Il y a eu une période légèrement euphorique durant laquelle les adversaires du TTIP (« Partenariat transtalantique de commerce et d’investissement ») ont cru que les technocrates et les gérants irresponsables vis à vis des électeurs de l’UE allaient tenir compte du désastre qu’engendrerait ce traité. Ces accords de libre échange pour ne pas dire du libéralisme débridé entre les Etats-Unis et l’Union européenne ont été négociés dans le plus grand secret de 2013 à 2014 afin d’aller vers une mise en œuvre surprise. En fait encore une fois il a fallu des lanceurs d’alerte issus de certaines ONG et de quelques militants motivés de la société civile pour qu’un brin de débat démocratique ait lieu ! C’est un minimum car les enjeux de ces accords présentés comme essentiellement commerciaux touchent aussi la protection sociale, l’environnement ou l’alimentation, en passant même par le droit du travail. Encore un sujet sur lequel on n’interrogera guère les candidat(e)s aux présidentielles car le sujet essentiel restera encore pour quelques mois… le burkini et la place d’une religion dans la société française. L’UE courageusement en profite d’ailleurs pour renouer le dialogue avec les USA en catimini ! Et bien évidemment la classe politique va détourner le regard pour ne pas avoir à se prononcer sur les pires négociations depuis celles de Munich.
C’est en effet quasiment une capitulation qui menace l’UE car elle est incapable d’afficher un front commun solide et solidaire face aux grands trusts américains qui font bloc avec leurs négociateurs. Face à ces derniers des intérêts divergents défendus par des gens porteurs d’une manière ou d’une autre des spécificités nationales… Lentement, pas à pas, ligne après ligne les USA laminent les « sécurités sociales ou économiques » qui restent en Europe. Ils veulent envahir avec leur « culture » et leurs « produits » le marché européen alors qu’ils ne cessent de freiner l’arrivée des diverses spécialités du vieux continent. Pourtant si le TTIP est conclu, il concernera 820 millions de consommateurs et représentera la moitié du PIB mondial. Les dégâts seront de fait considérables
C’est ainsi qu’Outre Atlantique tout peut être mis en vente par exemple sans aucune étude préalable. On ne retirera ces produits que s’ils est prouvé par les consommateurs et à leurs frais qu’il est dangereux voire nocif après des procès coûteux et interminables. Le même en UE sera soumis à des normes, à des tests et le principe de précaution s’applique et par exemple les OGM arrivent tant bien que mal (et plutôt mal d’ailleurs) à être contenus ! En fait les parlementaires européens n’auront leur mot à dire qu’en fin de négociation avec une marge de manœuvre inexistante !
Le ministre de l’Economie et vice-chancelier allemand social-démocrate avait déclaré que « Les discussions ont échoué, parce que nous, les Européens, ne voulions pas nous soumettre aux exigences américaines ». Une fanfaronnade qui a été immédiatement démentie puisque la démocratique Commission européenne s’est empressée de contester cet arr^te de la machine à se soumettre au diktat US : « Bien que les discussions prennent du temps, le processus est enclenché (…) Le dernier round a eu lieu en juillet(sic) » C’est donc bouclé dans le plus grand secret et la « messes » est dite !
En fait les pétitions, les oppositions n’y ont rien fait et nous allons entrer dans l’orbite des tyrans économiques US ! Huit membres en rien redevable d’une quelconque responsabilité à l’égard des peuples ont vendu l’Europe ! Ils ont d’ailleurs déjà prévu la signature d’un autre accord élaboré dans les bureaux bruxellois : l’accord économique et commercial global (AECG), absolument identique mais liant l’Europe et le Canada. Une sorte de « Canada Dry » du TTIP ! Les négociations autour de l’AECG ont commencé officiellement le 6 mai 2009 au sommet Canada-UE à Prague. Le vendredi 26 septembre 2014, le gouvernement canadien et le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy accompagné du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso (une vraie référence!), avaient officiellement dévoilé son contenu , lors d’un sommet à Ottawa et annoncé la conclusion des négociations.
Le traité implique la suppression des droits de douane pour presque tous les produits, dès la mise en œuvre de l’accord dans la plupart des cas. Il comporte aussi un volet concernant le commerce des services, l’harmonisation des normes actuelles et futures, les marchés publics et la protection juridique des investissements. En fait il suffira qu’un filiale directe ou indirecte d’une multinationale américaine ait un siège social avéré au Canada pour qu’elle profite de l’aubaine en attendant des jours meilleurs ! On recevra ainsi des burkinis détaxés ce qui permettra l’enrichissement du débat politique dans cette Europe faible, rongée par ses faiblesses terribles que sont la montée des nationalismes, la concurrence outrancière et le délitement social !