Après les nouveaux drames de Bruxelles on assiste à une nouvelle vague d’analyses des raisons pouvant conduire des hommes à se comporter en barbares pour d’autres hommes n’ayant absolument aucun lien avec leurs motivations. On assiste à des récupérations plus ou moins honteuses ou à de savantes extrapolations relatives au passage d’un statut de jeunes en déshérence à celui de criminels aveuglés par des haines sectaires. On trouve aussi des « perles » destinées aux réseaux sociaux donc tellement sommaires qu’elles en deviennent odieuses mais l’essentiel reste peut-être de s’approprier les sentiments populaires ou populistes que génèrent ces actes que je considère pour ma part comme des « crimes contre l’humanité ».
Une des constantes de ceux qui « savent » repose sur la notion de « communautarisme » qui serait omniprésente dans des quartiers bruxellois et qui favoriserait l’éclosion des monstres terroristes.
On découvre tout à coup que la laïcité (pourtant jamais citée dans les commentaires!) devient un concept très faible à l’égard d’une structuration sociale ayant pris le pouvoir sur des territoires ou ce qui est plus grave sur des esprits… On ne peut plus s’opposer seulement avec des concepts à des stratégies organisées, planifiées, objectivées. C’est ainsi que pour ma part je demande absolument que l’on légifère sur toutes (et je dis bien de toutes) les variantes extrémistes s’abritant derrière des références à la religion pour les ranger dans la liste des sectes.
Les observateurs lucides et sérieux du mouvement djihadiste ne cessent en effet de décrire des méthodes de recrutement, de lavage de cerveaux, de pressions psychologiques, de promesses ésotériques, d’exploitations matérielles des faiblesses individuelles absolument similaires à celles que pratiquent des mouvements interdits dans certains pays dont le nôtre. Il ne s’agit plus dans ce type de situation de rappeler des valeurs mais de vraiment décider de condamner officiellement ces mouvements qui se réfugient derrière des croyances pour détruire les fondements de la vie humaine collective. Ce que l’on appelle « communautarisme » existe dans toutes les villes du monde mais il ne débouche pas systématiquement sur des attitudes criminelles. Peut-on ignorer que ce que l’on appelle des « diasporas » ont eu et ont encore leurs propres banques, leurs propres responsables élus, leur propre justice, leurs propres sanctions, leurs propres actions sportives, sociales ou culturelles ? On visite des quartiers chinois, italiens, cubains dans de grandes cités sans se soucier de savoir quelle économie souterraine ou quelle organisation en maintient l’existence.
« On a fermé les yeux, mais partout en Europe et aussi en France, sur la progression des idées extrémistes du salafisme dans des quartiers qui à travers ce mélange de trafics de drogues et d’islamisme radical ont perverti (…) une partie de la jeunesse », a déclaré Manuel Valls, interrogé sur des propos du ministre des Finances Michel Sapin, qui avait évoqué une « naïveté » des autorités belges face au communautarisme. « C’est cette action que nous devons mener. Je ne suis pas là pour donner des leçons aux Belges », a fait valoir le Premier ministre, se démarquant de son ministre. « Nous aussi avons des quartiers sous l’emprise des trafics de drogue et de salafistes ». Mais quelle décision immédiate ? Aucune. Alors réglons vite le problème et déclarons le salafisme comme étant sectaire et dangereux et rajoutons le à la liste officielle des sectes combattues par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) qui dépend justement du… Premier Ministre ! Une mesure autrement symbolique que la déchéance de la nationalité !
La Miviludes fait une définition parfaite des risques engendrées par l’embrigadement des esprits fragiles. Il s’agit selon elle d’un dévoiement de la liberté de pensée, d’opinion ou de religion qui porte atteinte à l’ordre public, aux lois ou aux règlements, aux droits fondamentaux, à la sécurité ou à l’intégrité des personnes. Elle se caractérise par la mise en œuvre, par un groupe organisé ou par un individu isolé, quelle que soit sa nature ou son activité, de pressions ou de techniques ayant pour but de créer, de maintenir ou d’exploiter chez une personne un état de sujétion psychologique ou physique, la privant d’une partie de son libre arbitre, avec des conséquences dommageables pour cette personne, son entourage ou pour la société. J’attends que l’on me démontre que certaines formes de « communautarisme » ne correspondent pas à cette description d’une « dérive sectaire » ?
En faisant disparaître la pratique de la citoyenneté active dans la pédagogie scolaire ; en tuant par désintérêt des enseignants ou par manque de moyens financiers la vie associative des quartiers (il n’existe plus par exemple aucune activités autour des enfants des écoles depuis la disparition massive des amicales ou des patronages laïques) ; en introduisant la concurrence dans tous les secteurs de la vie collective ; en laissant le monopole de la morale à de pseudos gourous ; en médiatisant à l’extrême la célébrité par la violence ; en vantant les mérites des apparences… et en laissant le champ libre aux « sectes » l’Europe a fait son malheur.
La France pays du lien social par la loi de 1901 sur les associations est désormais revenue à la situation d’avant l’action de Waldeck-Rousseau… La République une, indivisible, laïque recule en désordre ! Les comportements sectaires occupent le vide !