La polémique autour du livre de confidences de François Hollande, « Un président ne devrait pas dire ça… » de Gérard Davet et Fabrice Lhomme publié chez Stock prend de l’ampleur à l’aube des grandes décisions relatives aux candidatures présidentielles. En dehors de « petites » phrases totalement sorties de leur contexte comme le veut désormais la tradition médiatique, cet ouvrage pose une question de fond : jusqu’où peut-on aller en France dans le parler vrai devant des journalistes ? Dans de nombreux pays on louerait cette franchise alors que dans le nôtre ce type de comportement n’a vraiment jamais eu sa place. Tous ceux qui s’y sont essayé l’ont chèrement payé ! En fait comme les grands médias ne vivent plus que de la concurrence sur le terrain du sensationnel ils n’admettent plus la sincérité des propos sauf s’ils provoquent au minimum un débat et au mieux une vraie polémique durable. On assiste aux États-Unis à l’installation, via le « Trumpisme », à l’optimisation du système voulant que la provocation, l’exagération, la simplification outrancières constituent les bases d’une communication. Il ne manquera pas d’arriver prochainement sur le terrain politique républicain en France… sous la pression médiatique.
Le bouquin de Gérard Davet et Fabrice Lhomme en est l’amorce et correspond à une nouvelle erreur de communication élyséenne. Le travail des journalistes a été engagé, dans son principe, il y a de nombreux mois au moment où revenait sur le devant des préoccupations hollandaise : le concept du « Président ordinaire ». Il s’agissait de démontrer que François Hollande avait une approche de sa fonction reposant sur la transparence et la simplicité. Il fallait donc un bouquin qui le rapproche des gens ordinaires et qui démontre que le Président ne s’était pas éloigné d’eux…
Autorisés à dialoguer régulièrement avec l’ex-député de la Corrèze le duo a simplement profité de cette stratégie que maintenant les proches tentent de « déminer », sur la base de discussions loin d’être à bâtons rompus. François Hollande ne saurait invoquer la trahison des auteurs (l’affaire des propos de son secrétaire général Jouyet l’a rendu prudent) ou les attaques ciblées : il savait fort bien que tout serait repris et diffusé. Il n’y a jamais de conversations « off » avec des journalistes (surtout pour un livre) car on n’a encore jamais vu l’un d’entre eux mettre un revolver sur la tempe de son interlocuteur pour lui faire dire ce qu’il ne veut pas dire. Ou alors c’est d’une naïveté désarmante !
En fait dès le lendemain de sa prise de fonction, François Hollande avait réuni tout son cabinet d’alors. Il avait donné les grandes orientations de son mandat en annonçant par exemple qu’il garderait ouvert son mobile avec son numéro antérieur connu de centaines d’élus et de soutiens. «  Je veux être à l’opposé de Sarkozy. Je veux changer l’image présidentielle en étant le plus ordinaire possible ! » Il a réussi au-delà de tous ses espoirs. En acceptant de faire des confidences sur tout et n’importe quoi, il a définitivement ruiné son image en conclusion d’un mandat marqué par des affaires ordinaires de cœur, de moments officiels mal maîtrisés, de reculades improvisées. Quelle que soit la défense portée par ses laudateurs (trices) il ne pourra absolument pLUs remonter la pente savonneuse du discrédit. Interrogé sur le contenu de ce livre de plus de 600 pages, qui a, selon ses auteurs, été écrit après… 61 rencontres avec le président, l’Élysée a précisé (trop tard) que « bien entendu, ces propos sont à replacer dans leurs contextes à chaque fois ». Un vœu pieux et la méthode Coué en politique !
La constitution de la V° République a été construite pour des hommes d’exception ayant une vraie stature générant la confiance. Le général de Gaulle et François Mitterrand sont à ce jour les deux seuls qui se soient parfaitement adaptés aux exigences du poste. Giscard avait voulu lui-aussi descendre du trône de monarque républicain en allant déjeuner chez l’habitant, en recevant les éboueurs au petit-déjeuner, en causant au coin du feu de cheminée… avec le résultat que l’on connaît. Chirac a surtout profité de son passé et de son image de bon vivant reposant sur sa propension à s’extasier sur le cul des vaches mais il n’a jamais dépassé le statut de président sympa. Sarkozy, en bulldozer des formes a largement entamé cette fonction présidentielle par ses outrances et ses affaires obscures.
Les confidences hollandaises volontaires ressemblent à un testament involontaire déposé au vu au su de tout le monde avant une sortie par la « grande » porte, celle qui permet d’entrer dans l’Histoire : devenir le premier Président qui ne se représente pas après un seul mandat! S’il n’y avait pas cette soif de vengeance de sa part et celle de ses fans à l’égard des « frondeurs » accusés de tous les maux de la terre, la décision aurait déjà été prise.
En fait la parution de ce bouquin qui ne restera pas confidentiel, va profiter à Alain Juppé ou Jean-Luc Mélenchon, les seuls qui aient actuellement dans l’opinion dominante dans chaque camp une image de solidité et de constance. Ils allient en effet la ténacité dans leurs propos, la capacité de tenir le cap face à leurs détracteurs. La France va se choisir un homme « providentiel » susceptible de résister à la vague brune et de remettre en perspective la gouvernance nationale.
Alors qu’il se voulait un argumentaire de poids pour redonner un peu de vigueur au quinquennat hollandais, le livre « Un président ne devrait pas dire ça… » tombe au mauvais moment (une fois encore) et il va conforter l’image de faiblesse, de Monsieur catastrophe, de gaffeur dont le titulaire de l’Élysée n’avait vraiment pas besoin. Du moins on peut légitimement le penser…