Des lendemains politiciens franchement minables

Un véritable déluge de « faut qu’on » et de « y a qu’à » s’est abattu sur la France transformant une journée de deuil en une vulgaire dispute de chiffonniers politiques autour de linceuls couvrant encore le sol de la promenade des Anglais niçoise. Aucun respect pour la douleur dans une course effrénée à la déclaration tapageuse et totalement dénuée de tout réalisme. Il paraît que ce sont les nécessités du clivage droite et gauche qui contraint à cette pratique de l’attaque-défense sur le terrain du malheur collectif. Elle est effarante car elle renforce l’analyse des stratèges des manipulateurs de la folie humaine voulant que les crimes déclenchent des dégâts collatéraux encore plus désastreux que les actes commis.
Les morts au champ d’horreur de Nice deviennent malheureusement un enjeu politicien alors qu’ils n’ont été que les innocentes victimes de situations dans lesquelles ils n’avaient aucune responsabilité. Le pire est cependant à venir ! Attendons le grand théâtre des questions au gouvernement (les dernières de la session) pour vérifier que les scrupules n’étouffent pas les donneurs de leçons. Le discrédit sur la classe politique après de tels événements va atteindre des sommets et la France va droit vers la populisme le plus abject !
Quand par exemple Alain Juppé déclare « si tous les moyens avaient été pris, le drame n’aurait pas eu lieu » il n’est pas digne d’exercer une fonction présidentielle car il sait fort bien que ce type de déclaration ne sert qu’à son image de candidat « sécuritaire » à la primaire de droite pour la présidentielle. Pour lui « il faut faire plus » et « mieux » alors que j’étais personnellement au feu d’artifice sur les quais de la Garonne à Bordeaux et que vers 23 h avant le départ du spectacle, les services municipaux enlevaient les barrières de sécurité posées pour le défilé laissant l’accès au site totalement libre… La vérité c’est qu’aucun élu et aucun gouvernement ne sait faire face à ce type de banalisation matérielle de l’assassinat collectif. Comment se contenter de ces généralités quand on a été confronté dans sa vie publique à la difficulté concrète d’avoir à décider des mesures nécessaires à la protection des biens et des personnes ? Rien ne permet d’affirmer que les moyens humains et matériels disposés par toutes les mairies pour le 14 juillet aient été en mesure d’empêcher un camion de 19 tonnes lancé d’entrer dans un espace ouvert.
Remarquez que Henri Guaino a la solution et a été encore plus démagogue que tous les particpants aux primaires LR en affirmant « qu’ il suffit de mettre à l’entrée de la promenade des Anglais un militaire avec un lance-roquette et puis il arrêtera le camion de 15 tonnes (sic), voilà c’est tout ! Sinon, c’est pas la peine d’utiliser des militaires. ». Pourquoi ne pas déployer dans chaque commune ayant une manifestation publique un char Leclerc ou des hélicoptères de combat ? Et dire que lui-aussi aspire à aller à l’Elysée et surtout qu’il y a été !
Quant à Estrosi il a osé évoquer les supposées carences de la police nationale, lui qui depuis des mois se vante d’avoir « la première police municipale en termes d’effectifs : 390 policiers municipaux, 160 ASVP et 229 papis et mamies trafic » (sic). Le renforcement de cette brigade est l’une des composantes de la politique globale que mène notre ville dans le domaine de la sécurité. Nice compte près de 1 250 caméras et dispose du 1er centre de supervision urbain de France »… Quel a été son efficacité puisque c’est elle qui devait assurer l’application de l’arrêté municipal pris par le maire de Nice ? La police nationale vient simplement renforcer les dispositifs en place disposés il faut le savoir par le premier magistrat responsable de la sécurité… La vérité c’est que dix, vingt, trente membres du service d’ordre dépendant de l’État supplémentaires n’auraient jamais empêché un camion de détruire un barrage de 2 ou 3 barrières métalliques tenu par des policiers municipaux acceptant les livraisons de glaces à 22 h 30 dans une zone réservée aux piétons.
De grandes théories sont également échafaudés sur l’auteur des faits. Insuffisance des systèmes de renseignements en période d’état d’urgence pour une personne n’ayant jamais donné le moindre signe de radicalisation et totalement inconnue. Tous les fous sont-ils à détecter massivement ? Comment prévenir le passage à l’acte d’un aliéné mental inconnu de tous les services ? Aucune réforme ne parviendra à juguler ce type d’action solitaire banalisée et préméditée sans contact avec une structure support ! Qui d’ailleurs a supprimé les renseignements généraux si ce n’est Nicolas Sarkozy qui se réserve une déclaration tonitruante pour lundi ? On peut craindre le pire dans la démagogie populiste surtout après son passage à la messe avec Estrosi et Ciotti !
« Guéant l’irréprochable » y est aussi allé de sa leçon : « l’autonomie des services de renseignements par rapport à la police nationale, décidée en 2014 par Manuel Valls avec la création de la direction générale de la Sécurité intérieure, était une faute ». Il oublie que justement le problème c’est que le conducteur fou ne pouvait pas être connu de la DSI et que ces propos sont totalement déconnectés des faits constatés à Nice. Il a lui-même supprimé les renseignements généraux et liquidé des milliers de postes de policiers !
Quand un tel massacre d’enfants, de femmes et d’hommes mériterait la retenue, la mesure, la compassion il génère le parler pour ne rien dire si ce n’est exister, la démesure des larmes de crocodiles et dans le fond le mépris de victimes instrumentalisées. La démocratie mortellement blessée à Nice a été quasiment achevée par ces déclarations !
Jean-Marie Darmian

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8 réponses à Des lendemains politiciens franchement minables

  1. J.J. dit :

    Je ne prétends pas que Daech n’en soit pas capable, cette sinistre organisation a déjà fait ses preuves dans l’horreur, mais je ne pense pas que l’on puisse cette fois lui imputer cet attentat, ni même lui en imputer l’inspiration.

    Il faudrait chercher ailleurs, il arrive trop bien à point.
    Ravaillac, vous en avez entendu parler ?

  2. Fafou dit :

    Nous savons tous que dans un tel événement tragique, les politiciens y vont tous de leur refrain en tirant la couverture à eux..
    Le problème me semble ailleurs.
    Le criminel qui a provoqué ce carnage avait été condamné il y a peu de temps à 6 mois de prison AVEC SURSIS pour faits de violence avec arme ! 6 mois avec sursis !!!! Et c’était un recidiviste !
    Je sais bien qu’avec des si on mettrait Paris en bouteille mais si ce délinquant avait été en prison, 84 personnes seraient encore en vie et 200 ne seraient pas en souffrance isur des lits d’hôpitaux.
    Monsieur Darmian, vous conviendrez que les politiques qui nous gouvernement doivent impérativement se mettre au travail pour lutter efficacement contre le terrorisme au lieu de se répandre en déclarations dégoulinantes de compassion et du genre « ils ne nous font pas peur »
    Et bien justement si, ils nous font très peur et l’avenir nous apparaît noir, très noir.
    Bien à vous.

    • Baillet Gilles dit :

      Il y a de très grandes chances que l’assassin de Nice n’ait eu pour seul mobile que son suicide spectaculaire. DAEH vient de faire le service minimum pour récupérer ce meurtre de masse. Ca arrange tout le monde. Les services secrets ne peuvent rien contre les agissements pulsionnels d’un fou qui n’impliquent aucun réseau.

  3. bernadette dit :

    Je ne sais pas faire de la politique parce que j’appartiens au peuple. Puisque nous sommes en guerre, il serait bien de déployer les forces armées sur le territoire français pour protéger les concitoyens.

  4. faconjf dit :

    Bonjour,
    je vous suggère la lecture de cet article écrit après les attentats de Bruxelles
    http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20160331.OBS7480/la-strategie-de-la-mouche-comment-quelques-terroristes-font-trembler-les-grandes-nations.html
    Cela s’inscrit bien dans votre analyse, je cite cet extrait de l’article: « si l’on veut combattre le terrorisme efficacement, il faut prendre conscience que rien de ce que les terroristes font ne peut vraiment nous détruire. C’est nous seuls qui nous détruisons nous-mêmes, si nous surréagissons et donnons les mauvaises réponses à leurs provocations. »
    Il nous faut très vite nous ressaisir en interpellant nos politiques sur leur indécence.
    Salutations républicaines

  5. Baillet Gilles dit :

    Bonjour,
    A propos du massacre de Nice. A la lecture de la presse étrangère et notamment de la presse italienne particulièrement bien informée (lire le remarquable dossier du Corriere della Serra), le geste fou du tueur semble guidé par sa seule folie et non par les injonctions du groupe Etat islamique ou d’autres. Le dossier du Corriere delle serra fait le récit le plus précis des circonstances de ce massacre. Le tueur a passé le premier barrage en faisant croire qu’il allait livrer des glaces. Puis très vite, des policiers et même un motard civil (qui va essayer en vain de le stopper avant d’échouer et de se faire écraser par le camion) vont s’efforcer d’arrêter le véhicule qui finit dans la foule. Les journalistes italiens comme anglais ont fait des enquêtes de voisinage qui démontrent que le tueur était dépressif et très perturbé par son divorce. Ils rejoignent RMC info qui a bien fait son boulot dans cette affaire. La journaliste spécialiste du terrorisme parle d’«un métro sexuel qui n’a pas fait correctement son ramadan, sans rapport avec l’islam radical.»
    Tout cela démontre que nous sommes bien dans un emballement médiatique. Le massacre de Nice n’a la portée politique que Manuel Valls et François Hollande, ainsi qu’une bonne partie de la classe politique, ont voulu lui donner. Maintenant, l’Etat d’urgence est prolongé. Les mesures de surveillance vont devenir de plus en plus dures.
    PS: Il n’y a pas au moment où j’écris de revendication.

  6. LAVIGNE Maria dit :

    Ceux qui aspirent à revenir au pouvoir ont eu des comportements indécents. Qui a supprimé des postes dans la police, dans la gendarmerie ? Ils viennent parader faisant croire qu’eux auraient fait le nécessaire pour que cet acte barbare ne se produise pas.
    Aucun respect pour les vies fauchées, la douleur des familles et de tout un peuple.
    Qu’ils se taisent, ils nous font honte

  7. DUPART LESCURE dit :

    Honte de ces politiciens qui ne pensent qu’à l’échéance de 2017, ils n’ont même pas le respects de toutes ces personnes qui ont perdu la vie et de leurs proches qui les pleurent .

    Y aurait-il que la politique dans la vie pour eux ?

    Jacqueline

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