La grogne des policiers se maintient dans les grandes villes placées sous leur responsabilité puisqu’en matière de sécurité publique la France est coupée en deux entre monde rural (gendarmerie) et urbain (police) sans que personne ne s’en offusque. Ainsi des centaines d’entre eux ont manifesté en colère à Paris, devant la pyramide du Louvre.  A Bordeaux, une trentaine avec une dizaine de voitures de service, toutes sirènes hurlantes, se sont installés face au Grand Théâtre, en plein cœur piétonnier. Les fonctionnaires, en uniforme pour la plupart, se sont postés en cordon face à leurs véhicules durant cinq minutes environ avant de repartir en cortège, sirènes actionnées. Lundi c’était à Béziers et probablement d’autres témoignages de colère auront lieu dans les prochains jours malgré les injonctions de leur hiérarchie.

En fait outre leur colère contre le gouvernement ils veulent désormais dénoncer leurs syndicats suspectés d’avoir calé devant le Ministre de l’intérieur et avoir accepté des améliorations de leur sort professionnel insuffisantes. Et c’est certainement le mal le plus profond révélateur du maise social en France. Le système de la «  démocratie représentative » tombe lentement en ruines puisque plus personne ne semble désormais faire confiance aux « élus » qu’ils soient politiques, syndicaux ou associatifs. Quel que soit le secteur concerné ils ne peuvent que rarement porter une parole collective puisque systématiquement elle est contestée car insuffisante pour des minorités agissantes internes ou externes.

Les élus politiques sont tous pourris et les délégués syndicaux ne vont pas trader à l’être si l’ont se fie aux confidences recueillies sur le site franceinfo.fr : « Les syndicats ont négocié en notre nom mais sans nous. On veut être reçu par le gouvernement. On continuera jusqu’à ce que nous soyons entendus, nous petits policiers de la rue », a lancé un manifestant au mégaphone lors d’une halte devant la préfecture de police. « Le gouvernement a voulu s’acheter la paix en mettant de l’argent, ça avance mais il faut qu’il comprenne que le malaise est profond. Il faut que tous les policiers soient unis, et les syndicats sont trop souvent du côté du pouvoir. Ils pensent à eux avant l’intérêt général », explique un gardien de la paix. Une dizaine de manifestants ont même symboliquement brûlé des feuilles de papier affichant l’inscription « carte syndicale », avant de partir en cortège dans les rues de Paris quand d’autres le font avec leur carte d’électeur.

Des revendications d’ordre général traversent les manifestations mais ont pourtant bien du mal à être prises en compte par le gouvernement : « plus de moyens », des « peines plus sévères envers leurs agresseurs » et « une révision des règles de la légitime défense ». Sur le premier point qui paraît le plus facile à résoudre il a été annoncé le déblocage de 250 millions de crédits pour l’amélioration et le renouvellement du matériel… Il faudra maintenant qu’à l’issue des procédures longues d’appels d’offres ces crédits se transforment en réalité. Entre l’inscription budgétaire et l’arrivée des véhicules ou des équipements il faudra bien une bonne année ou une année et demie de patience ! Il sera donc possible de prétendre que le gouvernement ne tient pas ses promesses en 2017 et que les syndicats ont trahi !

Pour les autres demandes les réponses sont plus compliquées car elles relèvent de la modification de textes poouvant à terme se révéler dangereux pour les libertés individuelles. L’alignement des sanctions pour « outrages » à l’encontre des forces de l’ordre avec celles des magistrats qui passera donc de six mois à un an d’emprisonnement semble logique même si ensuite il faut démontrer qu’outrage il y a eu et que souvent il s’agit de la face visible de faits beaucoup plus grave. L’insulte a été banalisée dans notre société et un élu dans l’exercice de ses fonctions peut aisément être insulté sans que les autorités réagissent. J’ai été en ce qui me concerne agressé physiquement et verbalement le 4 mars 2014 et par courrier répondant à une demande de situation de ma plainte le Procureur l’a indiqué que… l’enquête était toujours en cours ! La banalisation sociale de la violence des mots ou des actes ne se résoudra pas par une aggravation des peines dont on sait qu’elles ne peuvent pas être exécutées faute de moyens. Attendons les élections de 2017 pour connaître la suite…et l’exploitation qui sera faite de ces prises de position ! La violence commence avec l’incivilité galopante, la tricherie organisée, l’impunité des nantis non réprimées !

Quant à la légitime défense c’est tellement délicat que le texte devra être pesé au mot près. Le gouvernement a été prudent en annonçant, car il ne peut pas faire autrement, des propositions sur « les conditions d’évolution de la légitime défense ». La tendance extrémiste en cours vise à américaniser le système français avec des armes létales en quantité et une utilisation moins codifiée. L’augmentation de l’armement et son utilisation banalisée ne sont pas nécessairement les réponses efficaces aux dérives actuelles. Mais ce n’est pas dans l’air du temps de prôner la modération dans ce domaine comme dans d’autres… Les policiers, comme les enseignants, comme les juges ne peuvent que tenter de mettre des pansements douloureux sur une société malade de ses inégalités et de sa pauvreté culturelle et sociale. Pas certain que la solution passe, cette fois encore, par l’extrémisme populiste.