Depuis l’origine j’ai émis des réserves sur le principe même des primaires lorsqu’elles concernent la désignation d’un candidat pouvant être porté par un parti organisé. J’aurais mauvaise conscience si après avoir été battu à celle de 2012, j’affirmais maintenant que la victoire donnée à Benoît Hamon justifiait une position favorable de ma part à une pratique qui détruit le militantisme. Je maintiens donc mon avis dans un cas comme dans l’autre mais je ne tire pas contre mon camp ! J’avais accepté le sort défavorable fait à Martine Aubry et je n’avais nullement dénigré ou refusé le choix fait en faveur de François Hollande… puisque c’était celui d’une majorité. Elle avait fait le choix de ses propositions que beaucoup jugeaient utopiques ou sans aucune chance de convaincre un électorat plus large. Et il me fallut attendre le discours du Bourget pour me sentir rassuré sur les orientations que donnerait un Président de la République de gauche à son quinquennat. J’y étais au titre d’élu local et donc convaincu du bien-fondé de la proximité, des services publics, du développement de la citoyenneté, de la protection environnementale et de la justice sociale ! J’ai cru en sa victoire et à Créon il a obtenu mon appui pour atteindre 61,56 %  des suffrages exprimés. La loyauté n’a jamais manqué! 

Je n’ai jamais remis en cause tant lors de la campagne présidentielle que lors des législatives auxquelles je participais comme suppléant de Martine Faure les engagements pris lors des primaires ou plus tard dans la campagne par François Hollande. Je n’ai pas mis longtemps à me rendre compte que le principal motif du choix effectué en faveur du Président actuel était le rejet par une majorité de personnes de Nicolas Sarkozy ! Beaucoup de votants aspiraient au changement de… personne plus qu’au changement de orientations politiques. Lors de scrutin il semble que la principale motivation des gens s’étant déplacés pour soutenir Benoît Hamon soit la rénovation du discours, des propositions, des intentions car ils ne supportent pas le leitmotiv de l’impossibilité de la solidarité réelle au nom de l’efficacité économique. Il s’agit aussi d’un désaveu sans appel de la politique menée durant 5 ans par une partie du peuple de gauche !

Au bureau de vote certaines et certains où j’étais toute la matinée et une bonne part de l’après-midi j’ai rencontré des femmes et des hommes qui expliquaient à leur manière qu’ils en avaient assez qu’on impose toujours aux même le sang et les larmes quand les profits ne cessent de croître…et que les perspectives proposées se limitent encore et toujours par des mesures techniques sans aucune référence propective. L’idée même du partage des efforts équitables s’ils sont à faire, ont vite traversé les couches sociales. Les jeunes inquiets sur leur avenir n’ont rien à cirer des états d’âmes de membres du PS qui privilégient leurs intérêts personnels immédiats à une vision d’avenir ! Les personnes âgées ont compris que l’enjeu pour leur situation n’était pas mince ! La méthode mitterrandiste du « coup d’Etat permanent » a trouvé un démenti dans ces primaires : le pouvoir a échappé aux corps intermédiaire du parti des socialistes.

En effet le résultat démontre que plus qu’un rejet de la personne, les primaires consacre les propositions les plus en phase avec l’opinion dans le camp de celui ou celle qui suscite les suffrages. L’eau tiède ne fait plus de miracles en politique et pas seulement en France ! N’ayant plus grand chose à perdre si ce n’est leurs illusions, les participant(e)s aux primaires rallient le camp des plus audacieux. La fracture de la société n’est pas aussi forte qu’elle ne le sera demain au PS… entre les héritiers inquiets et les conquérants décidés. On ne respire chez les socialistes. « Nous avons tout fait pour le mieux. Il n’était pas possible de gouverner autrement… » ne constituent plus des slogans prometteurs. « On en peut rien faire pour vous… allez voir ailleurs et avec les autres ce sera pire ! » n’ont jamais enchanté les peuples !

Je vais faire référence à un constat d’Alain Juppé : «  certes on n’est pas élu sur un bilan mais ci ce dernier est mauvais ont est toujours battu ! » pour expliciter le résultat de ce second tour des primaires. Manuel Valls et ses soutiens n’ont pas voulu l’admettre et ils ont payé cet entêtement. On n’a eu beau expliqué que si rien n’a fonctionné en France c’est de la faute une trentaine de députés socialistes refusant la fatalité d’une politique contraire à leurs valeurs on n’a pas effacé les errements présidentiels ou gouvernementaux. Les propos tenus par les partisnas de Valls doutant de son succès et préparant un coup d’état bonapartiste ! Le plus dur débute. Les vaincus vont vite refuser la défaite et se trouver un camp plus accueillant.

Pour le moment. Il leur faudra être sacrément convaincants pour expliquer à leur électorat que tout est perdu si l’on ne continue pas sur le même chemin. Ils vont tout mettre en œuvre comme ils l’ont fait pour beaucoup d’entre eux après le refus du traité constitutionnel européen que ce « vote » est une hérésie, une absurdité démocratique, une abomination anti-socialiste…un suicide populaire. Le conseil national de soutien du PS prévu pour le samedi 6 février va se transformer en conseil national de la résistance au changement et on va relancer le culte du retour ver un sauveur potentiel (François Hollande?) ou l’adhésion à la démarche de son fils spirituel Emmanuel Macron… On verra… mais moi au moins j’aurai la conscience tranquille ! Le reste me dépasse !