Le calcul n'est pas si primaire que ça…

Le Conseil national du PS a adopté le principe de « primaires » avant les présidentielles réservées à des candidat(e)s appartenant à « la majorité de gouvernement », c’est à dire adhérent(e)s ou sympathisants du PS, des Verts et du PRG. C’est la traduction du choix qui a été effectué sans bien évidemment consultation des autres partenaires inclus dans cette formule. C’est semble-t-il sorti pour beaucoup comme un lapin du chapeau du prestidigitateur Cambadélis alors que c’est le résultat d’une stratégie mûrement élaborée reposant sur des analyses contradictoires mais pourtant utiles au Président sortant. En fait des études d’opinion ont été effectuées afin de mesurer l’impact de cette annonce ayant bénéficié de l’unanimité du parlement socialiste.
Première approche.- Dans cette période où la loi El Khomry a rompu le principe de l’acceptation par le peuple d’une vision de Hollande, il fallait démontrer que contrairement à Valls qui campe sur une posture de décideur autoritaire coupé de la notion même de démocratie. Pour l’Élysée il devenait incontournable d’effacer l’accusation ravageuse et de ne pas accepter le débat, la contradiction, la prise de risque portée par l’utilisation du 49-3 ! Le « sortant » lui, n’a pas peur d’un vote et il conforte sa seule partie positive d’image : dans les moments difficiles il a su et il sait faire front ! Quand les autres se défilent en refusant le dialogue avec les opposants de gauche, lui il les affronte « démocratiquement ». C’est la raison ayant poussé le staff Hollande à accepter des « primaires ».
Le risque est là mais il était impossible d’y échapper pour tenter de remettre en selle à moins d’un an des présidentielles celui qui va refuser par ce biais des primaires, la fracture provoquée par le comportement agressif et irascible de son Premier Ministre. Ce dernier a d’ailleurs vu le piège en effectuant un virage à 180 ° puisqu’après avoir été hostile aux primaires il a déclaré : « La primaire correspond à un besoin de participation démocratique dans notre société. Le Parti socialiste entend, à juste titre, rassembler la gauche à l’occasion de cette primaire, la gauche réformiste, socialiste, écologiste, radicale, c’est-à-dire la Belle Alliance populaire, car il s’agit d’être présent au second tour (…) Qu’y a-t-il de dévalorisant à retourner devant les Français, à défendre ses idées, à expliquer son action ? C’est cela, la démocratie ! (sic) » Dont acte de sa part !
Deuxième approche.- Après de longues semaines de tergiversation, les « rivales » ou « rivaux » de la gauche du PS  se sont dévoilés les uns après les autres. La coupure avec le PC, EE-LV et Mélenchon est officialisée car on sait bien à l’Elysée qu’ils ne parviendront pas à organiser une primaire populaire. Comme il est certain que le « sortant » sera le seul en lice pour la tendance « socialo-libérale » les stratèges hollandais ont acté le fait que son opposition est pour le moment émiettée entre Montebourg, Filoche, Hamon, de Rugy et Lienemann, un PRG qui sortira du chapeau, en attendant d’autres postulants. Il fait le pari qu’ils seront incapables de se mettre d’accord sur une candidature unique…et que c’est le moment de partir au combat. Toutes les chances de passage de Hollande au premier tour de la primaire sont réunies si on se retrouve avec un partage des voix de son « opposition ». Qui fait le poids dans un sondage sortant dans les prochaines semaines face à Hollande ? Actuellement personne… n’a émergé et personne n’émergera ! Ils savent fort bien que Aubry une fois encore, restera repliée sur la mairie de Lille cernée par le FN et que Royal ne bronchera pas !
Troisième approche.- Le vote n’attirera pas les foules comme ce fut le cas à la primaire précédente. Cambadélis a vite prévenu : « Mais je l’avoue, dès maintenant, il n’y aura pas autant de votants que la dernière fois, je ne vois pas comment on pourrait l’obtenir ». et je partage son avis.
D’abord parce que beaucoup des participants en 2011 étaient venus participer pour se débarrasser de Sarkozy et choisir celle ou celui qui pouvait le faire. On ne sera pas du tout dans cette configuration…et donc ne se déplaceront que les « militant(e)s » ou les « convaincu(e)s » appartenant à une mouvance du PS, des Verts gouvernementaux ou les radicaux.
Ensuite, partant de ce constat, le Premier secrétaire du PS a effectué un pointage dans les fédérations : les « déçus » ou les « opposants » à Hollande-Valls ont abandonné les sections et ne reviendront pas avant le 30 juin date fixée pour participer aux désignations. Aller voter ce serait renier ce que l’on prit comme décision sur les valeurs…
Enfin la situation est exactement la même pour les Verts de gouvernement qui ne représentent qu’eux-mêmes. Seul(e)s les ardent(e)s supporteurs de Hollande (il en reste pas mal!) se déplaceront…
Quatrième approche.- La campagne des primaires va débuter bien avant que François Hollande ne se déclare. Tout le réseau hollandais a été discrètement mobilisé. député(e)s, sénateurs, présidents de régions, de Conseils départementaux, « grands » maires ont déjà été approchés pour connaître leur choix. On leur a donné des gages de soutien venant de l’Élysée… et ils vont dès cette semaine se lancer dans la vente de cette initiative véritablement bien préparée en terme de com ! On aurait tort d’oublier l’autre résolution du conseil national : les députés qui s’opposeraient à la loi travail au projet de loi travail seront exclus! Elle a été approuvée par 130 voix contre 15, tandis que 90 des votants n’ont pas participé au vote. La résolution affirme que le « vote d’une motion de censure ouvrirait la voie à des sanctions » contre les fautifs. C’est primaire mais efficace !

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3 réponses à Le calcul n'est pas si primaire que ça…

  1. J.J. dit :

    Je ne suis pas très optimiste pour ces prochaines élections (litote !) qui risquent de marquer une désaffection de la chose politique pour les gens « normaux » (voir le taux de participation des partielles dans les Deux sèvres), et un exutoire suicidaire pour les excités et nostalgiques de la francisque.
    Les soi-disant socialistes me font l’effet de patauger dans un marigot insalubre et se bercer d’illusions à propos de l’éventualité d’une victoire électorale.
    Evidemment, ces propos n’engagent que leur auteur, qui n’est ni un devin ni un stratège politique.

  2. Guillot dit :

    Une analyse qui fait bien le tour de la question…..

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