Christophe Sirugue va mettre 3 lettres en vedette puisqu’il remet un rapport sur le RSA dont on sait qu’il meuble les discussions budgétaires dans tous les départements de France. Ce Revenu de Solidaire Active constitue en effet la pierre d’achoppement entre le gouvernement actuel (et même encore plus ses prédécesseurs) et les conseils généraux devenus départementaux. Le débat porte sur les modalités de fonctionnement d’une forme de solidarité vraiment peu adapté à la situation actuelle. L’allocation versée par la Caisse d’Allocations Familiales après instruction des dossiers dans cet organisme est en effet financée par les départements sur la base d’une somme globale sollicitée mensuellement. En Gironde le chèque atteint près de 19,5 millions par mois ce qui conduirait sur ce rythme à une dépense annuelle prévisible de 225 millions d’€ ! Il faut ajouter toutes les opérations destinées à tenter d’insérer ces gens souvent au seuil de la pauvreté matérielle et qui espèrent retrouver un emploi ou au moins unes piste d’insertion sociale. L’augmentation du nombre de dossiers et des montants alloués doit vraiment interpeller dans un pays où les inégalités se creusent.
Michel Rocard le 19 juin 1989 avait prononcé un discours sur le Revenu Minimum d’insertion qu’il créait. Jamais le principe de cette courageuse initiative ne fut remis en cause et s’il y eut transformation par la Droite de « son » RMI en RSA ce ne fut que pour satisfaire les aboyeurs sur « l’assistanat », formule toute faite ne reposant vraiment sur une méconnaissance totale des difficultés réelles d’une très grande par des 2,5 millions de personnes relevant d’un minimum de solidarité.
Michel Rocard comme souvent avait une grande avance sur son temps : « Les « utopies égalitaires » ont toujours fini dans la pire des inégalités, celle engendrée par la violence et l’oppression. Car toutes les sociétés humaines connaissent des inégalités, quel que soit leur principe de régulation, politique, économique ou religieux. Et, au bout du compte, les inégalités tendent à s’additionner les unes aux autres. » avait-il « prophétisé » il y a 27 ans ! Il faudrait qu’après la remise du rapport par Christophe Sirugue que je connais un peu pour avoir siégé au bureau national de l’AMF à ses cotés, rappelle au gouvernement socialiste cet autre passage de l’allocution de Rocard : « Le socialisme démocratique aujourd’hui se définit entre autres par une volonté permanente de lutte contre les inégalités de toute nature. Cependant, son histoire lui a appris que, pour répartir les richesses existantes, il fallait en créer de nouvelles. Établir un équilibre entre la production et la répartition doit être une préoccupation constante. François Mitterrand le disait récemment en d’autres termes : « Créer, inventer, travailler pour partager et partager pour mieux créer. »…
Dommage que le débat ne porte pas davantage sur le fondement du RSA que sur son financement. Il faudrait encore plus être créatif, inventif, travailleur pour revenir avec efficacité à la notion sociale de « partage » qui est tellement éloignée des préoccupations politiques présentes. Cette notion devrait pourtant être au cœur du RSA mais elle disparaît dans les ratios, le fric, le profit, le sentiment dramatique que le salut est possible pour les uns et donc s’il n’échoit pas aux autres c’est en raison de leur incapacité à effectuer le même parcours.
Revenons à Michel Rocard avec « Le sentiment que les inégalités se sont accrues dans notre société est depuis un ou deux ans plus fort qu’il ne l’était lorsque la crise a recréé une inégalité majeure, celle du chômage. Mais, nous pouvons le comprendre, la croissance retrouvée rend plus sensibles les inégalités de revenus, par la conscience diffuse qu’elle donne que des « marges » sont réapparues. Les inégalités de revenus dominent donc le débat. Mais nous devons prendre garde d’oublier les autres formes d’inégalité, celles qui tiennent notamment au patrimoine, à la formation initiale et continue, à l’espace et au logement, à la santé. décisifs pour réduire les phénomènes d’exclusion. » un vrai programme de Gauche pour notre époque, lui qui fut taxé et qui l’est encore d’être un suppôt du social-libéralisme.
D’après Christophe Sirugue la reprise par l’Etat de sa gestion via les CAF et son extension au 18-24 ans coûterait plus de 2 milliards (à rapprocher du CICE) mais ferait fondre la pauvreté de près de 4 % !
Michel Rocard avait tracé la voie sur l’essentiel : « Mais le RMI ne doit pas enfermer les plus défavorisés dans une prestation de simple survie. Il courrait alors le risque de devenir trop facilement la bonne conscience de la société. Le point clef, au contraire, tient dans la politique d’insertion pour rompre le cercle de la pauvreté. Le RMI peut revêtir un caractère révolutionnaire seulement si nous rendons indissociables l’aide financière et la démarche d’insertion. Pour réussir, il faudra réaliser une importante mobilisation de moyens et de compétences. Le niveau local devra être privilégié. L’insertion des exclus, en effet, comme la formation des jeunes en situation d’échec scolaire, ne peut reposer que sur le contact, sur le fait que l’on trouve devant soi ou à côté de soi un interlocuteur. Sous ces conditions, le RMI pourra être une conquête sociale aussi importante que les lois sociales du Front populaire et de la Libération […] «
Si Christophe Sirugue arrive à ce que simplement ces propos soient entendus par le gouvernement, il aura largement rempli sa mission. On ne réglera rien, absolument rien en changeant seulement le mode de financement. Le vrai bouleversement est politique et le retour au racines de la solidarité humaine active et collective. Et ça ?