Tous les commentaires, toutes les analyses fleurissent sur les réseaux sociaux à la suite du Brexit. Certains restent de portée circonstancielle mais d’autres posent des problèmes de fond. Les premiers déconsidèrent leurs auteurs car ils ne sont que de piètres exploitations partisanes d’un fait historique alors que les seconds ont au moins le mérite de ne pas vouloir déroger aux valeurs fondatrices de la politique. Quand on lit par exemple : (…) Par les temps qui courent, quand on joue avec un référendum, on récolte le populisme ! (…) » on peut s’interroger sur la vision que peut avoir l’auteur de la démocratie. Il est impossible de ne pas évoquer la phrases de Berthold Brecht voulant que quand dans son poème la solution il écrivait : « J’apprends que le gouvernement estime que le peuple a « trahi la confiance du régime » et « devra travailler dur pour regagner la confiance des autorités ». Dans ce cas, ne serait-il pas plus simple pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d’en élire un autre ! ». C’est en effet extraordinaire qu’après un camouflet aussi cuisant, aussi humiliant, aussi désastreux des élus ou des dirigeants désignés européens ayant eu leur part de responsabilité directe dans la gestion de l’UE ne recherche pas les causes de ce vote mais s’attarde sur les effets. Le lendemain du désastre les médias s’épanchent avec horreur sur les cours de la bourse comme ces armateurs qui avant de s’inquiéter de l’équipage demandaient la protection et le sauvetage de la cargaison.
Si le « populisme » grimpe sans cesse personne n’en porterait personnellement la responsabilité ! En fait c’est le « peuple » qui ne comprendrait rien et qui mériterait ce qui l’attend ! Or dans absolument toutes les sociétés la démocratie lointaine, bafouée, maltraitée ou méprisée conduit aux pires excès puisqu’elle ne remplit plus son rôle. L’exercice du pouvoir repose sur le respect de valeurs et sur l’exemplarité de l’action. Or actuellement dans une majorité des pays du Vieux Continent, les gouvernements sont discrédités par leur abandon total de la dimension humaine (pour ne pas écrire humaniste) de leur rôle ! En détruisant l’idéal, en tuant l’idéologie en méprisant l’éducation, en abandonnant la culture, en oubliant les identités pour tout en ramener au fric, au profit, à l’économique, aux ratios de déficit les politiques actuels ont conduit l’Europe à sa dislocation sur le fond.
Il y a aussi des trahisons comme celle du non-respect du verdict français d’hostilité au référendum sur le traité constitutionnel dont les cicatrices ne sont pas prêtes de se refermer. Elles conduisent certains à jeter l’opprobre sur le principe même du référendum comme s’ils avaient vécu le verdict comme une atteinte à leur suffisance politique! Quand en effet on pense qu’un pourvoir peut « jouer » avec le référendum c’est véritablement un mépris absolu pour le peuple dont on tient son mandat. Une consultation organisée le même jour dans tous les pays européens de l’UE donnerait exactement le même résultat tellement ses dirigeants successifs se sont éloignés des principes fondateurs de la démocratie.
Quand on dresse quotidiennement les peuples les uns contre les autres par la concurrence économique ou sociale il ne faut pas s’attendre à voir s’envoler le populisme. Quand les femmes et les hommes politiques supposés porteurs du progrès ou de la fraternité flanchent face aux difficultés qu’ils ont parfois créées il ne faut pas crier au loup du « populisme ». Les peuples votent en effet selon leur degré de maturité politique collective, selon leur niveau d’éducation, selon leur perception des gouvernances qui lui sont imposées. En leur ôtant leur âme pour les confiner à des ambitions matérielles de consommateurs avides ils les ont condamnés à redevenir des foules réactionnaires ou apeurées. On ne peut pas exiger de gens proches du gouffre de la précarité, de la pauvreté, de l’indigence télévisuelle de ne pas être tentés par ce qu’ils pensent être une protection illusoire de leur avenir déjà très sombre. Le populisme se nourrit simplement des carences de la politique actuelle et surtout du manque d’ambition des politiques ! Qui aura le courage de le reconnaître ? Qui aura l’honnêteté d’admettre que plus personne ne croit dans des textes abscons, des mesures abstraites, des humiliations répétées envers les plus faibles, la négation pure et simple de l’humanisme minimum ?
Le vrai problème c’est que quoi que fassent ces gouvernants ultra-libéraux dans les prochains mois ils ont perdu leur crédibilité depuis belle lurette. Bruxelles a verrouillé tout son système en fixant des règles qui perdureront et sur lesquelles ni Merkel, ni Hollande ne reviendront. Bien au contraire les échéances électorales proches ne leur permettent absolument pas de modifier le cours des décisions de « gestion’ prises. Ils paieront leurs erreurs cash… comme Cameron qui a préféré la « City » aux cités ! « Ce qui n’était pas prévu, c’est que les peuples puissent refuser ce que proposent les gouvernements. » avait déclaré Michel Rocard le 28 juillet 1992 au journal International Herald Tribune. Et c’est probablement la seule vraie analyse lucide de la situation actuelle !