Quelle que soit votre situation personnelle ou sociale, le lendemain matin d’un grand jour de fête comme Noêl n’est jamais très rose. On brasse des regrets, de la nostalgie des bons moments vécus ou on ressent la déception de ne pas avoir su retenir le temps. C »est lui l’ennemi numéro un de ces rendez-vous espérés durant des semaines et effacés à une vitesse supersonique sans que l’on puisse y faire quoi que ce soit. Comme dans bien d’autres domaines les préparatifs sont plus jouissifs que les actes eux-mêmes. Vous avez imaginé, vous avez beaucoup cherché, vous avez prévu, vous avez réalisé afin que tout soit au mieux sans penser un seul instant que cet investissement disparaîtrait en un clin d’oeil. Au moment où vous ouvrez les yeux pour reprendre le cours normal de votre vie ou pour effectuer le bilan des événements de la vielle vous éprouvez un vide attristant.

La splendide table affiche un désordre moins alléchant. La vaisselle s’accumule sur l’évier. Les bouteilles plus ou moins prestigieuses, les papiers rutilants mais déchirés des cadeaux nécessitent un tri sélectif, les réfrigérateurs conservent les maigres reliefs de ce qui se voulait un festin, les premiers signes de lassitude ou de désintérêt pour ce que l’on pensait devant passionner pour les enfants apparaissent : la fameuse magie portée par les lumières, les couleurs, les sons s’est évanouie. Seuls les souvenirs permettent de le combler surtout si vous avez la sagesse d’avoir conservé les meilleurs d’entre eux.

Par précaution vous avez multiplié les photos, histoire de figer les visages, les attitudes, les complicités mais vous ne savez pas encore qu’elles aviveront bientôt votre envie de retour en arrière. Désormais elles sont partagées sur les réseaux réputés sociaux ce qui les rend éternelles du moins le croit-on puisque elles seront elles-aussi effacées par d’autres jugées plus importantes à diffuser. La nouveauté c’est qu’ils sont offerts à des gens qui, dans le fond, n’ont rien à faire des émotions qu’elles portent car ils pensent à juste titre que seules les leurs comptent. Elles leur permettent de constater que les « petits » ont grandi et les les « grands » ont vieilli ».Tout finira inexorablement dans les oubliettes du temps avec un jour le constat que plus personne ne sait qui est sur la photo. Les espoirs comme les déceptions, le meilleur comme le pire, les plus célèbres comme les plus humbles ne retiennent jamais la ronde des ans.

L’essentiel demeure que l’on ait pu partager. Il n’y a rien de plus terrible que la solitude face à ces journées où tout s’agite autour de vous, tout semble merveilleux ailleurs et quand le bonheur ruisselle sur les médias. Elles n’offrent qu’un intérêt que quand elles permettent justement les retrouvailles intergénérationnelles, les échanges affectueux et parfois même la solidarité ou la fraternité. Dans une société parcellisée, en voie de décomposition il est devenu encore plus indispensable de maintenir ces liens, somme toute institutionnels mais précieux. Lentement ils se déchirent pour de multiples raisons : économiques, culturelles, ethniques parfois. Il faut donc des repères strictement consuméristes pour que fonctionne ce qui était autrefois banal : le partage !

On a inventé les fêtes en tous genres afin que de se souvenir qu’il y a des mères, des pères, des grands-mères, des grands-pères… et de bien d’autres catégories sociales. Elles ont même parfois pris le pas sur des repères religieux de plus en plus nombreux en raison de la multiplicité des croyances.

Il y avait autrefois une certaine spontanéité dans ces rendez-vous qui pouvaient permettre à des villages de se retrouver pour les fêtes dites locales, des hameaux de se rassembler pour le mort du cochon, la fin des moissons, le temps des vendanges. Ces jours de partages simples ont disparu et des structures tentent d’en générer d’autres afin de redonner du sens à la vie collective.

Les lendemains « extraordinaires » déchantent toujours sauf si vous avez la conviction forte que chaque jour doit être un lendemain ordinaire du précédent où d’une manière ou d’une autre vous aurez partagé. Partagé une conviction, une envie, un bien matériel ou immatériel, une écoute, une attention, une information, une action, un travail, un projet… peu importe.

L’avantage de Noël c’est qu’il est suivi par le premier jour de l’an devenu la fête laïque par excellence. Une seconde opportunité de retrouver la chaleur tellement réconfortante d’un groupe ! Alors débutez les préparatifs, rêvez de cette soirée et de son jour suivant car c’est une semaine privilégiée. Pensez que le 2 janvier au matin il vous faudra patienter pour retrouver ces sensations i réconfortantes du partage de l’amour ou de l’amitié et vu ce qui s’annonce il n’est pas certain que vous ayez le même entrain l’an prochain !