Les affaires s’empilent depuis des décennies comme autant de strates qui refléteront ultérieurement une période de l’histoire sociale… Elles éclatent, flambent entretenues par le soufflé médiatique, s’éteignent lentement une fois le « carburant » de l’indignation consommé, se rallument quand un nouveau courant d’air passe sur des braises. Tenter de rassembler dans un seul ouvrage les centaines de manquements aux vraies valeurs démocratiques et républicaines dans le seul pays de France tournerait au défi et constituerait une encyclopédie de plusieurs volumes. Au plus haut niveau de l’État comme dans les étages inférieurs les défaillances individuelles ou collectives à l’égard de l’éthique ou de la morale confirment la déliquescence absolue de la vie publique.
Les lois, les textes, les décrets, les circulaires ne changent rien à cette montée en force du fric dans les comportements. Il devient quasiment impossible de persuader un citoyen lambda de son honnêteté quand on occupe une fonction de responsabilité quel qu’en soit le niveau. La dénonciation des manquements occupe le devant de l’actualité durant des périodes plus ou oins longues. Lui succèdent des déclarations impitoyables, des éditoriaux vengeurs, des prises de position sans concession ou des commentaires prudents se référant à la justice… qu’il faut laisser faire son travail ! Bref on s’agite et on brasse de l’air mais des mois, des années, des décennies plus tard rien ne change donnant cette terrible impression que le « crime paye ! ».
Quelle différence existe-t-il entre les noms cités dans le scandale et ceux des malfrats des banlieues qui prospèrent sur des trafics illicites ? Aucune puisque les uns et les autres à leur manière transgressent les principes sociaux les plus élémentaires. Ils planquent des profits, ils escamotent leurs méfaits, ils dissimulent leurs responsabilités, ils manient de sommes folles et surtout ils savent qu’ils peuvent en toute impunité échapper à un État faible, privé de moyens, se heurtant à des pouvoirs largement supérieurs aux siens. Mafieux, criminels de guerre, despotes, dirigeants de tous ordres ont en commun de savoir utiliser les interstices des règlements pour se faufiler vers des horizons meilleurs et protecteurs. Ils devraient donc être traités de la même manière que tous les trafiquants de la terre sauf qu’à l’arrivée le temps judiciaire n’a pas la même longueur pour les uns ou pour les autres. Il y a fort à parier que dans une dizaine d’années pour bien des noms français figurant sur les listes des « porteurs » de Panama on en sera encore aux prémices d’une action judiciaire ! Et pour peu qu’en 2017 reviennent aux affaires les protecteurs de ce monde occulte des faux-culs auxquels le paradis (fiscal d’abord) est promis les dossiers tourneront à la transaction discrète.
On peut reprocher bien des décisions à François Hollande mais à ce jour il n’a pas mis les doigts dans la tapette des affaires. Que dire par contre de ses challengers appartenant à ce grand parti de l’ex-UMP qui espère échapper à l’opprobre après avoir changé de nom? Attendons encore quelques jours pour connaître les bas-fond du canal financier conduisant vers Panama. Mais on sait déjà que Les Républicains via les Balkany, l’avocat associé de Nicolas Sarkozy (une énième proche!) sont déjà dans le collimateur médiatique comme d’autres l’ont été en une époque que l’on veut occulter. Certes on y retrouve aussi Cahuzac et on ne manquera pas de rappeler cette appréciation édifiante portée il y a quelques mois par Manuel Valls sur Michel Platini : « Je n’ai aucune information à ce sujet et je pense qu’il faut laisser la justice faire son travail sereinement. Nous avons la chance, en France, d’avoir Michel Platini, qui fut un très grand sportif et qui est un grand dirigeant à la tête de l’UEFA. Je lui fais entièrement confiance». C’est extrêmement rassurant sur la qualité des services de renseignements français quand on sait où on en est rendu sur le dossier de l’ex-futur président de la FIFA !
Comment pourra-t-on exiger de simples citoyens en précarité, salariés, retraités, fonctionnaires, artisans, commerçants, élus locaux qu’ils se plient à des efforts difficiles pour redresser un pays incapables de faire face à leurs besoins quand les affaires s’accumulent comme le fumier sur lequel poussent gaillardement les plantes folles du populisme ? Comment enrayer cette haine populaire pour des réformes créant l’insécurité sociale, alimentant les caisses d’entreprises dont les dirigeants imaginent des sociétés écrans au cours de leurs nuits blanches, proposant la déchéance de nationalité pour les barbares soutenus financièrement pas certains des chefs d’Etat mis en cause par les documents saisis ? Les affaires sont à cet égard autant destructrices pour la démocratie que les attentats les plus sanguinaires car ils assassinent la confiance entre les peuples et ceux qui sont sensés leur montrer le chemin…Le pire est devant nous !