Quand les affaires en cours seront terminées et que l’on connaîtra enfin le candidat de la droite presque extrême il sera temps d’aborder les vrais sujets de la campagne présidentielle. Parmi ceux-ci le fonctionnement de l’Union européenne rejeté par une très grande majorité de ses habitants dans tous les pays deviendra alors la clé de bien des débats. Doit-on maintenir le cap d’une UE placée sous le signe du profit ? Doit-on renoncer à une vision sociale ? Doit-on admettre les critères contraignants en matière de déficit budgétaire ? En fait si personne ne se positionne clairement sur ces orientations, la porte sera ouverte pour les affirmations anti-européenne du camp bleu Marine ! La plus « populiste » consiste à prôner la sortie de l’euro qui serait la solution idéale à tous les problèmes que rencontrent les Français.

Dans un discours prononcé à Ljubljana à l’occasion du 10ème anniversaire de l’adoption de l’euro par la Slovénie, le patron de la BCE a fustigé les pays qui n’ont pas mis en œuvre les réformes nécessaires, faisant le lit du populisme et d’euroscepticisme. Les partis qui militent en faveur d’une sortie de l’euro (FN en France, Mouvement 5 étoiles en Italie…) estiment qu’un taux de change flexible leur permettrait de restaurer la compétitivité de leur économie. Cette vision repose souvent sur des tableaux reprenant le coût de certains produits de consommation courante en euros et en francs et qui tentent de démontrer que la monnaie européenne a conduit à une inflation des prix. En fait la comparaison n’a aucun sens puisqu’il faudrait mettre le niveau des ressources actuelles transformées en francs… et travailler sur une référence par exemple au revenu du travail horaire au SMIG.

Mario Draghi a répondu à ces propositions en affirmant que « les pays qui ont mis en oeuvre des réformes n’ont pas besoin d’un taux de change flexible pour parvenir à une croissance durable (…) Si la croissance de la productivité d’un pays est faible à cause de problèmes structurels profondément enracinés, le taux de change ne peut pas être la solution », a-t-il poursuivi. Ce n’est donc pas le problème de l’euro qui est en cause mais celui des orientations données par chaque pays à sa politique économique. La fameuses « compétitivité » reprise en boucle par les dirigeants n’est que le sacrifice de la dimension humaine de l’activité lucrative.

Depuis la crise financière mondiale de 2008, la BCE a mis en œuvre une politique d’assouplissement monétaire afin de lutter contre le risque de déflation et de relancer la croissance économique dans la zone euro. L’action de la banque centrale a fait chuter les taux d’intérêts à des niveaux historiquement bas et a entraîné un affaiblissement de l’euro, ce qui favorise les entreprises exportatrices européennes ; Ce n’est pas suffisant !

Face au dollar, l’euro a ainsi abandonné 24% depuis septembre 2008, la crise des crédits « subprimes ». En fait le monde de la finance qui était condamnable est devenu le principal et unique soutien des décisions européennes. On joue sur les taux d’intérêt. On a adapté les taux de change. On s’adapte au niveau du baril de pétrole brut. On négocie des milliards artificiels pour combler les trous bancaires. Et on entretient le culte de « l’offre » comme seule solution à la diminution de l’emploi. La variable d’ajustement reste uniquement la fameuse « masse salariale ».

Chaque jour on ressasse les mêmes formules : « plan social », « non remplacement des départs en retraite », « pas de licenciements secs », « restructuration », « suppression d’emplois »… La dernière annonce revient à EDF pourtant fleuron de l’industrie française et très présente dans de nombreux pays étrangers. Qui va payer les erreurs de gestion, les mauvais choix en matière de production d’énergie, les reprises douteuses d’autres entreprises en loques : les salariés. L’euro n’a rien à voir dans cette affaire. L’Europe oui ! Concurrence libre et non faussée, démantèlement du service public, filières non développées, vue à court terme pour produire des dividendes, regard fixé sur les cours de la Bourse : les maux sont dans ces choix !

D’ailleurs Mario Draghi, monte régulièrement au créneau pour souligner que la BCE ne peut à elle seule régler les problèmes des pays de la zone euro, appelant les gouvernements à mener des réformes structurelles et à réduire leurs dettes publiques, qui pèsent sur leur compétitivité et leur potentiel de croissance à long terme. Le discours continue… comme un axiome répété sans souci de ses effets. Les démocraties s’effondrent les unes après les autres et les populismes atteignent des sommets mais rien ne change…. On parle déficit public, une notion totalement abstraite qui permet de justifier toutes les attaques contre les plus démunis. Une nouvelle crise se profile ! Elle sera désastreuse pour les équilibres planétaires mais super Mario en rejettera la responsabilité sur les peuples qui auront refusé de courber l’échine devant le monde de la finance.