Des sapeurs-pompiers professionnels venus de toute la France ont manifesté sur le périphérique pour protester contre  « l’intervention de plus en plus fréquente des sapeurs-pompiers professionnels sur des missions qui ne relèvent pas de leur ressort mais de celui des services de l’Etat » : absence d’ambulance ou de médecin dans un secteur, ébriété sur la voie publique… L’organisation pointe également du doigt « l’absence de prise en compte de la souffrance au travail » et parfois « la suppression de postes ».Pour ma part il n’y a pas de discussions possible : je soutiens cette action car elle est le reflet d’uns situation qui empire sur tout le territoire national. Elle n’est que le reflet d’un pays dans lequel on exige des services publics performants, efficaces, gratuits -sauf Fillon qui veut les supprimer) sans jamais assumer les conséquences financières de ces choix. Il est très difficile de parler de la réalité dans un monde qui ne s’intéresse aux faits que quand ils sont scandaleux, morbides ou polémiques surtout quand la réalité dérange.

Le premier constat c’est une augmentation considérable du nombre des interventions de secours aux personnes avec un système d’alerte pervers. Les décisions sociales prises (maintien à domicile, raréfaction des médecins de garde, disparition des hôpitaux de proximité, restrictions des dépenses de sécurité sociale…) retombent en fait directement sur les sapeurs-pompiers professionnels ou volontaires. «  il arrive que parfois quand je suis de garde, je sorte 4 ou 5 fois avec un véhicule de secours afin d’effectuer le relevage de la même personne tombée de son lit chez elle » m’expliquait un sauveteur exaspéré par ces missions découlant des systèmes d’alerte n’ayant pas de services et donc transféré vers les centres de secours ! « Nous intervenons aussi souvent pour la même raison dans des maisons de retraite (EHPAD) car le personnel de nuit est restreint et incapable physiquement de faire face à ces chutes. » ajoute ce sapeur aguerri. « Le weekend nos interventions sont celles de services sociaux d’urgence pour des querelles infra-familiales avec des échanges de coups ou surtout de l’alcoolisation domestique… mais souvent quand nous arrivons tout le monde est revenu d’accord ! » Il faut y ajouter que, par exemple, sur le quai de Paludate où se trouvent les grandes boites de nuit à Bordeaux le nombre des sorties atteint plus de 1500 sur une année pour bagarres, alcoolisation outrancière, chutes ! Avec à la clé un transport aux urgences et certaines nuits de logues minutes d’attente ! Le grand public n’a pas conscience que sur la Gironde le nombre de sorties approche les 108 000 avec des journées à plus de 400 sur la totalité du territoire. Discutez donc avec ceux qui vous présenteront le calendrier ce sera plus efficace ! 

Le circuit d’alerte est également totalement inconnu des citoyen(e)nes contribuables qui exigent de secours rapides, efficaces, professionnels et gratuits ! En cas de maladies courantes, de troubles ordinaires, d’accidents domestiques banals le réflexe est d’appeler le 18 (pompiers) ou le 15 (urgences médicales)… Si les faits ne sont pas sur un espace public le 18 transmet alors au 15 pour l’évaluation médicale. Normalement la personne est dirigée vers le médecin de garde (elle se déplace) ou SOS Médecins (si c’est leur zone ils viennent) ou en cas de doute le protocole veut que l’on fasse appel à une ambulance privée pour un transport aux urgences si l’une d’entre elles est disponible. Dans tous ces cas les frais sont assumés par l’assurance maladie. Si ce n’est pas le cas on est en « situation de carence » et l’appel est transmis au 18… départ du VSAB avec pompiers.

En fin d’année les « carences » doivent être payées au SDIS par l’hôpital d’accueil… du SAMU ou du SMUR… et par incapacité financière on se retrouve avec 40 % des demandes non reconnues comme carence ! La dette s’allonge d’année en année. Les impôts locaux doivent alors contribuer : la participation du département de la Gironde dépassera en 2017 les 90 millions d’euros (55 % des dépenses)… soit 30 points de fiscalité sur le foncier bâti alors que les assurances n’interviennent absolument pas dans le financement de toutes ces opérations. Si pardon dans un accident de la route elles payent le transport des véhicules mais pas des êtres humains blessés.

Il faut ajouter que des dangers nouveaux s’ajoutent chaque jour à la liste habituelle : parcs solaires géants, croisières fluviales (2 bateaux spéciaux achetés pour 3 millions d’euros), manifestations à risques lourds (coût de l’Euro évalué à 400 000 euros)… risques technologiques et aggravation des accidents climatiques… quand 60 % des interventions mobilisent des équipes pour du secours à personne ! Bref la situation s’aggrave sous la menace permanente de recours judiciaire ! Sur un centre comme Créon où œuvrent une dizaine de professionnels et une cinquantaine de citoyen(ne)s volontaires on va dépasser en 2016 les 1500 sorties. Le nombre a quasiment triplé en 20 ans mais rien n’évolue globalement en France, rien n’avance si ce n’est une exigence de secours de plus en plus pressante. Il y a pourtant urgence à réformer un système de financement dépassé, à réguler les interventions, à vraiment bâtir une stratégie sociale de secours aux biens et aux personnes car on est sur la corde raide quotidiennement !