Sans que cela apparaisse de manière très concrète, l’enjeu clé des prochaines échéance électorales sera celui de la privatisation totale du système social français. Selon le choix qu’effectueront les Français ils livreront le pays aux principe de la concurrence libre et non faussée défendue bec et ongles par les ultra-libéraux maîtrisant l’Europe ou ils entreront en résistance pour défendre les notions de service public et au public garanties comme égalitaires. Le curseur varie nettement entre les propositions de la Marine nationale, de Fillon, de Macron, des sociaux-libéraux, des sociaux-démocrates, de Mélenchon ou de Jadot. Le choix sociétal est on ne peut plus clair : solidarité individualisé avec priorité aux nantis ou à celles et ceux qui ont les moyens pour assurer leur vie quotidienne ou abandon des autres laissés au bord du chemin par refus institutionnel du principe même de la solidarité. Si la gauche peut se reconstituer, ce ne sera que sur cette base : veut-on un pays solidaire et fraternel et si oui, sur quelles bases ?

Pour la gauche la seule référence historique reste la déclaration oubliée du Conseil national de la Résistance (CNR). il reste pour de moins en moins de politiques la référence essentielle du vivre ensemble à la Française susceptible de rassembler autour d’un spécificité nationale dont on a oublié l’intérêt. Adopté le 15 mars 1944 après plusieurs mois de négociations, le programme du Conseil national de la Résistance est très empreint de rénovation sociale et suit des principes oubliés (économie planifiée) qui pourraient être adaptés au XXI° siècle (économie sociale et solidaire). Ce document comprenait deux parties, un « plan d’action immédiate » qui concernait l’action de la Résistance intérieure française à mener dans l’immédiat dans la perspective de la Libération et les « mesures à appliquer dès la Libération du territoire », sorte de programme de gouvernement qui comprenant à la fois des mesures sociales fortes que l’Europe libérale a tuées: nationalisation de l’énergie (création d’Électricité de France en 1946), des assurances (AGF en 1945) et des banques (Crédit lyonnais en 1945, Société générale en 1946), la création de la Sécurité sociale.

Ces actions ont constitué jusqu’à aujourd’hui une grande partie des acquis sociaux de la seconde partie du XXe siècle et vont être totalement détruites par la montée des formes diverses de libéralisme outrancier ou rampant. Mettons tous les partis de gauche autour d’une table avec un seul objectif : que faire pour un programme de lutte contre les privatisations de l’éducation, de la santé, de la prévoyance, des transports, de l’énergie, de l’environnement, de la solidarité ; pour la défense de la vie associative sous toutes ses formes ; la promotion de l’autogestion associative citoyenne pour contre-balancer la loi du marché !

François Fillon ira bien au-delà des directives européennes visant à instaurer une concurrence féroce toujours plus poussée. Il a plaidé lors de s première sortie de candidat pour « reprendre les privatisations » et pour que « l’État reprenne des capitaux immobilisés dans des entreprises commerciales où il a gardé des participations », comme chez Renault. Il a estimé que ces mesures concernaient les entreprises où, pour l’État, « cela ne sert strictement à rien » de détenir des participations en terme d’influence sur la stratégie de l’entreprise. Il faut « qu’on reprenne ce processus, qu’on récupère cet argent et qu’on investisse dans les infrastructures » qu’il concédera au privé (autoroutes, voies ferrées, numérique par exemple).

Pas une ligne de son programme qui ne masque ou n’affiche une volonté de désengagement de l’État républicain de sa mission d’égalité d’accès aux services fondamentaux de la vie humaine (eau, santé, éducation, culture…) au nom des nécessités budgétaires. Il a aussi par exemple prôné l’abaissement à 5 ans de l’âge de la scolarité obligatoire… avec derrière une belle arrière-pensée : contraindre les collectivités locales à financer une part des maternelles actuellement exclues par la loi Debré ! Même approche sur la sécurité sociale où la déréglementation les remboursements va conduire à la mutation en « insécurité sociale » à l’américaine ; la fin de la vie associative à la française par l’entrée de la loi du marché dans ce secteur ! Et bien évidemment tous les gens s’arrêtent sur simplement une autre promesse : « diminuer les prélèvements sociaux et fiscaux » fondements de la solidarité républicaine et transférer les dépenses des ménages vers le privé avec un coût modulable sans intervention des politiques.

Dépendance : assurez-vous pour avoir les moyens du maintien à domicile ; éducation : souscrivez un contrat prévoyance pour les études de vos enfants chez votre banquier ; santé : mutuelles devenues des assurances complémentaires ; sécurité : achetez les moyens de vous protéger ; environnement : triez plus vos déchets et payez votre taxe pour les fabricants ; transports : payez avec vos impôts la voie ferrée et repayez son utilisation par une société privée concurrente de la SNCF… Ça ne fait que commencer !