C’est assez extraordinaire : les banques européennes ont bien des malheurs aux Etats-Unis El Dorado prétendu du libéralisme et surtout terre d’élection du profit… Le rendement du capital y est réputé débridé sauf que les contrôles sont beaucoup plus féroces que en cette Europe qui se veut irréprochable. Ainsi Deutsche Bank a écopé d’une amende de 14 milliards de dollars (12,5 milliards d’euros) de la justice américaine dans le cadre d’une enquête sur la vente de titres adossés à des prêts immobiliers. Déjà très mal en point la vénérable institution bancaire allemande est au bord du gouffre. Elle rejoint Goldman Sachs a pour sa part accepté en avril de verser 5,06 milliards de dollars pour solder un litige dans lequel elle était accusée d’avoir induit en erreur des
investisseurs sur le marché des titres hypothécaires durant la crise financière.
Côté européen, BNP Paribas a été condamnée en 2014 à 8,97 milliards de dollars d’amende pour violation de sanctions économiques américaines. Il en va de même pour une floppée d’établissements américains avec JPMorgan Chase qui a accepté en 2013 de débourser 13 milliards de dollars pour mettre fin à des accusations des autorités américaines selon lesquelles elle avait exagéré la qualité des titres hypothécaires placés avant la crise financière de 2008. Une véritable supercherie qui a ruiné des milliers d’investisseurs. L’année suivante, Bank of America BAC.N a conclu un accord amiable sur un montant de 16,7 milliards de dollars dans un dossier similaire. Citigroup C.N a pour sa part accepté de débourser 7 milliards de dollars pour clore une enquête de l’État fédéral sur des titres de mauvaise qualité adossés à des créances hypothécaires qu’elle avait vendus avant la crise financière. Mais là on atteint les sommets en matière de fraude et jamais on peut imaginer pareille sanction chez nous ! Au contraire la bienveillance est de mise et nous renflouant avec le concours des contribuables nos banques quand il leur arrive malheur.
Illico l’action Deutsche Bank chutait de de 8% à la Bourse allemande. La plus forte baisse des grands indices européens, entraînait avec elle de nombreuses valeurs du secteur bancaire. Le titre a déjà perdu près de la moitié de sa valeur depuis le début de l’année et l’on envisage un nouvel appel de fonds pour boucher le trou béant qui s’ouvre. Encore une fois il faut envisager l’aide des pouvoirs publics allemands si l’on veut éviter une vraie humiliation au pays de Merkel contrainte à faire profil bas. Devant cette situation angoissante, la Deutsche Bank dit ne pas avoir l’intention de s’acquitter de la somme réclamée par Washington ce qui est un comble quand on a profité des minces règles du libéralisme bancaire. Les lois ne s’appliquent pas dans le monde de la finance !
Deutsche Bank a été l’un des établissements européens les plus en vue à Wall Street mais, comme nombre de ses concurrentes, elle a été la cible de poursuites pour des faits remontant souvent aux années pourries ayant précédé la crise. Encore une fois on découvre des manipulations à grande échelle qui illustrent parfaitement le poids terrible de cette finance à laquelle on dit s’attaquer mais qu’en fait les politiques protègent. La peur panique d’une nouvelle crise (pourtant inévitable) les conduit, an France, en Allemagne, en Grande-Bretagne à accepter l’inacceptable.
En l’occurrence la Deutsche Bank aurait un palmarès impressionnant : ventes abusives de prêts hypothécaires douteux et à des manipulation des taux de change et des cours de l’or et de l’argent, manipulation des taux de référence Libor et Euribor, des pratiques douteuses sur les marchés actions en Russie et de soupçons de blanchiment d’argent. Bien évidemment aucun haut responsable n’est coupable et encore moins responsable. Aucune sanction autre que financière ne sera prise et en fait c’est indirectement les épargnants et l’État allemand qui vont payer cette ardoise de malversations en tous genres ! Tenez vous bien les dirigeants prévoit une provision de… 5, 5 milliards ( ce n’est pas une erreur) de frais juridique pour se défendre ! On pourrait y ajouter les dégâts causés en Grèce avec le soutien de l’UE et du FMI !
En fait il faudrait que toutes ces banques aient leur siège social en Islande. imaginez le patron de la deuxième banque française condamné à 12 mois de prison dont trois ferme… Impossible ailleurs en Europe mais pas en Islande. L’ancien directeur général de Landsbanki, la deuxième banque islandaise jusqu’à l’effondrement du secteur financier du pays en 2008 et deux autres cadres ont été condamnés à de la prison pour avoir participé à la même magouille. Il leur était reproché d’avoir manipulé le cours de Bourse des actions de la banque. Des peines plus lourdes, de trois ans et demi à cinq ans et demi de prison, ont déjà été infligées en décembre 2013 à trois anciens dirigeants de Kaupthing, la première banque islandaise avant la crise. Chez nous on condamne les pauvres couillons qui ne peuvent pas payer leurs crédits… et ceux qui ont fait ces manipulations financières à l’insu (soit-disant) de leurs dirigeants qui bien entendu ne savent rien,ne voient rien et n’entendent rien !