Depuis des semaines, selon les grands médias qui malaxent les esprits pour faire une opinion dominante, nous arrivons au grand soir, celui qui va permettre enfin de savoir qui, de la CGT ou de Vals va l’emporter! Ils ne cessent de ressasser le lien direct pouvant exister entre le mouvement social en cours et la coupe d’Europe des nations : des « traîtres » menacent de perturber l’accès du peuple aux jeux du cirque et prennent la lourde responsabilité de dévaluer l’Euro. Cette soirée sera donc décisive. Martinez, l’entraîneur de la CGT le sait bien. Si le stade de France est rempli, si la passion de la Marseillaise souffle dans cette enceinte, si devant les étranges lucarnes le peuple dans sa diversité s’extasie devant l’âme de Bleus venus d’ailleurs il faudra se rendre à la raison et tenter de sortir par le haut. Les drapeaux tricolores, les pétards joyeux, les cris de joie dans les rues risquent en effet bel et bien de balayer les bannières rouges, les bombes lacrymogènes et les slogans hostiles. Certes il restera une prolongation mais la cause sera entendue : 49-3 deviendra un score et plus du tout une entorse à la démocratie réelle.
Les dirigeants syndicaux ont surestimé leur force. En effet ils ont cru qu’ils pouvaient enrayer le rouleau compresseur d’une multinationale capitaliste. Impossible.
D’abord parce que l’UEFA se moque absolument des grèves car les bénéfices sont dans les caisses suisses depuis belle lurette! Tous les contrats de partenariat ont été payés, toutes les places ont été vendues, toutes les royalties sont engrangés. Rien ne perturbera la rentabilité de cette gigantesque pompe à fric qui va remplir les caisses des fédérations, des grandes marques, des télévisions privées, de ce monde qui justement est l’ennemi du syndicalisme lucide. L’Euro(pe) social(e) n’a jamais été d’actualité et donc l’UEFA n’a pas de raison de faire mieux !
Ensuite les grévistes vont devoir se battre contre un nationalisme cocardier latent qui pèse sur toutes les compétitions sportives. Il est ancré dans toutes les couches sociales, il ne demande qu’à exulter, à croître grâce à des succès susceptibles de faire redorer le bas on d’un pays en plein doute. Cette réalité a toujours existé mais jamais elle n’a été aussi présente. On sait très bien que quand une mesure difficile ou impopulaire est annoncée la veille ou le lendemain d’une rencontre sportive internationale impliquant une équipe de France elle est vite engloutie par les commentaires ou les polémiques du lendemain. Demain matin donc un tsunami d’images, de sons, de textes teintés de bleu marine, de bleu ciel ou de bleu roi va déferler sur le pays noyant tout sur son passage ! La loi « travail » deviendra un fétu de paille emporté provisoirement par des tremblements des filets roumains.
Enfin se profilent le Tour de France et les Jeux Olympiques ce qui va laisser peu d’espace médiatique aux revendications corporatistes ou généralistes!  » Il n’est pas question de bloquer l’Euro et de bloquer les supporters » a lancé le leader de la CGT qui a bien analysé le contexte. C’est la décrue ! Il sait fort bien qu’un supporter déçu deviendra un militant déchu et que contrairement aux affirmations le temps joue contre les grévistes. La montée en puissance de la compétition à raison de 3 matchs par jour va faire totalement oublier les récriminations pourtant légitimes de secteurs de l’activité sociale. Le combat médiatique va devenir vite inégal…
Dans le fond tout est encore possible ce soir comme dans ces rencontres de Coupe où les « petits » peuvent rêver de terrasser les plus « grands » mais il est toujours très dur de continuer à espérer quand ceux qui sont réputés le plus forts marquent vite ! Si les Bleus se mettent correctement au travail la cause est entendu. En fait le sort du mouvement social est entre les pieds des Roumains ou des Albanais : un comble dans cet « Euro » permanent des travailleurs détachés, sous-payés et exploités qui viendraient en France arbitrer un litige sur la… Loi française sur le travail !