Impossible de ne pas penser au mythe de l’Arlésienne quand dans l’actualité les doctes analystes de situations économiques évoquent la croissance. Elle est toujours réellement présente dans es scénarios mais elle reste invisible. C’est la vedette politique du libéralisme car elle sert à promettre monts et merveilles aux politiques. Dès que la croissance reviendra la joie et l’allégresse s’installeront dans tous les pays dont la France. La pièce se déroule en 3 actes avec profits en hausse, créations massives d’emplois, succès électoraux en conclusion. Le vrai problème c’est que plus grand monde croit que dans le cadre d’une mondialisation exacerbée on retrouvera des années fastes comme ce fut le cas durant les 30 glorieuses. D’ailleurs pou doucher les gouvernement qui auraient encore des illusions le Fonds Monétaire International a pondu un communiqué à mettre le moral dans la chaussette d’un boursicoteur !
Le FMI a ainsi revu en baisse ses prévisions pour la croissance mondiale pour la quatrième fois en un an du fait du ralentissement de l’économie chinoise, de la faiblesse persistante des prix du pétrole et de la fragilité de la reprise dans les économies développées. On va de déceptions en déceptions et personne ne sait vraiment jusqu’où ira la chute. Dans sa dernière publication, le fonds monétaire table sur une croissance de 3,2% cette année et de 3,5% en 2017 contre des prévisions de respectivement 3,4% et 3,6% en janvier. Il met en garde contre un risque de stagnation généralisée et dit s’inquiéter du risque de voir une croissance plus faible rendre l’économie mondiale plus vulnérable à des chocs comme la dépréciation des devises ou l’aggravation de conflits géopolitiques.
Les pays émergents sont en grande difficulté et n’investissent plus. Quant à ceux du Golfe d’où coulaient à flots les dollars ils en sont réduits à emprunter à tout va. Pour maintenir leur train de vie on estime leurs besoins entre 250 et 342 milliards d’euros d’ici à 2020 pour financer leurs déficits budgétaires résultant de la chute des cours du pétrole,. Les six « royautés » ou « émirats », qui dépendent lourdement des revenus pétroliers, doivent cumuler un déficit de 318 milliards de dollars (279 milliards d’euros) pour les seules années 2015 et 2016. L’Arabie saoudite, Bahreïn, les Emirats arabes unis, le Qatar, Oman et le Koweït tiraient plus de 80% de leurs revenus du pétrole mais ont vu leurs finances publiques lourdement affectées par la chute des cours du brut, qui ont perdu plus de 60% depuis la mi-2014. Ils vont être plus regardants sur leurs dépenses !
Le FMI a aussi en ligne de mire, le référendum britannique… dont les résultat risque bel et bien de ressembler à celui des Pays-Bas sur l’accord entre l’UE et l’Ukraine. Le FMI a également de nouveau en garde contre les conséquences économiques d’une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. A deux mois et demi du référendum sur la question, il a estimé « qu’un Brexit pourrait causer de graves dégâts régionaux et mondiaux » Cette mise en garde ne va pas faire changer d’avis sur l’UE , le peuple britannique mais risque bel et bien de faire effondrer le château de cartes européen ! Elle vient dans le droit fil des alertes sur le départ de la Grèce et on peut légitimement se demander qui dirige les pays européens puisque le FMI par ses prises de position pèse sur les décisions politiques.
Il est évident que le poids du FMI sur l’échéance présidentielle française va aller croissant. Un éternuement renforcera chaque fois un peu plus les candidatures libérales dans un contexte où les effets d’annonce gouvernementaux se veulent optimistes. Or voici que les oracles mondiaux table désormais sur une progression du PIB français en 2016 de 1,1% (contre 1,3% en janvier), puis de 1,5% en 2017 (contre 1,3%) ce qui va doucher l’optimisme sur un retournement de tendance du chômage. Bref on sonne le tocsin partout dans le monde et la guerre économique va s’ajouter à celles des matières premières et à celles des religions.
Même si l’inquiétude règne au FMI on ne change pas de politique. La seule recette reste pour cet organisme aveuglé par son dogmatisme celle des réformes structurelles. Rien de nouveau : au premier rang figure celle du marché de l’emploi pour lequel le FMI aimerait voir moins de cotisations obligatoires et plus de soutien public aux politiques actives de création d’emplois… On part comme toujours d’un constat négatif sur la croissance et on applique ce qui n’a marché nulle part. On applique des cataplasmes sur des jambes en bois… devant les politiques tétanisés par ces prédictions dénuées de toute originalité et surtout déconnectées de l’avenir global de la planète !