Il va bien falloir un jour ou l’autre se pencher sur la violence que génère le « sport-fric-spectacle » et notamment le football…et se demander, comme je l’ai personnellement fait qu’elle est l’efficacité en France de l’état d’urgence face à ce qui est un phénomène social en progression constante. Encore une fois le déchaînement des causeurs trop payés des plateaux télévision va baver sur les effets d’une situation européenne sans en analyser un seul instant les causes. Les affrontements de rues à Marseille ne sont en effet que les signes annonciateurs d’une profond mutation en cours d’un vieux continent rongé par les démons du nationalisme. Et ils vont se poursuivre quoi que l’on fasse dans les prochains jours entre des groupes humains prenant le football en otage pour régler des comptes bien éloignés de la compétition en cours.
Depuis des mois et des mois, la rivalité, l’exclusion ont remplacé la fraternité ; la liberté est muselée au nom des comportements fascistes d’une part infime des populations ; l’égalité n’a plus aucun sens dans un monde perverti par la loi du plus fort… On le sait mais tout le monde va faire semblant de l’ignorer en bavant sur les mesures à prendre : davantage de répression, davantage d’exclusion, davantage de restriction mais surtout à aucun moment davantage d’éducation, davantage de propositions, davantage de modération. La violence étant partout dans le quotidien, dans les rues, au travail, dans les cours de récréation, dans les stades, dans les familles, dans les jeux, sur les routes, dans la destruction planétaire, sur les écrans de toutes nature, chez les financiers… on s’étonne qu’après de copieuses mises en bière ou en alcools divers, des groupes se conduisent comme des ignares décadents.
On ne doit pas s’attendre à d’autres analyses que celles qui reposent sur un manque de prévision du gouvernement, la faiblesse de l’organisation des services de sécurité pour déboucher sur une mesure capitale : il faut interdire la vente de bière ! Or on sait que dans les fameuses fanzones, dans les stades l’UEFA a retenu Carlsberg comme principal partenaire et fournisseur exclusif de tous les abreuvoirs à « moutons » enragés. Cherchez simplement le paradoxe… si ce n’est que dans un cas elle a un prix exorbitant quand ailleurs dans les supermarchés elle est accessible à un tarif nettement inférieur en en bouteilles de verre. Les vierges effarouchées se fendent de sermons véhéments contre un pays incapable ponctuellement de juguler l’ivrognerie de masse. Ces « sociologues » improvisés devraient simplement rappeler que le jeudi, le vendredi et le samedi l’alcoolisation outrancière avec actes de violence en tous genres ne concerne pas les Anglais, les Russes, les Polonais mais les Français(e)s et que des dizaines de milliers d’actes violents découlent de ces comportements. Jamais il y a eu autant de consommation d’alcool dans notre pays. Sur les fanzones ce seront les millions d’hectolitres qui « participeront à la fête » et au nom des « retombées économiques » légitimes on admet que l’ivresse ne vienne pas que des résultats sportifs. Sur le quai bordelais dit de Paludate où se trouvent les principales boîtes de nuit l’alcool et la violence génère une trentaine de sorties des secours par fin de semaine et sur la seule soirée du match inaugural à Bordeaux quelques dizaines d’interventions ont été nécessaires sur la ville.
A Marseille les hooligans anglais et russes, mais aussi des jeunes Marseillais se sont battus entre eux mais aussi face aux forces de l’ordre. L’ardoise globale de cet Euro de la multinationale UEFA va s’aggraver de jour en jour avec des retombées qui se révéleront négatives. Un véritable fiasco menace avec des fréquentations des espaces dédiés aux supporteurs beaucoup moins fréquentés que prévu et une image de la France pouvant se révéler catastrophique à court terme. Pour peu qu’avant la fin de la compétition le Brexit tombe sur la tête de cette Europe déstructurée, sans valeur humaine ajoutée, on assistera à bien d’autres spasmes dangereux autour d’événements exutoires. Pour le moment les « y-a-qu’à…faut-qu’on » se régalent sans jamais condamner fermement ce déluge d’imbécillité nationaliste qui s’empare du ballon rond sous l’influence de médias centrés sur le résultat mais nullement sur la manière de l’obtenir.
Des dizaines de blessés, des dégâts conséquents, des moyens publics considérables mobilisés, des images qui renforceront cette idée de l’inefficacité de l’Etat en matière de maintien de sécurité. Dans un tel contexte Payet est en or car son but vaut son pesant d’espoir mais au moindre échec le cauchemar risque bel et bien de prendre la place des rêves bleus. Les Anglais ne se tireront pas les premiers et donc à Lens, à Saint-Etienne, à Paris on peut se préparer à des moments difficiles…