L’attentat perpétré dimanche à Bagdad par l’Etat islamique a fait au moins 292 morts, selon un nouveau bilan établi par le ministère irakien de la santé. Les identités de 177 personnes tuées dans l’attaque ayant visé un quartier commerçant de la capitale doivent encore être déterminées, alors que 115 corps ont déjà été remis à leurs familles, a précisé la ministre. En fait ce massacre d’une ampleur sans précédent est considéré dans les pays occidentaux comme un simple fait divers et n’a fait la une d’aucun grand média comme si son inimaginable cruauté n’avait pas la même valeur. Un carnage qui illustre bien le climat actuel dans le monde où la mort n’a absolument pas la même valeur selon votre pays, votre religion, votre statut social. L’indifférence face à l’assassinat massif devient extrêmement préoccupante car elle reflète le nationalisme exacerbé qui envahit la planète.
Près de 400 enfants, femmes, hommes tués, cette statistique devrait révolter toutes les consciences alors que le monde la considère comme une simple péripétie. Et pourtant derrière ce nombre il y a des gens normaux, comme à Paris ou à Bruxelles, Certains d’entre eux  appartenaient simplement au quotidien de la vie sociale : Adil Faraj, un danseur et un rappeur de 23 ans ; Ahmed Dia, un ingénieur de 33 ans, ou encore Mohammed Badri, un dentiste trentenaire…ne sont plus ! Ils n’auront pas le droit à une mosaïque mausolée de photos individuelles et des montagnes de reportages en France. Pour nos médias, les morts en Irak ne sont que des individus hors du temps et de leur espace. La fréquence des attaques fait que le choc n’est pas aussi médiatisé comme lors d’un attentat qui a lieu en Europe par exemple.
Des familles entières ont pourtant été exterminées en une fraction de seconde. D’autres centaines de mutilés, de brûlés, de traumatisés s’entassent dans des hôpitaux déjà surchargés et dénués de tous les moyens modernes de soins. Ces gens du peuple irakien n’ont guère plus d’importance pour nos sociétés que ne l’aurait des insectes. L’Irak ne se relèvera probablement jamais du conflit de 2003 qui a déjà causé directement ou indirectement la disparition de plus d’un million de personnes ! Un palmarès de l’horreur soigneusement dissimulé dans les pays ayant, activement ou par consentement passif, participé au conflit contre Saddam Hussein.
La violence générée par le conflit entre les deux principales communautés musulmanes que sont les chiites, majoritaires avec 55% de la population, et les sunnites qui sont, à parité avec les Kurdes, aux alentours de 20% chacune. Cet aspect communautaire prévaut sur la notion de guerre dogmatique qui impliquerait l’opposition entre deux branches de l’islam. Ici, nous avons un conflit entre deux populations antagonistes pour des raisons historiques et sociales.
Quand Tony Blair fait son acte de contrition et tente d’expliquer que sa complicité avec les intérêts purement économiques des USA était indispensable il faudrait lui renvoyer l’horreur qui sévit dans ce pays depuis deux décennies. Le chef du gouvernement britannique entre 1997 et 2007, est accusé d’avoir trompé sa population en affirmant que l’Irak possédait des armes de destructions massives, ce qui n’a jamais été avéré.
Un premier rapport officiel publié en 2004 avait conclu que Tony Blair avait exagéré devant le Parlement la menace représentée par le président irakien Saddam Hussein, même si son auteur, Robin Butler, a déclaré que l’ex-Premier ministre « croyait vraiment » à l’époque en ce qu’il disait. Depuis, Tony Blair a dit plusieurs fois qu’il regrettait les vies perdues, mais pas le fait que Saddam Hussein ait été renversé. L’an dernier, il s’est excusé pour « le fait que les informations données par les services secrets étaient fausses ». Il faudrait qu’il aille se recueillir à Bagdad sur les centaines de lieux où ces faux rapports ont causé la disparition tragique. La responsabilité (et même la culpabilité) morale des coalitions militaires ayant mis ce secteur du monde à feu et à sang. Leurs gouvernements et leur opinion dominante détournent le regard de ces scènes apocalyptiques où la notion de « chair à attentat » prend toute sa signification.
Cette attaque perpétrée dans le quartier majoritairement chiite de Karrada démontre que les multiples facettes du fascisme produisent encore des tragédies sous toutes les latitudes dans un monde égoïste, recroquevillé, intolérant. « Un homme, dans certaines circonstances, peut abandonner toute humanité lorsqu’il est en proie à la panique » selon Arthur Charles Clarke mais il faut y ajouter que quand il est envahi par l’indifférence sur le sort des autres, l’homme sombre vite dans l’inhumanité absolue.