L’Europe a retenu son souffle en attendant que soient ouvertes les enveloppes des votes par correspondance du peuple autrichien. Certains attendaient le renfort d’un dirigeant issu du mouvement d’extrême-droite comme les Hongrois et les Polonais. D’autres espéraient simplement que soient sauvé la face d’un Vieux continent en proie à ses démons historiques. Dès que les résultats ont été connus les uns ont poussé un soupir de dépit quand ailleurs le soupir était un signe de soulagement… Bref quelques minutes après l’annonce officielle de la victoire de Alexander Van der Bellen les communiqués opportunistes de félicitations ont été expédiés pour saluer un succès inespéré ou pour faire remarquer une non-défaite immérité. Bizarre mais personne n’a osé se pencher sur les causes de ce duel serré ayant vu le pays natal d’Adolf Hitler se trouver à quelques milliers de voix d’un retour 80 ans en arrière ou presque. C’est réglé. Circulez citoyens européens il n’y plus rien à voir. Le spectacle continue ailleurs puisqu’il n’y pas eu de catastrophe démocratique en Autriche !
Les dirigeants de cette Europe en lambeaux, rongée par la xénophobie, étouffée par le nationalisme, imprégnée par le libéralisme outrancier, désarticulée par ses insuffisances sociales… ont vite tourné le dos à la réalité car il leur faudrait se remettre en cause. Pour ma part je les dénonce comme responsables et coupables d’une situation désespérée et désespérante. Ils portent la même responsabilité que ces politiciens des années entre 1935 et 1940 qui ont tourné le dos aux valeurs fondatrices de la démocratie représentative. Ils seront les assassins de l’avenir ! Et le pire c’est qu’ils ne risquent rien puisque soumis à absolument aucune sanction électorale. Impunis, irresponsables, compromis, ambigus, complices, ineptes… ils se réfugient derrière un seul argument : l’efficacité économique supposée faire le bien-être des peuples !
En Autriche le constat est pourtant déroutant, alarmant ais tellement parlant. Dans ce pays dont le niveau de vie est l’un des meilleurs d’Europe et dont la surface est égale à celle de la région Aquitaine-Limousin-Poitou Charentes l’extrême droite a (de toute façon) gagné. C’est la seule leçon de ce scrutin ! Même si le FPÖ a lissé son discours, il compte en ses rangs des nostalgiques du IIIe Reich (et des solides!) ce qui n’a pas choqué la moitié des électrices et des électeurs dont beaucoup n’étaient pas nés au moment de la seconde guerre mondiale. C’est donc soit un vrai manque d’éducation, soit un échec culturel terrible et c’est ce qui devrait interpeller les responsables politiques des autres.
Le pire c’est que le « succès » de l’extrême-droite autrichienne lors de ces présidentielles apparaît durable aux yeux de la presse autrichienne, tout comme « pour l’ensemble des formations européennes d’extrême droite » qui sont dans les salles d’attente des prochains scrutins. Chaque poussée de ce courant européen profond correspond à un contexte national spécifique, mais les failles de la démocratie représentative, les promesses non tenues de l’Union européenne et de la mondialisation économique sont autant de facteurs communs à chaque situation nationale. Une carte de l’Europe circule avec des taches brunes en relation avec le niveau des extrémismes plus ou moins fascisants enregistrés lors du dernier scrutin d’ampleur national. De la Finlande à la Grèce, le la Grande-Bretagne à la Roumanie, de la France à la Pologne, des Pays-Bas aux Pays Baltes les idées brunes s’étendent comme de l’huile moirée aux teintes très proches.
Le monde politique bien-pensant de gauche ou se réclamant des droites « démocratiques » se contentent de louer la victoire salutaire d’un écologiste éloigné du peuple et ayant construit son électorat contre le danger du candidat du FPÖ. L’adhésion à un programme, à des engagements, à des valeurs n’a pas constitué le véritable moteur du vote en sa faveur. Et c’est là que se situe le cœur du problème. A force de laminer les différences idéologiques, de condamner des valeurs considérées comme passéistes, de ne faire référence qu’au profit au détriment de l’Humain on en arrive à justifier dans les esprits ce qui fut injustifiable. En devenant socialement acceptable, le FPÖ […] a acquis une légitimité. De sorte que tous les électeurs qui autrefois n’auraient jamais osé exprimer leurs sentiments ailleurs que dans l’isoloir d’un bureau de vote n’hésitent plus aujourd’hui à en faire l’étalage dans les dîners publics.
En d’autres termes, si la courte victoire d’Alexander Van der Bellen vient démontrer que l’ascension de l’extrême droite n’est, certes, pas invincible, en revanche, elle est insuffisante pour être célébrée comme un coup d’arrêt. Les étapes suivantes du Tour de l’Europe fascisante arrivent avec le vote européen en Grande-Bretagne, les nouvelles élections en Espagne, les présidentielles et les législatives dans notre beau pays de France… Mais rassurez vous tout va bien : un écolo a retenu par les cheveux l’Europe avant qu’elle ne plonge dans l’eau brune de son passé.