Le dérapage incontrôlé du syndicaliste policier faut le buzz comme s’il relevait de l’exceptionnel. Que nenni ! Ce « brave » représentant de ses collègues ne fait que refléter en fait le racisme présent dans la société française. Il est souvent non-dit ou craché sous le couvert de la boutade ou de la confidence mais il faut être vraiment sourd pour ne pas entendre des propos similaires dans le quotidien. Un reportage a été diffusé avant ces propos désarmants de naturel et l’on entendait une jeune femme témoigner : « On se fait contrôler, on se fait traiter de bamboula, on se fait cracher dessus ». Lorsque la journaliste demande à Luc Poignant ce qu’il en pense, le syndicaliste a alors une réponse très inattendue. « Mais moi la version, j’ai la même », confirme-t-il. « Bamboula, d’accord, ça ne doit pas se dire. Mais ça reste encore à peu près convenable ». La journaliste, incrédule, lui assène alors un « non » ferme. Luc Poignant rétorque : « Bah « enculé de flic », ce n’est pas convenable non plus ! ».

En fait il ne fait que proférer au grand jour sur un plateau de télé ce que beaucoup pensent tout bas ! Le nier c’est vraiment être d’une étrange naïveté. La France est devenu un pays où les racismes de tous ordres se sont infiltrés dans la société ordinaire, celle des comptoirs de bistrots, des tables familiales, des discussions politiques. Certes souvent de manière moins lapidaire mais pourtant bien réelle. Une récente étude le démontre sur l’immigration légale, des jeunes Français qui affichent « le soutien le plus faible des pays occidentaux sondés » aux réfugiés ou aux migrants. En effet, à peine 27% d’entre eux considèrent qu’il faudrait faciliter leurs conditions de vie et leur accès au travail. Il est certain que ce score témoigne du climat actuel dans les familles de toutes conditions et de toutes origines.

Lorsque Najat Vallaud-Belkacem face à l’héritière Le Pen : « « Quand on l’aime (La République), on l’enseigne » elle a, elle-aussi, une vision bisounours du système éducatif dans lequel on trouverait plus de 10 % des enseignants prêts à voter FN. Dans le bastion de la fonction publique une étude à posteriori du récent scrutin des régionales donne un constat consternant avec 24,6 % qui avait choisi les listes de Marine Le Pen. C’est moins que la moyenne nationale (27,3 %) mais c’est énorme dans une population (5,6 millions d’électeurs) où la gauche puise traditionnellement des bataillons de fidèles. Le pourcentage d’électeurs favorables au FN était au 1er tour de 22,7 % chez les fonctionnaires d’État, 33,6 % chez les fonctionnaires d’État de catégorie C (au bas de l’échelle salariale), 26 % dans la fonction publique hospitalière et 23 % dans la fonction publique territoriale. Avec un pic de 51,5 % chez les policiers et militaires ! Alors ailleurs… n’en parlons pas !

Le racisme n’est que rarement affiché de manière aussi détestable que ce syndicaliste emporté par son élan mais il filtre dès que l’on offre un espace de liberté de parole aux gens pourtant chargés de défendre la liberté, l’égalité et la fraternité ! Certes il a toujours existé de manière sporadique mais en 2017 les propos deviennent récurrents. On a bouffé dans les villes ou les campagnes du « rital » ou du « macaroni », du « polak » ou du « portos » mais jamais au point ou on dévore du « bamboula » ou du « bougnoule » car les crises sociales, morales, financières qui pèsent sur la société a renforcé le sentiment diffus que les problèmes viennent des autres. Le racisme est désormais décomplexé et s’affiche sans aucune crainte. Les réactions à l’odieuse séquence de Théo le démontrent de manière angoissante…

Il serait trop facile de laisser accroire que cette haine sociétale est dans un seul sens. Elle se nourrit malheureusement des excès d’un « camp » ou de l’autre dans un jeu dangereux des accusations de dérapage. Une sorte de rite de la vengeance permanente s’est installée. On nie l’autorité sous toutes ses formes et pas seulement, comme on le voudrait facilement, dans les couches populaires. « Tricher », « contourner », « tromper », « mentir » ne sont pas des verbes réservés aux Français d’origine étrangère…On peut avoir un arbre généalogique dont les racines descendent jusqu’à la couche gauloise de notre pays et donner une image catastrophique de ce que doit être un comportement de bon citoyen français. La valeur de l’exemple n’existe plus. Comment redonner confiance dans l’avenir après ces dérapages des années 1930 ? Comment donner des exemples sains quand la télé-réalité est dépassée par la réalité de la télé ordinaire ? Comment tenter de lutter contre l’instillation insidieuse de la haine quand plus de 3,5 millions de personnes se régalent de voir les journalistes du service public donner une respectabilité à celle qui dissimule mal les haines paternelles ? « Raciste, d’accord, ça ne doit pas se dire. Mais ça reste encore à peu près convenable » par les temps qui courent !