L’Euro de football est bel et bien à l’image du continent (ou presque) dont il porte les stigmates : un beau concept mais une réalité extrêmement décevante pour ne pas écrire calamiteuse. Au beau milieu de la concertation il est désormais très probable que la Grande-Bretagne reprendra le large tant la campagne anti-européenne a pris le dessus sur tous les arguments favorables à un maintien dans le giron de l’UE. Bien évidemment plutôt que de remettre en question le fonctionnement et les orientations politiques de ce « machin » selon le qualificatif de de Gaulle en direction de l’OTAN le débat anglais porte sur « l’immigration » et sur des sujets purement nationaux.
Cameron en 2013 avait lancé son référendum avec l’espoir d’approfondir les relations entre son pays de cette Europe qu’il jugeait trop exigeante à son égard. Il s’est visiblement pris les pieds dans le tapis car jamais on est aussi près de la rupture pure et simple en raison des arguments échangés par les deux camps. La campagne électorale se transforme en une vaste empoignade populiste dans laquelle la politique au sens premier du terme n’a absolument plus sa place. L’Union Européenne c’est Hitler et Napoléon, prétend Boris Johnson le bouffon de London. Les plus heureux en cas de sortie de l’Union européenne seraient Poutine et Al-Baghdadi rétorque David Cameron incapable de trouver d’autres arguments que celui de répondre à la peur par la peur ! En fait ceux qui jubilent en regardant l’évolution des événements Outre-Manche sont les partis de l’extrême-Droite qui attendent le résultat pour se lancer dans une campagne nationaliste entretenue par l’incapacité européenne a vaincre la crise sociale pour contenter le capitalisme financier libéral.
En observant attentivement les rôles joués par les divers leaders anglais on doit constater que la fracture « pro » et « anti » ne passe pas entre les deux grands partis. David Cameron, l’homme du maintien, rivalise ainsi frontalement avec Boris Johnson et Michael Gove, deux conservateurs partisans du Brexit, ou Nigel Farage le chef de l’Ukip et champion du « départ ». Quand au leader travailliste Jeremy Corbin favorable au « restons », il se montre extrêmement prudent afin de préserver son avenir. En fait la crainte essentielle se résume à une approche « pour ou contre David Cameron » de la même manière qu’en France tout référendum est détourné de son sujet par des règlements de comptes politiciens et il en serait ainsi dans tous les pays. L’enjeu dépasse ainsi le cadre britannique car le populisme ajouté au nationalisme en cette période terrible pour la démocratie représentative conduira au précipice.
Je n’ai personnellement jamais défendu la vision actuelle de cette Europe centrée sur l’Économie ultra-libérale et des normes ou de ratios gestionnaires dénués de toute vision sociale, citoyenne et durable. Un Brexit refléterait simplement la carence, la médiocrité des dirigeants non élus de la Commission européenne et confirmerait que les adversaires (dont j’étais) du Traité constitutionnel avaient pleinement raison de craindre le pire. Il est là à notre porte et ce ne sont pas les ravages causés par les hordes fascistes (on ne le dit pas car ce n’est pas acceptable) accompagnant les équipes de l’Euro qui vont améliorer la perception qu’ont les peuples de cet espace dénué de toutes frontières. Et pourtant les « barbares » sont aussi parmi eux.
L’attentat d’Orlando va renforcer plus que jamais le repli identitaire et la peur panique va envahir les esprits. Or la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union Européenne entraînera son départ d’Europol et compliquera la coopération entre Etats sur les questions de sécurité, qu’elles soient liées au crime au terrorisme ou aux multiples conflits régionaux, de l’Ukraine à la Syrie. On assiterait à « un choc négatif majeur pour l’économie des pays membres de l’OCDE, en particulier les pays européens », selon le secrétaire général de cete organisation. En dépit de ce contexte inquiétant, Angela Merkel reste silencieuse, François Hollande se contente de rappeler l’étroitesse des liens qui unissent les Britanniques à l’Europe. Quant à Matteo Renzi, il estime qu’une sortie serait certes catastrophique… pour les Anglais mais pas du tout pour les Italiens!
En fait Jacques Delors a résumé le chemin parcouru ayant mené au bout du bout de ce qui est acceptable : « Comme le dit le proverbe, on peut tout acheter sauf la confiance. La crise a une histoire, qui remonte à 2008-2009 lorsqu’on a sauvé les banques contre les citoyens. On ne peut pas la séparer de la crise de populisme et de nationalisme qu’on observe aujourd’hui… La désintégration arrive toujours plus vite qu’en ne le pense ! ». En perdant ses références à la fraternité, à la liberté, à la solidarité et à cette laïcité qu’elle ignore l’Europe n’est plus qu’un conglomérat hétéroclite seulement préoccupé par le profit supposé salvateur des Hommes ! On en reparle fin juin !