Le phénomène d’ubérisation de l’économie n’est pas prêt de s’arrêter. Quelle que soit la résistance le système de dérégulation de secteurs professionnels entiers va s’accentuer et les grèves, les décisions de justice, les manifestations ne feront que retarder ce qui parait inexorable. Alors que ses adversaires cherchent des motifs sociaux pour tenter d’enrayer une concurrence libre et non faussée voulue par le Traité européen Uber mobilise des sommes folles pour effectuer du dumping qui viendra inévitablement doper les implantations de cette variante du nouveau capitalisme. La société, basée à San Francisco, s’est fait connaître avec une application mobile qui se sert de la géolocalisation pour mettre l’utilisateur en contact avec un véhicule se trouvant aux environs, et c’est aujourd’hui l’une des figures de proue de l’économie du partage. Cette utilisation des technologies modernes pour détruire de fait des pans entiers d’un système régulé va proliférer. Le mobile devient effectivement le champ de toutes les tentations et de toutes les expérimentations.
Dans un monde totalement libéralisé la France fait figure d’atoll oublié par l’Histoire. Les bagarres juridiques en cours finiront par aboutir au succès de l’économie du partage… qui supplantera celle qui fut réputée social et solidaire et que l’on a pas su développer au cours de la dernière décennie en raison des oukases de l’UE ! De nombreuses controverses, en particulier autour du statut de ses chauffeurs ou sur la concurrence déloyale qu’elle est accusée de représenter pour les compagnies traditionnelles de taxis, ne l’ont pas empêché en effet de s’étendre à plus d’une soixantaine de pays.
La région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord est l’une de celles où Uber enregistre actuellement la plus forte croissance. Le nombre de chauffeurs conduisant pour son service y été quintuplé en un an pour atteindre 19.000 personnes au premier trimestre, et celui des passagers a été multiplié par 6 pour dépasser la barre des 395.000 utilisateurs actifs… cette croissance exponentielle fait de Uber une entreprise très attractive. Il y a derrière, à moyen terme l’émergence de nouvelles technologies de mobilité urbaine avec la combinaison entre le système Uber et les automobiles autonomes (sans chauffeur) ! Encore une fois e progrès va se retourner contre l’emploi car jamais il n’y aura de compensation réelle du système actuel ! D’ailleurs il ne faut pas se faire d’illusion les investisseurs sont au portillon. Apple vient d’investir un milliard de dollars dans Didi, le rival chinois d’Uber, tandis qu’un autre service américain, Lyft, a obtenu ces derniers mois des financements des constructeurs automobiles General Motors et Toyota… Que font chez nous les grands constructeurs automobiles ? Rien !
Le fonds public d’investissement du royaume d’Arabie Saoudite lui qui prépare l’après pétrole a obtenu obtenir un siège au conseil d’administration de Uber à la suite d’un « important investissement stratégique » de 62,5 milliards de dollars. Cet apport considérable porte les liquidités dont l’entreprise dispose pour se développer à plus de… 11 milliards de dollars. A l’usure, même au prix de sacrifices réglementaires, il sera difficile de lutter face à un tel mastodonte souple, efficace, organisé et plus encore adaptable dans absolument tous les pays. Les arguments les plus faux-culs sont utilisés pour favoriser ce développement.
L’Arabie saoudite a fait une large place à son nouveau « poulain économique », et estime qu’environ 80% des passagers qu’il transporte sont des femmes qui, rappelons-le, n’ont pas le droit de conduire elles-mêmes dans le pays ce qui est une forme de ségrégation avérée. Uber fait valoir à ses détracteurs que son service améliore leur accès à l’éducation et à l’emploi… En définitive ils sont els sauveurs de l’éducation des femmes ! Plus la peine de développer des réseaux de transports en commun et donc de faire des investissements onéreux : Uber répond aux besoins sans aucune dépense publique ! Cet exemple correspond à la vision ultra-libérale qui se répand sur la planète comme une tache d’huile !
Les multiples levées de fonds supérieures à 1 milliard, auprès de Google, Microsoft, Baidu, Goldman Sachs… c’était déjà du jamais vu. Mais que l’Arabie saoudite y verse 3,5 milliards, un montant stratosphérique dans le financement privé, ce n’est pas anodin. C’est même un élément décisif d’intrusion des milliardaires du Golfe dans les luttes sociales de la vieille Europe ou par exemple de Québec… En dopant ouvertement Uber ils ouvrent des brèches dans le système économique actuel estimé en perdition… et s’installent au cœur de l’innovation sociétale tout en muselant la leur.