Le débat démocratique réel n’existe plus du tout dans notre pays. Il a été remplacé par des postures, des jeux de rôles, des compositions théâtrales, des agitations médiatiques qui permettent simplement de conforter son électorat ou de se positionner sur le devant de la scène. Dans la vie sociale la pédagogie, le partage d’arguments, l’échange n’ont plus leur place. Ce qui compte c’est le talent que l’on peut avoir à monter en épingle le moindre fait afin de créer un choc médiatique jugé profitable durant quelques heures ou quelques jours. Et plus cette prise de position ou cette déclaration est « contre » quelque chose et plus elle a de chances de capter l’attention des médias. C’est ainsi que l’on peut avant même la présentation d’un projet se trouver face à un refus patent sans que soit entendu le moindre début d’explication. Ce jeu tue de fait la vision positive que pouvaient encore avoir les électrices et les électeurs de la démocratie représentative.
Hier les oppositions de Droite au Conseil régional d’Aquitaine-Limousin-Poitou Charentes et celle du Conseil départemental de la Gironde en ont fourni les preuves éclatantes de leur mépris absolu pour les assemblées dans lesquelles ils siègent comme minoritaires. Sous la conduite de Virginie Calmels dauphine d’un certain Alain Juppé les conseillers régionaux de l’ex-UMP ont simplement quitté la séance du débat d’orientation budgétaire… Une démarche courageuse qui a immédiatement reçu le soutien effectif du Front National. Comme parmi les fugitifs se trouvait le président de la Commission des finances ex-UMP pourtant désigné pour participer à cette présentation des axes de la politique régionale il faut considérer que la tactique est tout simplement une incapacité collective à assumer d’autres choix ! Voici des élus qui ont obtenu des voix et des indemnités pour ne pas participer aux réunions statutaires dans lesquelles ils ont obtenu le droit de siéger. Ces enceintes deviennent donc de plus en plus inutiles puisque plus personne n’y vient pour écouter, apprécier, argumenter, contester et… voter ! Je suis prêt à parier que les médias ne retiendront que la fuite des troupes Calmels et oubliera totalement le contenu des orientations budgétaires. D’ailleurs faute de place ou de temps ils n’entreront pas ‘dans les détails »… de forme et de fonds. Le débat n’a plus lieu d’être…et s’il existe il est totalement préfabriqué !
Au conseil départemental il prend une autre tournure tout aussi révélatrice de la réalité du fonctionnement des institutions. Alors que la majorité plurielle n’avait pas encore arrêté sa position sur un taux de fiscalité du Foncier bâti le leader de l’ex-UMP annonçait sans barguigner dans la presse qu’il ne voterait ce taux (sans ajouter quel qu’il soit) après avoir dit qu’il ne ferait pourtant pas d’opposition « de principe »… Bien évidemment il supputait une « coup de massue » sans même évoquer un instant les conditions dans lesquelles ce taux serait fixé. Avant même de débattre l’affaire était entendue et toute approche d’une justification écartée rendant totalement formelle et inutile la séance plénière de présentation des options retenues par le Président du conseil départemental. Aucune demande d’information en commission des finances, aucune question, aucune attente… Le temps pressait car il y avait conférence de presse pour annoncer une hausse de taux et donc une opposition farouche. Il ne s’agira donc que d’une pure formalité publique puisque le résultat de la réunion est d’ores et déjà acquis et publié. Encore une fois les lectrices, les lecteurs, les auditrices et les auditeurs doivent se demander à quoi sert une session plénière du conseil départemental puisque tout est joué d’avance. Le seul vrai problème c’est qu’au moment du budget ces opposants intransigeants aux recettes ont voté sans sourciller toutes les dépenses. Certains insistent même depuis ce vote pour que loin trouve des crédits pour leur commune, leurs manifestations, leurs travaux et proposent sans sourciller des dépenses supplémentaires…
En fait celles et ceux qui prétendent qu’il ne faut être ni de gauche…ni de droite se trompent car il y aura toujours des opposants à un camp ou à l’autre.
En ce qui me concerne il est souvent (trop souvent) opposé à mon propre camp car je préfère ma conscience à des consignes et surtout j’admets que le débat reste le seul ferment de la démocratie. Jamais je ne pratiquerai la chaise vide ou je viderai le débat politique de sa substance. Les enceintes où siègent les élus ressemblent étrangement au castelet où Guignol tape toujours sur celui qui représente le pouvoir en place. Elles vont finir ne plus avoir aucune importance par l’absentéisme d’une part et par des échanges factices et inutiles d’autre part. Mais après on s’étonnera, on s’indignera que les électrices et les électeurs préfèrent rester à la maison ou se rassembler la nuit debout pour court-circuiter ce système n’ayant que les apparences de la démocratie. Le débat est ailleurs, autrement et définitivement absent des assemblées. Merci à celles et ceux qui à leur manière passent leurs nuits debout !