Pour ce jour férié je vous redonne une chronique publiée sur Roue Libre lors du match Bordeaux-PSG du 19 janvier 2013 :

Le froid humide tombe sur le stade Jacques Chaban-Delmas, comme une sorte de camisole aux débordements festifs. La venue du Paris Saint Germain, formule sable miraculeux du désert, aurait mérité une soirée estivale avec des étoiles parsemant davantage le ciel plutôt que la pelouse triste de la grand messe footballistique du dimanche soir. Ils étaient venus, ils étaient tous là serrés les uns comme les autres dans cette enceinte jugée trop vieille et donc indigne de recevoir des affiches de ce niveau. Et pourtant, elle frémit de plaisir grâce à toutes les travées colorées et bruyantes des virages, toujours prêts à transformer le moindre événement en exploit. On ne sait pas si le reste du stade est venu pour soutenir ses favoris ou pour découvrir le générique flamboyant du P.S.-G annonçant une super-production digne d’un festival européen permanent de « cannes » ! Tout le monde attend un colosse aux pieds agiles, une sorte de John Wayne des stades, un héron géant emmanché d’un long cou, considéré comme une terreur impitoyable des gardiens des temples ! Zlatan le magnifique promène sa silhouette dégingandée sur une pelouse ayant vu davantage de lutins aux crochets habiles que de titans destructeurs. Il défie de son regard d’aigle des adversaires qui ne sont pas à la hauteur du talent qu’il se reconnait.
Ibrahimovic, drapé dans son costume de pétrodollars, affublé d’un chignon que les samouraïs n’auraient pas dédaigné, ignore tout ce qui se passe autour de lui. Les larmes d’Ancelotti échappent à son attention. Le tueur à gages est indifférent à la peine des autres. Le brassard noir qu’il porte au bras pourrait être pour le deuil de ses gardes du corps ! Ce n’est pas pour rien qu’il débute en fuyant le combat avec celui qui porte le nom d’un conquistador. Henrique ressemble à ces desperados qui n’ont jamais eu peur des rois de la gâchette fussent-ils parés d’une renommée internationale. La main gantée de rouge « d’Ibra » s’élève au-dessus des mêlées aériennes potentielles afin de réclamer sa pitance en ballons jouables, ou pour accabler celui qui a manqué son œuvre. L’ogre a faim ! La disette ne lui convient guère et il est vite agacé par les insuffisances de ses pourvoyeurs de cette nourriture céleste que constituent les passes décisives pour un dieu des stades. Zlatan semble ailleurs et se contente de faire le boulot, ne participant à aucune des discussions bilatérales qui meublent le temps mort créé par le blessure de l’arbitre. Il arpente la pelouse, indifférent aux autres, comme le ferait un paon au milieu d’une basse-cour. En fait il marche, il se pavane, il consent à délivrer un éclair qui devrait être considéré comme de génie, mais l’homme qui vaut des millions est ailleurs !
La vapeur qui s’échappe de sa bouche donne l’illusion qu’un dragon sommeille en lui. Un coup de griffe timide de ci de là ne confirme pas, pourtant, ce statut de menace permanente. Au contraire, ces ersatz d’actions à la hauteur de sa réputation ressemblent davantage à des aveux d’impuissance… jusqu’au moment où ! Aux millionnaires absents, le Brésilien Lucas se décide alors à ouvrir le festin. Un instant d’inattention des adversaires lui suffit. Ouverture de son nouveau partenaire de chasse aux buts et l’affaire est entendue. Une balle traçante sur le sol humide trompe une « panthère rose » jusque là peu sollicitée et qui paraissait engourdie. Rien de somptueux. Rien de fabuleux. Du travail de spécialiste muni d’un silencieux, dans un stade qui n’a rien vu venir ! Zlatan est économe de ses envies pour assurer froidement l’essentiel. Le passage aux vestiaires ne change rien.
Il distribue toujours des coups de gueule, lève ou baisse le pouce comme l’aurait fait César dans une arène à l’égard de tous ceux qui bougent autour de lui et qui ne lui délivrent pas l’offrande qu’il estime être en droit d’attendre. Le personnage est plus souvent odieux que sympathique, plus souvent égoïste que partageur, plus souvent laborieux que spectaculaire. Il attend qu’on le serve dans des conditions correspondant à la haute idée qu’il a de lui-même…Il traîne donc avec nonchalance sa fortune, quand ses adversaires ne savent traîner que leur misère. Ibrahimovic devient de plus en plus insupportable au fil des minutes et, dans le fond, c’est la seule vérité de sa prestation ! Le ciel bordelais pleure… car les étoiles qui lui ont été promises ne brillent guère. Sur la pelouse de Giresse ou de Zidane, le rêve ne passe plus et l’ennui envahit l’atmosphère. Zlatan quitte les lumières de la scène sur le même rythme qu’il a joué : à pas comptés. Il est vrai que chacun d’eux vaut un SMIC. Et dans le fond, dans notre société du veau d’or, c’est la seule vraie recette de la célébrité.