatique c’est que l’on donne la parole à ce genre de négrier.

    ….Sans compromis autour de la loi El Khomri, Hollande peut être éliminé au premier tour, et la gauche sévèrement battue dans la foulée aux législatives…..

    Je crains que même avec un compromis et même avec le retrait pur et simple de la loi actuelle, le résultat soit exactement le même : l’élimination pure et simple de la représentation de la gauche et de ceux qui prétendent abusivement la représenter.

  3. Sanz dit :

    Pardonnez-moi si mon commentaire n’a rien à voir avec ce projet de loi travail… (que je réprouve par ailleurs),
    si ce n’est la couleur politique de ce gouvernement illégitime qu’a quitté Christiane Taubira, qui en assurait la fonction de ministre de la Justice,
    pour vous communiquer ce lien :
    http://www.franceculture.fr//societe/le-dictionnaire-critique-du-sexisme-par-christiane-taubira,
    où peut-être et en tout cas je l’espère, vous pourrez (si ce n’est déjà fait…) écouter (ou réécouter) cette femme… qui n’a vraiment pas sa langue dans sa poche.
    Les femmes, la jeunesse, les minorités, et plus généralement tous les parcours atypiques et inclassables, voilà ce que ce énième projet de loi travail convoite de rabaisser. C’est toujours et encore le « social » qui est la victime anonyme de cette société vénale, négrière, sans vergogne…
    Bien amicalement

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