Tous les grands médias nationaux ont largement repris une information venue du Calvados présentant une tarification de certaines interventions du service départemental d’incendie et de secours. Un « scoop » ou une information présentée comme telle alors que dans absolument tous les SDIS cette tarification existe et elle est définie par le Conseil d’administration. Bien évidemment il existe des ajustements particuliers et des tarifs très différents. Or comme le veut la tradition médiatique cette décision est totalement déconnecté des vrais problèmes posés par les secours dans notre pays : le phénomène occulte une situation très critique en raison d’une conjonction de faits beaucoup plus graves ! La complexité du financement découlant de la départementalisation ; l’accroissement exponentiel des recours aux sapeurs-pompiers ; la difficulté à mobiliser des volontaires formés et compétents pour répondre aux besoins, la croissance des risques technologiques ; le mythe social du risque zéro ancré dans les esprits ; le culte français de la gratuité absolue des services individuels ; la haine viscérale des impôts destinés justement à financer la solidarité… sont autant de sujets clés passés sous silence. C’est plus simple et plus vendeur d’effectuer une caricature de décisions plus ou moins heureuses mais totalement déconnectées du contexte dans lequel elles ont été prises.
Les missions : elles sont fixées dans chaque département par le schéma départemental d’analyse et de couverture des risques (SADCR) pris par le Préfet et qui définit les modalités d’intervention des sapeurs-pompiers (missions, délais d’intervention, maillage du territoire..). Ce document n’engage en rien les financements de l’Etat mais celui du seul… conseil départemental ! En effet pour assurer la gratuité de la défense des biens et des personnes on oublie qu’il faut actuellement des millions d’euros ! Or le budget des SDIS a cette particularité qu’il est assuré par les collectivités territoriales (communes, intercommunalités, départements) de manière totalement injuste et disproportionnée. En effet les communes et grandes intercommunalités -métropole ou communautés d’agglomération- acquittent une redevance par habitant qui est indexée depuis l’origine sur l’inflation annuelle fixée nationalement. Elle ne suit donc pas le coût réel des opérations… d’autant qu’elle est figée sur les chiffres de population de… 1995 ! En fait les ajustements indispensables (personnels, matériels, vacations) deviennent de la seule responsabilité des conseils départementaux : on atteint ainsi en Gironde près de 91 millions d’euros (31 points de fiscalité sur le foncier bâti). Dans un tel contexte la tarification d’actions à la marge représente des sommes de principe mais absolument pas d’une remise en cause du fondement des secours.
Les sorties : l’augmentation très importante du nombre des recours aux secours (plus de 100 000 en Gironde soit en moyenne 275 sorties par jour dont 60 % uniquement consacrées au secours aux personnes) nécessite une amélioration constante du matériel et surtout une présence humaine suffisante 24 h/24 h et 365 jours par an. En Gironde il y a des journées à près de 500 sorties ce qui constitue les limites absolues du système et de ses moyens. Les procédures actuelles posent en plus des difficultés croissantes puisque contrairement à ce qui est répandue par des médias approximatifs les pompiers ne devraient intervenir que sur l’espace ou les lieux publics. Or désormais le vrai problème c’est le personnel le matériel !
Tous les autres secours aux personnes sauf urgence avérée décidée par le 15 incombe au système de santé (garde médicale, ambulanciers, SMUR, SAMU…). Or faute de moyens humains et financiers le 15 transfère ses responsabilités sur le SDIS qu’il doit dédommager mais qu’il rechigne systématiquement à faire, transférant de fait les dépenses de la sécurité sociale vers celles des impôts locaux ! En plus personne ne connaissant vraiment le processus (l’ambulance pompiers ne part chez un particulier que sur ordre du 15 qui doit faire avant l’évaluation de l’appel) les pompiers sont considérés comme responsables quand ils arrivent dans des délais jugés trop longs. La notion de non-assistance à personnes en danger pourrait-être engagée si le SDIS avait engagé des moyens sur un lieu subalterne en étant dans l’impossibilité de répondre à une urgence avérée. Or les personnels d’astreinte sont de nuit souvent des volontaires mobilisables en 5 minutes !
Les dangers : en Gironde les risques se cumulent : aléas climatiques, forêts, zones urbaines denses, zones rurales étendues, estuaire et fleuve, circulation routière colossale, centrale nucléaire, zones Seveso, autoroutes, activités diverses nombreuses… ce qui contraint à une diversité de savoir-faire ou de matériels considérable répartie dans des dizaines de centre de secours (près de 2 000 sorties sur Créon-Targon avec plus de 100 personnes mobilisables dont seulement une douzaine de professionnels!). Ils doivent se concentrer sur les priorités… Signalons trois exemples significatifs :le SDIS a assuré plus d’un millier d’interventions gratuites en 2015 sur le quai de Paludate à Bordeaux célèbre pour ses établissements nocturnes pour bagarres, ivresses, prise de drogue. Il répète à chaque match au Stade Matmut Atlantique la couverture des risques pour l’Euro ! Il faut 2 bateaux spéciaux pour venir éventuellement au secours des croisièristes sur la Garonne et la Gironde : 3 millions d’euros ! Qui paye ? Le contribuable jamais le milieu économique !
Pour le relevage des personnes à domicile : les services d’alerte pour personnes âgées encaissent l’abonnement mensuel mais n’assurent pas de secours qu’ils laissent aux pompiers ! Idem dans les EHPAD où faute de personnel suffisant disponible la nuit (réduction des crédits ou des dépenses) on appelle désormais systématiquement les secours. Les syndics d’immeubles avec ascenseur facturent des contrats d’entretien mais ne remboursent pas les secours qui interviennent en cas de défaillance des appareils. Idem pour les alarmes de bâtiments de bureaux ou commerciaux. Que dire des assurances qui dans un accident de la circulation prennent en charge le sauvetage de la voiture mais pas celui du conducteur pourtant assuré !
On a donc des situations variables d’un département à l’autre (Paris et les Bouches du Rhône sur Marseille ont des statuts particuliers) et des méthodes dépendant en fait des moyens des conseils départementaux. On verra en Gironde au moment du vote des taux d’imposition si le courage des élus est égal à celui qu’ils demande aux sapeurs-pompiers ! Dans tous les cas… une vraie République nationaliserait la sécurité des biens et des personnes et mettrait ainsi l’égalité au cœur de la couverture des risques !