S’il fallait un exemple du délitement des valeurs républicaines auxquelles certains ne sont plus du tout attachés on l’ eu avec une manifestation devant le château de Versailles. Le lieu est hautement symbolique puisque c’est celui du pouvoir absolu, des fastes et des ors de la royauté, des privilèges au détriment du peuple, des décisions relatives aux guerres. C’est aussi celui pour les touristes du monde entier qui viennent admirer le talent des artisans et des artistes français. C’est celui qu’avaient choisi les membres et les sympathisants d’un mouvement de droite « Versailles d’avenir » pour témoigner avec des slogans choisis leur hostilité aux migrants. Une centaine d’entre eux va en effet intégrer un centre d’accueil et d’orientation à Rocquencourt sans impact d’aucune sorte sur la vie de cette ville richissime qu’est le Versailles actuel. Et pourtant devant les grilles du palis du Roi Soleil des opposants ont décliné des discours annonçant le début de « l’invasion du pays », dénonçant « l’insécurité » ou même proclamant qu’il s’agissait de « l’implantation du chaos ». Rien de moins !

Parmi les manifestants on trouvait l’ancien patron de la Légion étrangère, le général de corps d’armée Christian Piquemal, radié des cadres de l’armée début octobre après avoir participé début 2016 à une manifestation interdite contre les migrants à Calais. « Nous sommes ici parce que le préfet a confirmé la présence de migrants sur le site de l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria) de Rocquencourt: ça soulève l’indignation populaire des classes moyennes, de la France périphérique », a expliqué l’organisateur Fabien Bouglé, conseiller municipal de Versailles. Il faut apprécier à sa juste valeur les notions « d’indignation populaire » et de « France périphérique » déclinées depuis la ville dont le nom a été associé durant un siècle à l’oppression du peuple et à la France centralisée du pouvoir absolu !

Le porte-parole de ce rassemblement avec catholiques pratiquants devant témoigner de leur charité a utilisé des formules de la pire espèce, dignes des réunions des années 1930: « Ici, on aime le vin ! Ici, on mange du cochon ! Ici nos femmes n’ont pas le choix entre être voilées et être violées ». Il a évidemment appelé à l’aide, selon le siie du Parisien.fr… Donald Trump plutôt que Charles Martel pourtant porté au pinacle de certains mouvements extrémistes!

Pour ces gens bien pensants dont une partie appartient à la « Manif pour tous » il n’est pas possible, ni même nécessaire d’accueillir quelques centaines de migrants dans leur département. Pour eux les personnes voulant fuir la guerre ou la dictature, comme celle de l’Érythrée, classée régulièrement parmi les régimes les plus répressifs de la planète par les organisations humanitaires et de défense des droits de l’homme peuvent si elles le veulent rester chez elles pour combattre les armes à la main ! C’est devenu à la mode : refuser le principe même de réfugiés de guerre pour s’inscrire dans la logique d’une impossible résistance à mains nues contre les violences extrêmes de régimes approvisionnés en armes par… les entreprises des grands pays fabricants.

La campagne des élections présidentielles va vite dégénérer sur ce thème de la protection de « notre identité nationale » face à une « invasion » supposée priver les Français de leur culture, de leur travail, de leur ressources. Le FN prépare d’ailleurs méthodiquement à l’exploitation de ce qu’il pense être un filon électoral très productif . Profitant des règles actuelles du CSA sur le temps de parole, les stratèges du parti d’extrême-droite évite d’utiliser leur temps de parole dans les grands médias. Ils savent que début 2017 les candidats putatifs auront des compteurs déjà très avancés. Ce retard devra obligatoirement être rattrapé selon la loi. Il sera alors temps de déverser sur les antennes un flot d’éléments de langage soigneusement choisis. Il est certain que « immigration », « migrants, « préférence nationale », « expulsions », « insécurité » reviendront comme un tsunami ravageur. Les réseaux sociaux vont déborder de fausses informations sur le sujet comme on le voit déjà chaque jour… et la « mayonnaise FN » va prendre de manière définitive.

S’il existe un nom difficile à porter dans l’histoire c’est bel et bien celui de « Versaillais » qui n’a pas de rapport direct avec la ville. Il faut en effet rappeler que les « Versaillais » ont été ceux qui ont écrasé dans le sang le peuple de la Commune de Paris en mai 1871 au nom de la protection de la France. Tout un symbole de revoir devant ce château qui fut le siège d’où sont partis tant de répressions, de régressions, de déceptions des « citoyens » réclamer le non-respect des droits humains fondamentaux portés par les pères de la Révolution. Les réactionnaires reviennent en force sous toutes les formes et avec toutes les motivations possibles: religion, économie, politique, société, libertés publiques et individuelles… Sommes-nous vraiment prêts à répondre par des actes concrets; à être fermes et intransigeants sur les valeurs; à être solidaires dans les tranchées où nous sommes acculés; à agir plutôt qu’à commenter ?