Encore une fois la classe politique se contente de commenter les effets de la montée de la criminalité plus ou moins religieuse et se déchire sur des solutions post-massacres sans jamais avoir un brin de réflexion sur les causes ou les racines du mal. Peu de monde parle par exemple des émeutes de 2005 ou de 2010 en France et de la manière dont elles avaient été réglées. Onze ou cinq ans lus tard le Ministre actuel de la politique de la ville, Patrice Kanner, fait comme le veut une tradition un simple constat : « Il y a aujourd’hui, on le sait, une centaine de quartiers en France qui présentent des similitudes potentielles avec ce qui s’est passé à Molenbeek ». Aussitôt de partout sont montés des cris d’orfraie mais sans démentir vraiment une autre appréciation sur cette ville belge qui selon l’ex-Président du Conseil général du Nord, constitue une concentration énorme de pauvreté et de chômage, où les services publics sont quasiment absents. Il sous-entend ainsi qu’en France il y aurait des secteurs dans lesquels la situation serait identique et donc que les mêmes causes provoquant les mêmes effets nous risquons en permanence de nous retrouver face à des réseaux patiemment tissés dans certaines cités. « Nous avons tous une part de responsabilité », a-t-il fait observer, pointant du doigt la baisse des moyens alloués à la police, à l’Education nationale, au monde associatif et à la mauvaise gestion de ces quartiers par la majorité précédente… ce qui a favorisé l’éclosion des structures communautaristes de remplacement. Il aurait pu en profiter sur ce sujet pour rafraîchir les mémoires car le « tous » est un peu généreux.
En 2005, Nicolas Sarkozy est en effet Ministre de l’Intérieur. Le 8 novembre 2005, lors d’une séance de Questions au Gouvernement à l’Assemblée Nationale, il affirme avoir « demandé aux préfets que les étrangers, qui sont en situation régulière ou irrégulière, qui ont fait l’objet d’une condamnation, soient expulsés sans délai de notre territoire, y compris ceux qui ont un titre de séjour. ». Il s’inscrit ainsi dans la continuité de son discours ferme sur la sécurité : en juin 2005, à la Cité des 4000 de La Courneuve, il avait suscité la polémique en disant vouloir nettoyer les « racailles » au « Karcher ». Deux jours avant le début des émeutes, le 25 octobre 2005, Nicolas Sarkozy s’était rendu en banlieue, rappelez-vous à Argenteuil, où il avait fait face à des attaques des riverains lançant le fameux: «Vous en avez assez, hein ? Vous en avez assez de cette bande de racaille ? Eh bien, on va vous en débarrasser !». On sait ce qu’a provoqué ce type de propos et de comportement !
Après les violences de Grenoble de juillet 2010, Il utilise les mêmes méthodes mais il franchit un cap. Dans son discours de Grenoble du 30 juillet 2010, il présente une série de mesures visant à favoriser la sécurité, après avoir limogé l’ancien Préfet Albert Dupuy, homme de dialogue que je connaissais très bien, pour le remplacer par un ancien haut gradé de police. Des mesures pour renforcer la sécurité sont annoncées et il est intéressant de les rappeler : contrôle par bracelet électronique des délinquants multirécidivistes pendant plusieurs années après la fin de leur peine (sic) ; retrait de la nationalité française aux ressortissants d’origine étrangère coupables de polygamie (sic) ou d’incitation à l’excision (sic) ; instauration d’une peine incompressible de 30 ans de prison pour les assassins de policiers et de gendarmes ; démantèlement de camps illégaux de Roms (sic) ; retrait de la nationalité française pour les délinquants d’origine étrangère en cas d’atteinte à la vie d’un policier ou d’un gendarme (sic) ; installation de 60.000 caméras de vidéosurveillance d’ici à 2012 ; et enfin la condamnation à 2 ans de prison pour les parents de mineurs délinquants en cas de non respect par ces derniers des injonctions de la justice… résultats  nuls? Le calme reviendra mais le mal subsistera et les mesures sur le soutien aux services publics promis dans les quartiers disparaîtra peu à peu ! L’Etat fermera les yeux sur les ressources parallèles, sur l’effondrement de la présence républicaine, sur les difficultés scolaires et surtout sur l’emprise qui va naître de l’utilisation du « religieux » comme facteur de régulation des conflits sociaux.
Nicolas Sarkozy avait en effet fait clairement appel aux communautarisme religieux. Il avait déclaré d’ailleurs publiquement, dans son livre d’entretien (Nicolas Sarkozy, La république, les religions, l’espérance, éditions du Cerf, Paris, 2004) que « la République ne peut se passer de la foi ». Qu’il incombe aux « religions de redonner aux citoyens l’espérance ». Il donnait aux imams le blanc-seing pour gérer les fauteurs de troubles. Lesquels en profitent, bien sûr, pour valider la thèse de Sarkozy. Le Monde rapporte les propos de l’un d’entre eux qui déclare :  » l’Islam (NDLR : lequel?) est un facteur d’intégration. Il n’y a que les extrémistes laïcards pour penser le contraire. Si les jeunes ne respectent pas l’Etat de droit, ils respectent la religion. Un jeune délinquant qui ne respecte rien, il suffit de lui parler du prophète pour qu’il baisse les yeux « . Et l’imam Manoun se prend à rêver de remplacer les cordons de CRS par de respectables personnes âgées et des religieux. C’est le début d’un communautarisme en sous-mains pour gérer la gestion des problèmes sociaux dans les banlieues. D’où l’alliance objective entre les imams et Nicolas Sarkozy qui dans les faits leur a livré les clés de certaines zones. Il aura également réussi l’exploit de s’assurer du soutien des dignitaires de la communauté musulmane, installés par ses soins et qui perdureront.
Le modèle républicain porté par la notion de services publics laïques et solides avait rarement subi une attaque d’une telle envergure : la presse internationale concluait illico que la situation des banlieues était un échec du modèle d’intégration à la française. Les communautaristes musulmans distillèrent la thèse selon laquelle la République ne pouvait pas se passer des « grands frères » et des « imams » pour pacifier les  » quartiers » ce qui débouchera lentement mais inexorablement sur des zones de non-droit républicain. S’il y a une centaine de quartiers de ce type… il faudra des décennies pour en éradiquer le communautarisme installé et avoir le courage de reparler les origines !