Le système médiatique a une propension de plus en plus généralisée à tourner en dérision des propositions politiques déconnectée de cette opinion dominante rassurante pour son auditoire. Le mieux c’est de faire du « pipole » car c’est outrancièrement simplificateur et ça n’oblige pas à expliquer ou à s’engager. Les spécialistes omniscients dézinguent en permanence avec une certaine morgue les moindre idées nouvelles des certains candidats dont Benoît Hamon pour se concentrer sur les vieilles lunes lepénistes, les revirements sans queue ni tête de Fillon ou justement les dérapages volontaires en zigzag de Macron.

C’est ainsi qu’en mettant au cœur de son programme social, l’écologie Benoît Hamon a fait le pari de changer un courant de pensée majoritaire priorisant l’économie libérale ou la croissance par la consommation. Ainsi pour lui, il faut infléchir une agriculture productiviste et plus encore les importations dangereuses arrivant grâce au traité CETA,. Or les critiques fusent de tous les cotés et certains électeurs préfèrent les tenants de la destruction démontrée à ceux qui tentent de convaincre de la nécessité de méthodes de cultures raisonnées. Rien n’empêchera la mutation en cours.

« Les agriculteurs et les éleveurs produisent des denrées alimentaires pour un prix inférieur au coût de leur production, ce qui les maintient dans la misère et dans le malheur pour certains lorsque l’on regarde les chiffres dramatiques des suicides dans ces professions, a expliqué Hamon. Aujourd’hui, un tiers des agriculteurs français vit avec moins de 350 € par mois. Comment peut-on accepter une situation pareille ? Leur niveau de vie est faible, et leur santé est mise en danger par l’utilisation abusive de pesticides. Une étude de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) de 2013 l’a d’ailleurs montré : il existe un lien entre l’exposition professionnelle à des pesticides et certaines pathologies chez l’adulte, comme la maladie de Parkinson (mon père en est mort dans d’affreuses souffrances), ou le cancer de la prostate. » C’est la réalité et d’ailleurs beaucoup en prennent conscience.

Le bilan est en effet « historique » pour le « bio » en 2016… Selon les chiffres de l’Agence Bio la croissance se poursuit, avec un total de 47.185 opérateurs exerçant des activités bio sur le territoire. Cela matérialise une hausse de 11,5% par rapport 2015, dont 32.326 exploitants agricoles, soit un bond de 12%… Des croissances exceptionnelles confirmant que l’abandon des engrais chimiques, des OGM, des pesticides n’est en rien une vue de l’esprit. C’est au contraire une position tournée vers la seule solution d’avenir pour la nutrition humaine. « Les surfaces consacrées à la Bio connaissent également une croissance exceptionnelle », se félicite l’Agence Bio (Agence française pour le développement et la promotion de l’agriculture biologique). Plus de 1,5 million d’hectares sont engagés à fin 2016, dont 33% en conversion (+16% vs fin 2015). Fin 2016 on atteint 5,7% de la Surface Agricole Utile (SAU) cultivée sans OGM ou produits phytosanitaires, contre 4,9% fin 2015. Une forte progression qui ne va cesser de s’intensifier. De leur côté, les consommateurs ont déjà pris le virage du bio : d’après les derniers chiffres du Baromètre Agence BIO/CSA, près de neuf sur dix (89%) en ont consommé en 2016 et près de 7 sur 10 (69%) disent même le faire au moins une fois par mois. Pour mémoire, en 2003, 46% des Français ne consommaient jamais de produits de ce type. Plus une grande surface peut se permettre d’ignorer ce phénomène et on est en sous-production de bio dans ses rayons. Le choix est essentiel pour une part croissante de la clientèle !

Côté emploi, l’Agence bio précise que l’agriculture biologique génère en moyenne de l’ordre de 60% de main d’œuvre supplémentaire par rapport à l’agriculture conventionnelle. Au moment où on parle de l’automatisation (appelée abusivement robotisation pour la ridiculiser) destructrice de l’emploi il est aussi important de rappeler ce constat faisant passer l’humain d’abord. L’étude estime qu’à mi-2016, elle représentait plus de 70.000 emplois directs dans les fermes en équivalent temps complet, plus de 30.000 emplois directs pour la transformation et la distribution de produits bio en équivalent temps complet, et 2.000 emplois en équivalent temps complet pour les actions de contrôles spécifiques à la bio, conseils, recherche et formation, développement, services administratifs. Qui est crédible ?  « Je ne conçois plus parler d’économie et de justice sociale sans y intégrer la dimension environnementale et écologique, a indiqué Benoît Hamon. Vouloir créer de la richesse et faire de la croissance, c’est bien. Mais si cela signifie plus d’huile de palme et plus de déforestation, avec un seul salarié, beaucoup de machines sur des exploitations agricoles qui prônent le productivisme à tous crins avec des pesticides, ça n’a pas de sens. Si par contre, on bascule dans l’agroécologie, pour avoir plus d’éoliennes ou d’hydroélectricité, avec un gain 30 ou 40 % d’emplois parce qu’on a fait la conversion du conventionnel vers le bio, je trouve que là, ça a du sens. » Les constats lui donnent raison…