Depuis plusieurs années je m’évertue d’expliquer qu’une bonne part des déboires français vient de la déliquescence du réseau citoyenne extraordinaire que constitue la vie associative… La lutte est inégale dans un contexte européenne où la spécificité française induite par la loi de 1901. Lentement on assiste à une dissolution des réseaux d’éducation populaire, des structures sportives ou des supports culturels orientés vers une action sociale positive. Par contre une prolifération des supports de contestation de telle ou telle décision ou de tel ou tel projet s’amplifie… C’est le signe évident d’une mutation de l’esprit de Waldeck-Rousseau que résumait le rapporteur du texte au Sénat Jules Simon en 1882… soit 20 ans avant que la notion de « contrat d’association » n’apparaisse.
Sa déclaration mériterait une large diffusion en cette période où bien des dangers planent au-dessus de la conception initiale tournant autour de la liberté, de la solidarité, de la laïcité (on était en plein débat sur le sort des congrégations) et osons le dire de la fraternité dans l’action commune. « L’homme est si peu de chose par lui-même, qu’il ne peut faire beaucoup de bien ou beaucoup de mal qu’en s’associant. De là les jugements contradictoires dont l’association est l’objet. Les uns ne croient pas que la société puisse être en sécurité avec elle, et les autres n’admettent pas qu’on puisse se passer d’elle. Nous croyons qu’il n’y a pas d’armure plus solide contre l’oppression, ni d’outil plus merveilleux pour les grandes œuvres, ni de source plus féconde de consolation et de bonheur. Nous croyons d’ailleurs qu’on peut la rendre inoffensive, en l’entourant de publicité et de lumière.  » Or jamais ces principes n’ont été autant bafoués.
Malgré tous les efforts déployés par quelques doux rêveurs ou peu de femmes et d’hommes à principes le système associatif bascule dans l’économie qui envahit absolument sur les recommandations de Bruxelles, tous les secteurs de la vie sociale. Le danger est réel de voir demain des pans entiers de cette formidable richesse citoyenne s’effondrer surtout dans le fameux périmètre de la « concurrence libre et non-faussée ». Pour se sauver certaines associations se sont lancées dans la course folle que représentent les appels d’offres ! Elles ne font en effet que reproduire sans avoir les capacités du monde économique les défauts de ce dernier. Elles se détruisent dans des luttes fratricides et surtout elles mettent en péril les fondements mêmes de leurs objectifs initiaux. Ayant parfois artificiellement vécu sous « perfusion » publique bon nombre d’entre elles se retrouvent fort dépourvues quand la disette budgétaire s’applique. Il existe en effet un fort sentiment parmi les responsables associatifs que la seule « subvention » représente le salut… alors que depuis les directives européennes on doit considérer le volume des « soutiens » accordés. Le réveil est douloureux car il n’y a pas eu d’anticipation de ce changement dans l’appréciation des aides communales, intercommunales, départementales ou régionales. On assiste donc à une confrontation croissante entre des élus et « bénévoles » qui ne comprennent que difficilement que les références ne peuvent plus être les mêmes.
On ne favorise plus l’émergence d’une « autogestion associative citoyenne » de la vie sociale. Au contraire ils opposent des contraintes légales, des normes, des ratios, des problèmes financiers (réels mais pas inéluctables) pour plus offrir aux dirigeants bénévoles que des soucis. D’assemblées générales en assemblées générales je constate que l’engagement dans les instances associatives se réduit ou se transforme. Le premier constat se situe sur un vrai refus de bâtir un véritable projet associatif qui paraît superflu ou compliqué… Le système éducatif français ne développe plus depuis des années cette compétence citoyenne et on sent dans les réunions que la seule vision que l’on affiche se résume dans « je suis bénévole donc je mérite de l’argent public ! » ce qui n’existe plus.
Le second constat repose sur le fait que seuls des critères sociaux évaluables peuvent justifier le versement de subsides venant des collectivités. Il ne peut pas y avoir de financements d’actions réservées à un public « trié », « choisi » ou dans les faits « individualisé ». La lutte contre le consumérisme associatif devient primordiale et elle va s’amplifier. En effet on assiste à un dévoiement total de l’esprit et de la lettre de la loi 1901 ! Ce n’est plus le projet qui justifie les demandes de moyens de fonctionnement mais simplement le maintien du fonctionnement même ou sans projet qui nécessite des apports de fonds. La notion de ressources propres suffisantes pour ses ambitions est extrêmement difficile à ajuster aux besoins exprimés.
Le dernier constat c’est qu’il existe des niveaux associatifs qui tuent de fait la base en lui imposant des frais hors de proportions avec les services rendus, des contraintes techniques au moins aussi complexes que celles venant de Bruxelles, des mutations onéreuses… mais rarement des aides pour les plus faibles, les plus fragiles comme si le système général actuel se répétait continuellement. On a tout lieu de s’inquiéter de ces réalités mais ce que j’en dis..