Pour les Bordelais qui se sentent concernés par la vie publique la question qui se pose désormais est simple : que va faire Alain Juppé après avoir bu le calice jusqu’à la lie ? Il y a les déclarations du dimanche soir et les réalités du lundi matin…. Ces Bordelais  qui ont vécu depuis des décennies sous la tutelle d’un maire d’envergure nationale devront-ils se résigner à n’avoir qu’un ex-futur candidat à la fonction présidentielle ? Alors que l’on murmure dans les couloirs du palais Rohan qu’un effort fiscal de 5 % serait indispensable pour préparer un budget 2017 à la hauteur de la situation financière très difficile de la ville, peut-il envisager de céder à la tentation de Venise ? Quand la ville bruisse de commentaires peu amènes sur la dauphine Virginie Calmels doit-il passer le relais de la direction d’une équipe qui s’est singulièrement facturée durant l’ère « primaire » ? Il peut s’entêter à la proposer à sa succession mais dans le contexte actuel son arrogance destructrice ses soutiens vont renforcer leurs critiques sur ce choix personnel ? Proposer d’abandonner la présidence de la Métropole pour s’éloigner des contingences de la cogestion paraît encore plus difficile!  Si les socialistes occupés à régler leurs querelles ne lui poseront pas de problèmes il en va tout autrement dans son camp où le risque d’implosion va s’aggraver puisque sur la rive gauche il existe plusieurs prétendants à la succession… Là aussi le bouclage du budget s’annonce difficile et la séance prévue en décembre a été décalée ! Bref localement le climat n’est pas au beau fixe et les raisons de son retour « droit dans ses bottes » à Bordeaux ne sont pas celles que l’on croit!

En raison du niveau de son score en Gironde chez les militants ex-UMP il aura désormais bien du mal à imposer une quelconque volonté lors des législatives puisque l’apôtre « filloniste » de Sauveterre de Guyenne va se sentir pousser des ailes et régler ses comptes avec les centristes qui ont tapé sur son dieu ! Il y a en effet une grande différence entre le parti des ex-UMP girondins et le vote enregistré lors des deux tours primaires. Il est en effet incontestable (les indiscrétions dans une petite ville comme Créon existent) que des gens un tant soit peu progressistes inquiets sur les propositions Fillon sont allés renforcer un mouvement identique à celui du premier tour vis à vis de Sarkozy ! Ces votants ne reviendront plus dans le camp de la Droite dure et vont attendre le résultat de la mêlée générale ouverte à gauche ! Il va vite se rendre compte que la défaite engendre la fuite des soutiens individuels. Bien des « militants » vont se mettre en retrait et tourner le dos aux initiatives éventuelles de l’UMP et les lieutenants appliqueront ce principe biblique : « je pardonne à celles et ceux qui m’ont offensé mais je garde la liste ! ». L’âge des votants ne permet pas de compter en Gironde sur une relève active… en faveur de candidats juppéistes aux législatives. Il y a fort à parier que le maire de Bordeaux ne soit pas tellement invité dans les réunions locales de soutien aux candidat(e)s aux législatives… sur le Libournais, l’Entre Deux Mers, le Sud-Gironde, le bassin d’Arcachon ou le Médoc ! Dommage !

Alors comment rebondir pour « le meilleur d’entre eux » ? D’après certains spécialistes de la pensée juppéiste il risque de rester localement droit dans ses bottes en prenant des mesures d’urgence. La première verrait un choix clair en faveur de Virginie Calmels qui serait exfiltrée des législatives pour se consacrer uniquement à la relève municipale bordelaise… ce qui rabibocherait bien des élus. La seconde consisterait dans un deal national avec une proposition « fillonesque » de présidence de l’Assemblée nationale pour le rival malheureux. Il reste à savoir s’il le veut vraiment. S’il accepte cette éventualité il irait se présenter sur la 1° circonscription de la Gironde considérée comme plus accessible et qui lui permettrait d’éviter le duel avec Michèle Delaunay dont il ne veut pas ! La troisième se résumerait par ce principe : « il est urgent d’attendre ! » et on décalerait les décisions locales de toutes manières après les fêtes de fin d’année, le vote des budgets et l’installation de l’équipe Fillon dans laquelle il possède un atout : l’ex-Préfet de Gironde Patrick Stéfanini qui peut vraiment servir de trait d’union.

Il devrait relire ce passage de son bouquin joliment intitulé « La tentation de Venise » : (…) « La perspective de l’élection présidentielle tourne les têtes. Une demi-douzaine de « responsables » ne pense qu’à ça. Chacun, persuadé d’avoir un destin national, se dote de son écurie personnelle… et n’a de cesse de communiquer chaque matin à la presse le fruit de sa pensée, sans se soucier le moins du monde de savoir s’il est en harmonie avec le projet politique à laquelle il appartient. Mais existe-t-il encore un esprit de famille dans l’opposition? Le vedettariat individuel y gâte tout. Car, non contentes de se singulariser à tout propos et hors de propos, nos grandes vedettes cherchent avant tout à dépasser le partenaire… devrais-je dire l’adversaire. Tous vivent dans la même obsession: « Comment puis-je monter aux Français que je suis le meilleur, le plus sérieux ou le plus imaginatif ou le plus percutant? » (…) Il l’avait bien compris mais il ne l’avait jamais vécu et le voilà revenu à la réalité… ce qui risque de peser sur ses décisions ! Il n’a jamais aimé les réalités qui ne lui sont pas favorables !