Désormais il va falloir s’habituer à des nuances de langage chez les analystes savants de la vie politique. Quand par exemple en France ils parlaient de victoire possible du Front National classé à l’extrême droite lors des dernières régionales ils n’osent plus employer cette classification en Allemagne. Il n’existerait pas dans ce pays de néo-nazis ou d’apôtres des idées simplificatrices de haine, d’exclusion, de racisme comme chez nous ! On s’inquiète de la montée d’un parti « populiste » : tout est dans la différence sémantique. L’idéologie de l’AfD qui rappelle pourtant de très mauvais souvenirs Outre-Rhin est abordée avec « délicatesse » mais elle est n’a aucune différence avec celle qui a cours de l’autre coté de la frontière.. Le fameux « populisme » (doux euphémisme) dans tous les pays d’Europe dissimule en fait des valeurs rappelant peu ou prou celles des années 1930 quand la peste brune a fait tâche d’huile sur le Continent. On ne répète jamais assez que les régimes fascistes sont arrivés au pouvoir par le biais de scrutins reposant sur exactement les mêmes programmes que ceux qui sont colportés par des partis avançant masqués mais bel et bien en accord avec les théories du passé.
Lors de sa création l’Europe réunie devait protéger les populations du retour au pouvoir de partisans d’un nationalisme exacerbé. La dérive constante de l’UE vers le profit ; la décomposition de l’unité au profit du repli sur les nations ; la concurrence redoutable entre les économies ; la faiblesse constante des majorités de gouvernement ont détruit les volontés fondatrices. Le vieux Continent entre dans le marécage nauséabond du nationalisme étriqué dans la période où il a tenté de persuader ses habitants que le salut résidait dans la mondialisation. L’arrivée du traité TAFTA accentuera ce rejet total de l’ouverture car les conséquences se révéleront désastreuses sur les opinions publiques. L’Union européenne n’existe plus de fait et élections après élections elle s’effondre sous les coups de boutoir des exploiteurs de l’angoisse générale sur l’avenir.
N’ayant absolument aucune autorité politique l’UE si directive en matière budgétaire, réglementaire, institutionnelle a perdu sa crédibilité dans le domaine de la protection de la démocratie. Tous les gouvernements populistes s’attaquent délibérément ou insidieusement aux libertés, au droit de circulation, à la solidarité, à la justice et le pire c’est que les sociaux-démocrates encore aux affaires les rejoignent chaque jour un peu plus pour tenter de sauver leur peau ! Amnesty international ou la Ligue des Droits de l’Homme ne cessent d’alerter les opinons publiques sur cette dérive. Abandonnant leurs valeurs essentielles les partis se classant à gauche de la droite extrême ne font qu’accentuer la force du populisme qu’ils ne cessent de renforcer !
En Allemagne la coalition entre le SPD et la CDU vient d’échouer ! Il faut dire que sur le thème de l’accueil des réfugiés Angela Merkel n’a pas mesuré les conséquences médiatiques de leur accueil massif. Les événements pour le moins catastrophiques du réveillon de Cologne ont fait le reste. Ils se sont ajoutés aux prises de position en cascade des pays sur le chemin de l’exil de cohortes de fuyards du Moyen Orient. La Grèce et la Turquie deviennent essentielles pour la survie du gouvernement allemand… coincé entre des « nations » protectionnistes et des voisins dont la France qui par l’intermédiaire de Valls la critique ouvertement ! Le résultat ne s’est pas fait attendre : déferlement du parti AfD clone du FN français en beaucoup plus actif car en phase ascendante.
En seulement 3 ans d’existence il avait trouvé des places aux régionales dans 5 parlements sur 16 et il vient de faire des scores impressionnants sur le Bade-Wurtemberg, la Rhénanie-Palatinat et la Saxe-Anhalt regroupant 12,6 millions d’habitant. Ils ont réservé un véritable triomphe au parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) et infligé une défaite sans précédent à la fois à l’Union chrétienne-démocrate (CDU) et au parti social-démocrate (SPD). Un résultat d’autant plus clair que, dans les trois Etats-régions, la participation a été nettement plus élevée que lors du scrutin précédent. Et les analystes surpayés pour ressasser des âneries sur des plateaux télé vont vite en tirer la conclusion qui les arrangent : sanction de la politique d’ouverture aux migrants d’Angela Merkel !
Ils oublieront de dire, c’est une certitude, que selon les sondages sortis des urnes les électeurs ayant basculé vers le populisme allemand (l’extrême-droite) ont également voulu signifier leur opposition aux injustices sociales qui ne cessent de grandir dans le pays exemplaire que serait l’Allemagne de Merkel !
Outre-Rhin 12,5 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté en 2013, un record depuis la réunification du pays en 1990. Le populisme prospère inexorablement sur le principe que les plus précaires refusent de voir arriver près de chez eux des encore plus précaires susceptibles de leur prendre le peu qu’ils ont ! C’est ça la vérité: plus on créé de précarité plus on accroît l’influence du populisme… A méditer cette semaine en citoyens français !