Il y aurait si je me réfère aux expressions publiques diverses et aux publications sentencieuses qui pullulent, deux gauches en France. L’une sérieuse, efficace, compétente dite « de gouvernement » et une autre inepte, démagogue, inutile dite de « contestation » ! Si l’on ajoute que la première termine un quinquennat exemplaire forte d’une popularité « exemplaire » et d’un « solidarité sans faille » à, l’égard de son mentor élyséen, on a une idée du niveau de décadence de la seconde qui ne serait totalement discréditée, irréaliste voire désastreuse pour la Nation. Avouez un peu que ces contorsions relèvent du cirque et pas de la politique. « Un choix très clair se présente désormais à nous et à vous, le choix entre la défaite assurée et la victoire possible, entre des promesses irréalisables et une gauche crédible qui assume les responsabilités du pays » a déclaré urbi et orbi Manuel Valls aussitôt relayé par les hérauts qui le soutiennent. La ficelle ressemble à une amarre de paquebot mais elle marche. Il vaudrait mieux revenir sur ces affirmations toujours aussi péremptoires, hautaines, caricaturales et effectuer une analyse lucide de la situation. Sarkozy et Juppé ont perdu à cause de leur mépris et de leur suffisance. Manuel Valls ? Attendons ! 

Le premier constat que l’on peut effectuer par exemple en Gironde c’est une vraie perte de confiance (qui devrait préoccuper les élites) entre elles et les gens qui sont venus voter aux primaires. Les élus nationaux avaient fait massivement appel en faveur de Manuel Valls comme s’ils avaient encore le pouvoir de peser sur les votants. Cette rupture irréfutable n’est que la conséquence de leur suivisme qu’ils ont majoritairement appliqué durant le quinquennat. Le fossé de la défiance s’est encore creusé entre leur vision de la gouvernance Hollande-Valls et celle ressentie sur le terrain. Ils ont été désavoués dans leur ville, leur circonscription ou leur département. Plus ils vont accuser les votants de ne pas avoir su faire le bon choix en pratiquant l’insulte ou parfois l’intimidation et plus ils vont les éloigner d’eux…

Cette gauche de « gouvernement » parfaite, intelligente, dynamique, compétente serait dotée d’un homme providentiel, autoritaire, porteur de ses « succès » passés, épargné par les reproches de trahison à l’égard de François Hollande, habillé par le tailleur des costumes présidentiels. Elle donne la leçon aux culs-terreux, aux minables, aux sans-grade ou aux jeunes qui leur ont fait un pied-de-nez. Ce sont quasiment les mêmes ayant appelé à voter « Oui » au référendum sur le traité constitutionnel européen qui se retrouvent une nouvelle fois désavoués ! Cette gauche de gouvernement à la tête du PS actuel qui le plonge dans la tourmente en bidouillant des résultats de manière tellement con que ça en devient risible (jaune!) .

Il se trouve que parmi les soutiens de Benoît Hamon en Gironde on comptait officiellement 7 vice-président(e)s et 8 conseiller(e)s membres du Conseil départemental qui bien évidemment ne sont pas à la hauteur de vue des gens qui gouvernent. Ils ont gagné les élections départementales quand la politique nationale a envoyé au tapis une trentaine de collectivités de gauche de ce niveau en 2014. Oublié! Ils s’occupent au quotidien de vie associative, de culture, de sport, de solidarité, d’agriculture, de finances, d’infrastructures, de souvent discrètement mais ils sont nuls car ils sortent des rails de l’opinion dominante obligatoire. Ils tentent chaque jour de persuader les Girondines et les Girondins qu’ils rencontrent que la solidarité humaine et la solidarité territoriale de proximité peuvent compenser les décisions nationales réputées de gauche ! Or c’est bizarre mais sur leur territoire, sur leur commune, sur leur ville…Benoît Hamon a été souvent largement majoritaire ! Un hasard !  Ces femmes et ces hommes parfois sur le terrain depuis des décennies, ces maires, ces conseillers municipaux au contact des effets du social-libéralisme se sentent méprisés, humiliés par des déclarations suffisantes et blessantes de celles et ceux qu’ils ont parfois contribué à faire élire !  Certes ils ne sont pas de la « gauche de gouvernement » et ils n’ont jamais espéré en être mais de grâce que la camaraderie impose le respect mutuel.

Est-ce si débile que ça de vouloir expérimenter en Gironde le revenu de base en avançant prudemment? Est-ce idiot de penser que s’ils en avaient eu le pouvoir donné par un 49-3 citoyen beaucoup d’entre eux se seraient opposés à la loi NOTRe dont on mesurera les aberrations dans quelques mois ? Sont-ils irréalistes d’avoir accueilli sur leurs département, leur ville, leur commune à titre humanitaire des réfugiés ou des migrants ? Doit-on les accuser d’être victimes d’abus de faiblesse idéologique quand ils mettent en place de nouvelles formes de solidarité sans obérer les finances dont ils ont la charge ? Ont-ils été récalcitrants pour mettre en œuvre la réforme des rythmes scolaires ? Se sont-ils dérobés dans les campagnes des régionales alors que les conseillers départementaux avaient été menacés de disparition par Manuel Valls car inutiles (déjà) ? Quand ont-ils manqué de loyauté à l’égard du gouvernement dans leur rôle quotidien ? Etre socialiste c’est admettre la différence, la tolérance, la force de la conviction et l’action au service des idées. Ce n’est pas toujours louvoyer entre les écueils de psises de position difficiles ! 

Certains sermons moralisateurs de « Saints socialistes » passés par toutes les chapelles sont indécents. Espérer dans la permanence des valeurs socialistes n’a jamais été un signe de maladie dégénérative. En revanche les têtes qui enflent, l’agressivité qui perce dans les regards, le mépris à l’égard de gens ayant accepté de se déplacer pour voter alors que tout semble perdu, la résurrection de la guerre des clans, la trahison institutionnelle organisée risquent bel et bien de tuer définitivement des idéaux réputés dépassés ! Répondez leur massivement dimanche prochain !