Simone Signoret a en fait un livre à succès et il faut reconnaître que même si elle n’est plus ce qu’elle était la nostalgie est bel et bien la valeur la plus partagée actuellement par les Français. Bien des gens de ma génération font référence à leur passé comme à une période heureuse de leur vie uniquement sur la base de leurs souvenirs. Tout paraissait malgré la réalité quotidienne, plus facile, plus simple, plus naturel que maintenant. La pression de toutes les formes de réussite était moins grande et surtout il était encore possible de vivre dans l’espoir d’un monde meilleur puisque l’avenir ne pouvait être que plus favorable que le présent que l’on vivait. Le mérite permettait d’accrocher la sérénité et la certitude d’une vie supérieure dans bien des domaines à celles des parents et des grands-parents. Il est vrai que plus on est monté avec l’ascenseur social porté par l’éducation et plus comme je le ressens, le sentiment d’avoir accédé à une forme de bonheur est fort. Par contre il n’est pas certain que celles et ceux qui n’avaient pas voulu ou pu emprunter un « escalier » vers l’amélioration de leur sort ressentent la même satisfaction.
La crainte de perdre ses acquis ; l’émergence de la concurrence dans une société violente et oppressante ; la violence de l’échec social omniprésent ; les besoins matériels croissants ; l’insatisfaction perpétuelle de son sort ou de sa situation ; une frustration forte vis à vis de concepts consuméristes de la réussite : autant de facteurs qui ne cessent de peser sur le moral des peuples actuels. C’est une triste réalité : le peuple de France n’a plus d’horizon prometteur ce qui le conduit au pire des suicides collectifs, celui du retour aux errements de passé qu’ils pensent faussement plus rassurant que leur présent.
« C’était mieux (donc) avant… » La Direction de la recherche du ministère des Affaires sociales a résumé de la meilleure manière par ce titre, le sentiment de déclassement des Français. Ainsi 46 % des Français pensaient en 2014 que leur situation s’est dégradée par rapport à celle de leurs parents. Une impression renforcée en dix ans, puisqu’ils n’étaient que 36 % à partager cette opinion en 2004. Entre-temps, la crise est passée par-là et elle dure tellement qu’il n’y a pas de lueur d’amélioration ! Alors « c’était mieux avant ! » devient l’expression favorite des retraités ou des classes moyennes ! Selon la DREES, ce sont les 25-59 ans qui expriment le plus cette opinion. En effet, plus de la moitié des générations 25-34 ans (54 %) et 35-49 ans (56 %) considèrent que leurs parents et les générations ascendantes étaient mieux lotis. Des pourcentages nettement moins élevés pour les plus jeunes et les plus âgés. Les 60 et plus, notamment, ne sont que 36 % à rejoindre le clan des « déclassés » car eux savent bien que le confort, la sécurité, la mobilité, la santé, l’éducation n’avaient vraiment pas le même niveau. D’ailleurs comme ce fut toujours le cas « la situation sur le marché du travail apparaît comme la composante socio-démographique la plus discriminante ».
Retraités et étudiants se montrent bien plus optimistes que les personnes exposées à la précarité de l’emploi. Intermittents et chômeurs se sentent largement déclassés avec respectivement 61 % et 67 %. On observe aussi une différence de 7 points entre les temps pleins et les temps partiels (48 % et 55 %), preuve que l’activité professionnelle est un facteur prépondérant dans l’évaluation de sa situation générale. Or le chômage renforce ce sentiment collectif de peur qui plane sur tous les niveaux de la vie sociale. Peur de perdre son boulot. Peur de ne plus en trouver. Peur de ne plus faire face à ses obligations. Peur de la vie collective. Peur de l’autre quel qu’il soit. Peur de la maladie. Peur de la déchéance physique. Peur de la mort. Peur de l’insécurité. Peur de la maladie. Peur de perdre ses revenus. Peur de l’échec. Peur du jugement des autres…. peur… peur… peur… de tout et de rien !
Dans cette étude, il faut donc distinguer deux types de déclassement : l’un général et l’autre financier. Et les taux coïncident. Quatre Français sur dix se considèrent déclassés financièrement par rapport à leurs parents, un quota proche des 46 % qui s’estimaient déclassés de manière générale. Le retraité est réputé plus heureux que ses enfants et surtout plus en sécurité qu’eux quel que soit son niveau de revenus. Un peu comme si aller vers la fin de sa vie correspondait à une séquence en « roue libre » après une longue ascension de cols ! Le pessimisme des « déclassés » ne s’arrête absolument pas dans ce contexte à leur situation actuelle. Ils sont 45 % à craindre de basculer dans la pauvreté dans les prochaines années, et 73 % à exprimer de réelles inquiétudes quant à l’avenir de leurs enfants. Plus de la moitié des « déclassés » revendique, entre autres, plus d’aide des pouvoirs publics… et votent en faveur des partis qui les suppriment !
Les Français sont donc devenus des champions de la consommation de médicaments et notamment de tranquillisants avec… 136 millions de boites par an, soit 4,25 boites par seconde ! Et depuis la défaite des Bleus on ne va pas améliorer cette statistique !