Le Québec préfigure les effets éventuels du Tafta chez nous

Quitter son quotidien volontairement pendant quelques jours pour mettre beaucoup de distance (presque!) avec la pression du quotidien constitue un véritable privilège. On en revient avec le même plaisir que celle ou celui qui a bénéficié d’un bain lui ôtant tous les miasmes insupportables que lui inflige la vie collective. Il est pourtant totalement impossible de se séparer de ses réflexes, de ses intuitions, de sa curiosité, de ses repères mais on a parfois la sensation qu’ils ne sont pas vraiment à la hauteur de la vie. D’abord parce que l’on mesure parfaitement la vanité de ces faits que nous pensons importants et que l’on regarde hors de France comme le Zadig de Voltaire. Il est ensuite possible de prendre conscience de ce qui fait aussi le vrai bonheur du quotidien : la présence de celles et ceux qui permettent de partager et donc de se construire. Enfin on découvre avec délectation que contrairement à une idée largement répandue chez nous, la France n’est pas le nombril du monde mais qu’elle n’est devenue qu’un pays parmi tant d’autres sauf si l’on considère qu’elle conserve des atouts culturels, patrimoniaux et une histoire glorieuse qu’elle galvaude elle-même. On devient modeste quand on n’est pas en voyage organisé touristique à l’étranger ! En effet pour vraiment vive autrement il est indispensable de se fondre dans la réalité quotidienne du pays où l’on est et ne pas se contenter de traverser une société avec ses certitudes ou son…argent !
Au Québec cette fameuse Belle province on ressent plus qu’ailleurs la vraie guerre des références agitant en profondeur le monde. Un climat de résistance existe afin de conserver une identité qui est désormais paradoxalement portée par le seul apport de l’immigration. Rongée par le poids énorme des multiples leviers de « l’anglophonie » le Québec s’étiole peu à peu par le vieillissement de sa population d’origine ayant en charge de préserver ses racines. On exige par exemple de tous les arrivants qu’ils parlent la langue française mais aussi un minimum d’anglais quand sur le reste du Canada le système est beaucoup moins rigoureux : l’anglais et rien d’autre. Les cousins de France n’ont en effet plus du tout l’influence historique qu’ils avaient : peu d’espace réel pour leurs produits (automobiles, vins, gastronomie..) et surtout une présence culturelle affaiblie ! La priorité partout reste au continent américain et aux voisins envahissants des Etats-Unis dont l’omniprésence économique n’épargne pas bien au contraire le Québec. Traités en cours obligent !
Voyage après voyage cette chute de l’influence française devient perceptible et elle confine parfois au folklore. Comme ailleurs dans le monde la France baisse pavillon en laissant, faute de moyens, la place libre aux « marchands » aglophones de tous ordres qui comblent les vides. La jeunesse sait fort bien qu’en dehors de l’anglais elle n’a pas vraiment d’opportunités de franchir les barrières de l’emploi. Elle est soumise aux mêmes poisons que toutes les populations du monde en situation consumériste : déferlement des multinationales de « bouffe » qui occupent absolument tous les territoires, utilisation du crédit bancaire comme asservissement de masse, présence forte des médias américains et de leurs productions.
La situation actuelle laisse simplement présager ce que donnera dans une trentaine d’année l’application en Europe de traité Tafta : la mondialisation standardisée anglophone. Les accords de libre échange entre les USA et le Canada existent et ils tournent à plein régime dans un sens mais pas dans l’autre. Il serait très intéressant que les parlementaires français aillent d’ailleurs examiner les conséquences de ces accords sur une part de l’Amérique du Nord qui se revendique de « souche » européenne. Jean-Luc Mélenchon a été a cet égard beaucoup plus courageux que bon nombre d’autres parlementaires en se rendant à Montréal pour mesurer la réalité de la situation d’une province aux prises avec l’américanisation galopante. Il a d’ailleurs reçu un accueil chaleureux et intéressé conforme à ses prises de position.
L’Europe en situation de faiblesse en raison de la montée inexorable des extrémismes et du libéralisme débridé, n’est pas en position pour résister à une offensive américaine. La France encore moins que bien d’autres pays du continent. Le Québec en apporte la preuve. La résistance culturelle ou politique (pour combien de temps encore car les partis anti-libéraux sont mal en point ?) y a atteint ses limites que l’on perçoit en circulant hors des autoroutes des périples encadrés. Le taux de natalité est encore en baisse au Québec, et faute d’une immigration ciblée accentuée la Belle province ne pourra pas échapper au sort d’une « grande réserve » isolée comme le deviendra le Vieux Continent . Même ses immigrants choisis ne viennent plus à Montréal pour le « rêve québécois » mais pour vivre le « rêve américain » ce qui laisse planer un doute sur l’avenir de la province.
Dans un tel contexte Angela Merkel a parfaitement analysé l’avenir avec sa politique d’accueil des « réfugiés ». Il reste à savoir si électoralement elle ne paiera pas cette vision réaliste qui l’obligeait à se muscler démographiquement avant le Tafta en acceptant de conforter la prééminence allemande sur l’Europe. Le nationalisme ou le repli frileux sont des condamnations à terme inéluctables pour tous les pays face à l’hégémonie américaine ou chinoise. La culture historique française constituait à cet égard un atout considérable face à ce danger d’un traité Tafta « tache d’huile » faussé d’avance par un équilibre inégal des forces en présence. Le libéralisme n’en a cure car il a exactement les mêmes réflexes en Amérique que chez nous : le profit lui sert de guide et le Québec est entré de plain-pied dans son orbite.

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4 réponses à Le Québec préfigure les effets éventuels du Tafta chez nous

  1. J.J. dit :

    On se demande ce qu’on dans la citrouille les personnages politiques européens qui prêchent pour la mise en place de cette TAFTA. Les termes avaient beau en être secrets, avant que Green Peace ne les dévoile, il ne faut pas avoir inventé l’eau tiède pour comprendre que l’on allait se faire bouffer.

    Il est vrai que les prétendus Républicains y sont favorables, partisans fanatiques des OGM et du gaz de schiste.

    Les étasuniens envisagent-ils de nous coloniser nous aussi avec une bible et un fusil ?
    Décidément on ne perd pas les bonnes habitudes.

  2. C. Coulais dit :

    Excellent documentaire français, jeudi 5 mai sur France 3, la guerre d’Hollywood 1939-1945 en deux parties réalisés par Michel Viotte à (re)voir.
    En 1945, l’US army offre un tour des capitales d’Europe à ces messieurs d’Hollywood qui ont contribué sans relâche à l’effort de guerre, pour débuter leur implantation sur notre continent…et poursuivre ainsi la carrière de leurs poulains et pouliches !
    « Au Québec cette fameuse Belle province on ressent plus qu’ailleurs la vraie guerre des références agitant en profondeur le monde. »
    Autre combat, la francisation des titres de films U.S. en langue « québécoise »…
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_titres_québécois_de_films

  3. bernadette dit :

    Le Québec est une belle province où les habitudes de vie sont totalement différentes de la France. On mange plutôt américain à part le sirop d’érable et le pain blanc Petit-déjeuner anglais. Les français ne sont pas très apprécies. Le communautarisme existe comme dans bien des métropoles mondiales. Pourtant le Québec après la dernière guerre a été la terre d’accueuil de nombreux français.
    Le Québec appartient au continent américain.

    • Jojo33420 dit :

      C’est parfaitement exact. même les acadiens sont US. J’ai pu remarquer ça sur trois semaines de séjour au Québec et pourtant il y a de nombreux français de souches.
      Avec pour réflexion, nous ne reviendrions pour rien au monde sur le vieux continent. Et ceci de jeunes immigrés de surcroit ayant fait leurs études dans nos universités…………..
      Ma grande déception est le manque de respect écologique……………. Je ne souhaite pas rentrer dans les détails. Afin de ne pas briser le rêve de beaucoup.

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