En fait jamais la France ne s’est retrouvée dans une situation politique aussi inextricable à quelques dizaines de jours du premier tour de l’élection présidentielle. Tous les regards, tous les commentaires se tournent quotidiennement sur les réconciliations de façade (la plus fabuleuse a été celle de Fillon et Coppé), les divorces consentis (avec ou sans compensations entre Hamon et Mélenchon), les mariages arrangés (avec dot pour l’arrivant vert et sa famille), les querelles de bas étage (Le Pen fille cherche en permanence l’affrontement avec la police ou la justice), les enrôlements contradictoires (on se précipite de tous bords chez Macron) quand la dernière étape encore lointaine de cette course au pouvoir risque bel et bien de devenir la plus importante. La première n’a pourtant pas été de tout repos pour les participants aux primaires qui ont dépensé beaucoup d’énergie à éliminer leurs amis de 30 ans de la course. Les autres pendant ce temps ont pris un peu d’avance mais sans pour autant réaliser des échappées décisives. La seconde a débuté mais on s’accorde à penser qu’elle ne se réglera que dans un sprint houleux dans la dernière ligne droite. Et il reste la dernière  et la plus incertaine qui sera celle des législatives.

Jusqu’au moment de la mort du septennat adossé à une constitution de la V° République non modifiée en profondeur, les scrutins pour l’élection des député(e)s restait le rendez-vous clé de la vie politique nationale. Les constitutionnalistes avec le scrutin majoritaire à deux tours et ses règles sévères de maintien avaient voulu favoriser l’émergence de majorités stables. Ils l’avaient déconnecté de la présidentielle afin de ne pas avoir un Président otage des partis. Désormais les législatives sont devenues l’appendice d’une campagne personnalisée ôtant tout enjeu vraiment idéologique puisqu’il s’agit seulement de donner un nombre suffisant d’élu(e)s au palais Bourbon pour soutenir un gouvernement. En général c’est le cas car les électrices et les électeurs confirment leur soutien à un « leader » et à son parti ! Il y eut deux épisodes étranges avec la dissolution Chirac qui ramena ses adversaires au pouvoir pour une cohabitation historique et celui de la chambre sans majorité de 1988 ! On est parti pour retrouver l’une ou l’autre de ces situations !

Le Pen fille ne disposera jamais, même élue d’une majorité de parlementaires soutenant les propositions incantatoires qu’elle a présentée et que de très, très rares de ses soutiens ont vraiment lu pour en apprécier les conséquences. Même avec un soutien mathématique avéré (ce qui est bien différent de ce qui arriverait en France) Donald Trump a bien du mal à imposer ses mesures erratiques et destructrices. Malgré la possibilité d’utiliser les décrets et les ordonnances le mal serait vite profond dans un pays où la violence l’emporterait sur le combat démocratique. Le vrai danger de l’élection Le Pen une inévitable dérive autoritaire dont on ne connaît pas les limites!

Dans l’hypothèse d’une élection de Macron, second choix sondagier, la probabilité d’avoir un groupe stable au Palais Bourbon reste maigre. Sur sa gauche malgré les apports constants de personnalités hétérogènes il n’y a pas de marge supérieure à une vingtaine de député(e)s potentiels parmi les sortants. Il lui est impossible d’améliorer ce score sans accord avec une part importante des socialistes acceptant de se faire hara-kiri en ses désistant au profit de macronistes les devançant dans une triangulaire. Et là malgré un sauve qui peut qui serait généralisé pas de centaines de soutiens en perspective !

Sur sa droite l’hécatombe risque d’être plus importante que prévue surtout si Fillon arrive troisième et donc avec une base de départ inférieure à 20 % des exprimés pour ses ouailles ! Plus de réserve centriste en vue ! Le mari de Pénélope aura bien du mal à rentrer victorieux d’une seconde campagne durant laquelle il aura coulé son propre camp par son inconséquence et son obstination à nier l’évidence. Impossible dans le contexte actuel d’imaginer une majorité absolue issue de l’ex-UMP… à l’assemblée nationale pas plus que de présidence de la République !

Le plus mal loti risque d’être Mélenchon dont la seule ambition pourrait être d’obtenir une quinzaine de sièges pour installer un groupe politique autonome susceptible de faire vivre un nouveau parti. Le Parti Communiste devrait se saborder pour qu’il en soit ainsi… et les parrainages stockés dans le coffre-fort du PC vont peser lourd dans la balance. Si JLM reste aux alentours de 10 % comme annoncé actuellement ce ne sera pas un combat facile pour ses partisans aux législatives surtout si ce score se partage entre « PCF » et « France insoumise ». Il serait vraiment étonnant que le PS et le PC ne recherchent dans les jours qui viennent un accord électoral sur un programme commun rappelant l’élection de 81.

L’accord « Jadot-groupe de contact Hamon » aura par ailleurs bien du mal à devenir un accord « EE-LV-PS » sans retouches surtout si en dehors de certaines circonscriptions, les deux partis restent come annoncé en concurrence ! Si en plus il fallait encore sacrifier des socialistes investi(e)s au profit de PC en danger il deviendrait quasiment impossible d’avoir un nombre d’entrants ou de revenants au Palais Bourbon pour constituer une majorité de gauche. Parti comme c’est parti dans cette France politique en lambeaux la chienlit menace et en 2022 là ce sera « Maréchal-Le Pen nous voici » la chanson à la mode ! Bien entendu ce n’est qu’une analyse sommaire d’un vieil inconscient !