Quinze des 19 auteurs des attentats ayant fait près de 3.000 morts le fameux 11 septembre étaient des ressortissants saoudiens. La responsabilité de l’Arabie saoudite, alliée des Etats-Unis, n’a cependant jamais été démontrée. Mais les défenseurs du « Justice Against Sponsors of Terrorism Act » ont insisté sur la nécessité pour les proches de victimes de pouvoir réclamer justice. Ils estiment que la position de l’administration Obama est avant tout liée à la crainte de provoquer la colère de Ryad et qu’ils est indispensable de clarifier des faits qui restent toujours mystérieux. Le Congrès américain a donc rejeté un veto de Barack Obama et ont voté ce texte à une large majorité de 348 voix contre 77 voix ayant soutenu la position présidentielle. En fait cette péripétie américaine met en évidence les difficultés que rencontrent les démocraties vis à vis des pays du Golfe réputés inattaquables en raison de leur puissance financière. Cette entorse intervient au moment où l’OPEP vient de décider de revenir sur la scène internationale en faisant remonter le prix du pétrole.
Les Saoudiens ont réalisé une alliance de circonstance avec les Iraniens pour parvenir à cette solution néfaste pour les économies occidentales. Riyad limitera sa production alors que Téhéran pourra continuer à l’augmenter afin de favoriser une remontée des cours. En cédant, Riyad a libéré un blocage qui durait depuis des mois, voire des années. Depuis juin 2014, lorsque le baril valait quelque 110 dollars, les pays membres de l’Opep – comme ses partenaires, telle la Russie – regardaient sans réagir les cours s’effondrer et leurs revenus se ratatiner. Cette fois, devant l’urgence de la situation budgétaire de certains, les pays du cartel sont tombés d’accord pour annoncer qu’ils allaient resserrer leurs robinets (entre 250 000 et un million de barils par jour en moins). L’effort est modeste, puisqu’en près d’un an leurs puits ont craché quasiment 2 millions de barils de plus qu’en 2015… Mais, parmi les observateurs du marché de l’or noir, personne ne s’y attendait.
L’Arabie saoudite traverse en effet une période délicate malgré sa richesse intrinsèque. Le roi vient de réduire les salaires des ministres et des fonctionnaires et on annonce une maigre mais réelle réduction des trains de vie. Le pouvoir est aussi légèrement secoué par des revendications inhabituelles comme celle visant à débarrasser les femmes de la tutelle exercée sur elles par les hommes pour tous les aspects du quotidien( étudier, conduire, sortir…). Une pétition est lancée et elle progresse dans le respect des lois…
Jusqu’à présent, la diplomatie a supplanté le droit et chaque fois que les royaumes ou les émirats du Golfe se permettent des incartades graves pour les grandes puissances ils en sont exonérés au nom de l’efficacité économique. On se souvient tous du rôle de l’Arabie saoudite dans la guerre d’Afghanistan lorsqu’elle finançait et soutenait (avec les Américains et les Pakistanais) les moudjahidines contre les Soviétiques, puis plus tard, à partir de 1994, les Talibans avec qui elle partage le même groupe politico-religieux du wahhabisme… Dans les années 1990, Riyad a été très influente dans les guerres des Balkans puis dans les troubles du Caucase. C’est d’ailleurs à partir de 1990 que Moscou interdit le wahhabisme sur son sol et expulse les imams d’origine ou sous influences saoudiennes.
Quant au Qatar, selon un spécialiste interrogé sur le site Atlantico en mars 2014, le sous-secrétaire américain au Trésor, responsable de la lutte contre le financement du terrorisme, a révélé que « l’émirat, qui est pourtant un allié de Washington, finançait depuis de nombreuses années le Hamas ». Il ajoutait « qu’au début de la révolte syrienne contre Assad le patron des services de renseignements saoudiens avait réussi à convaincre le roi Abdallah qu’il fallait « combattre par tous les moyens » le régime d’Assad, ennemi numéro un de Riyad car allié du grand rival, l’Iran. Ainsi, faire tomber Bachar el-Assad était un des moyens de contrecarrer l’influence grandissante de Téhéran dans la région.  En Irak, appuyer Al-Qaïda était aussi une stratégie afin de nuire et d’affaiblir le pays à majorité chiite et sous influence iranienne. Mais lorsque l’EI, issu d’Al-Qaïda, s’est développé et s’est de plus en plus émancipé de la tutelle financière et politique de ses parrains du Golfe, tout en menaçant ouvertement le royaume saoudien ».
Ces éléments ajoutés au fiasco de l’intervention au Yémen enlisée dans une guerre clanique, à l’arrivée possible de…Trump rendent la situation très tendue. Le vote américain va singulièrement déranger l’ordre établi voulant que les USA assurent la sécurité du Golfe en échange d’un pétrole suffisant et bon marché. On va vers la fin… ce n’est qu’une question de temps !