Il est parait-il possible d’échapper aux balles de ses adversaires en courant en zigzags alors qu’en montant droit hors de la tranchée on a de fortes chances de se faire cueillir par une rafale mortelle. Il vaut mieux aussi parfois ramper que de monter à l’assaut droit comme un I face à l’ennemi. En politique il y a plusieurs similitudes surtout quand on exerce le pouvoir et souvent les combats ressemblent étrangement à ceux des batailles car il s’agit de sauver sa peau face à des adversaires fins tireurs. Il y a près de 40 ans lors d’une discussion sur le monde politique, un expert me confiait simplement cette méthode : « tout n’est que rapport de forces. Tu ne peux exister que si tu es costaud dans tes valeurs et que tu es doté d’une volonté permanente de résistance ». Ce « sage » retiré depuis plusieurs années des allées du pouvoir devrait être appelé en consultation par le gouvernement qui ressemble étrangement à un punching-ball pour entraînement présidentiel.
Toujours sur la défensive il ne tient plus le cap et apparaît comme sans projet et sans aucune force susceptible de tenir bon dans le ring. Certes il y aura eu les dramatiques attentats qui ont provisoirement redonner une image de fermeté au Président et au Ministre de l’intérieur mais très vite la faiblesse est réapparue. L’échec de François Hollande repose essentiellement sur sa culture politique. Il a tracé son parcours exclusivement dans la gestion des conflits et jamais dans leur résolution. Pour lui seul le compromis permet de sortir des situations les plus désespérées.
Or dans le contexte actuel les Françaises et les Français ont de plus en plus le sentiment qu’il faut un leader susceptible de briser les multiples verrous imposés par la logique d’un principe fallacieux : « point de salut hors de la croissance économique ». Penchant historiquement à droite le peuple de France évolue dangereusement vers une issue néfaste à la République. Quel que soit le (la) vainqueur(e) de 2017 le pays sera encore plus ingouvernable qu’il ne l’est actuellement sauf si la personnalité qui émerge a en mains les cartes suffisantes pour tracer une ligne directrice claire mais forcément chahutée.
En fait Hollande a cru que la godille ou la navigation à la corne de brume lui permettrait d’atteindre paisiblement le rivage de 2017 quand Manuel Valls a joué exactement la partition opposée. Tous les deux auront échoué car cette répartition des rôles correspond à une appréciation éternellement fausse de la vie politique française : le ni de droite, ni de gauche ne marche qu’en situation exceptionnelle et grave ! Le vrai problème c’est que trop souvent la gauche pense qu’en prenant des mesures présentées comme de droite, elle évitera des attaques frontales alors que dans tous les cas la puissance économique et médiatique (quels sont les vrais patrons de presse ou de l’audiovisuel?) accepte ce qu’elle estime favorable pur ensuite réclamer toujours plus ! Par contre toute mesure de gauche provoque un déchaînement de critiques… alors que quand elles sont finalement votées et mises en œuvre on s’aperçoit que le milieu économique s’adapte et avance !
Il y a 80 ans, mon grand-père l’ouvrier maçon Abel courait les préaux des écoles pour soutenir le candidat de la SFIO Gaston Cabanes sur l’arrondissement de Bordeaux auquel appartenait Sadirac. La lutte était sévère mais le 3 mai après le premier tour du 26 avril le Front Populaire l’emportait… Il faut relire les éditoriaux des journaux de droite ! Il faut relire les déclaration des responsables des 200 familles équivalent du Medef de maintenant. Rien de nouveau. Les ultimatums pleuvaient. Les menaces directes étaient courantes. Les syndicats se mobilisaient. Bref ce n’est qu’en tenant le cap que Léon Blum a réussi à sauver ses promesses. Or voici que Gattaz prend le même chemin et n’hésite pas à lancer un ultimatum sur le projet de loi sur la loi El Khomry et donne « trois semaines » au gouvernement pour se plier à ses volontés .
Le patronat réclame en effet le retour à une version plus libérale du texte alors que les syndicats multiplient les manifestations pour obtenir son retrait. Il faudra donc faire un choix et ça c’est insupportable pour l’homme du consensus ! « On ne peut pas comprendre qu’on se mette comme ça dans une situation d’ultimatum qui consiste à dire c’est comme ça, sinon on arrête tout. C’est assez inacceptable », a réagi Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement. De son côté Jean-Claude Mailly de Force ouvrière, dénonce des propos pitoyables de Pierre Gattaz qui verse selon lui dans le poujadisme et fait le jeu de l’extrême droite. Je partage son avis mais je ne me pose pas la question : quel que soit le texte la Droite le trouvera nul ou au minimum insuffisant alors autant que pour une fois il soit de gauche ! On verra bien qui descendra dans la rue…