En politique il est indispensable d’avoir dans un coin de sa mémoire,  deux principes essentiels pour se sortir d’un marécage dans lequel on disparaît souvent très vite. Le premier c’est qu’il faut parfois « donner du temps au temps » selon un expert en la matière, un certain François Mitterrand. On l’applique plus facilement avec l’âge quand on a fait des efforts démesurés pour se hisser hors des sables mouvants dans lequel le système vous propulse à l’insu de votre plein gré. La tentation mortelle est de vouloir aller trop vite, de ne pas bien tout analyser avant d’avancer et de penser que le chemin tracé ne sera pas pavé de mauvaises intentions. Si l’on prend un exemple récent il est possible de mesurer les conséquences de cette attitude empressée.

Ainsi mercredi le camp Fillon triomphait car élus avaient donné en un temps record leur soutien officiel à leur cheval boiteux… Un record d’efficacité qui va avoir un terrible effet boomerang puisque la loi ne permet plus de changer de candidat en cas de plan B. Des maires ont associé leur nom et leur fonction à la victime d’un complot d’Etat, avec une surprenante rapidité. C’est assez intéressant de vérifier que la course de vitesse a conduit par exemple sur le Bassin d’Arcachon le Député-Maire d’Arcachon, sarkozyste invétéré et sa voisine la Sénatrice-maire de Gujan Marie-Hélène des Esgaulx juppéiste convaincue, à mettre la gomme pour arriver en tête sur la liste des soutiens à « l’assassiné de la Sarthe » ! Les voici ficelés par leur signature au bas d’un « parchemin !»  Trois autres élus les accompagnaient (Cavignac, Fronsac, le Pian sur Garonne) dans ce sprint au soutien… sauf qu’ils n’ont pas envisagé dans leur course que le plan « B comme Bordeaux » ou « J comme Juppé » pouvait revenir dans l’actualité ! Ils doivent être en Gironde et en France des centaines à se mordre les doigts d’avoir été plus rapides que les éclairs des foudres judiciaires pour se lier avec celui qui va les conduire au gouffre. Les plus malins attendent avec le stylo à la main car ils ont encore une dizaine de jours pour signer un contrat moral avec le « diable ». Ce soir (vendredi) le conseil constitutionnel va actualiser la liste des parrains, ce qui pour Fillon prend tout sons sens !

Des centaines de maires apolitiques de droite vont donc être piégés par les consignes venues de mentors se gardant bien pour leur part de céder à la précipitation. Bayrou a encore manqué une occasion de se taire. En se précipitant chez Macron contre quelques parts de boudins béarnais il a tué son ami Juppé…et a réalisé une nouvelle boulette politique qui peut devenir la dernière de son histoire. Ravis par cette annonce certains de ses copains girondins vont devoir effectuer un tête à queue rapide si par hasard le « plan J » fonctionne (ils se sont précipités sur les candidatures aux législatives) quant aux autres ils vont lui présenter l’addition ! Macron va se rendre compte que Bayrou porte la poisse…car en fait il coûte toujours plus cher qu’il ne rapporte et le marf=ginaliser très vite !

L’autre principe qu’il ne faut jamais oublier au risque de sombrer rapidement dans le marigot reste celui que l’on attribue à Voltaire : « Gardez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis, je m’en charge ! ». Impossible de s’en sortir sans une attention particulière portée à celles et ceux que vous avez soutenus, encouragés, parfois accompagnés mais qui dès que vous tournez le dos vous poussent négligemment dans la fange. Fillon va le constater à ses dépens… Le fameux « casse toi pauv’con ! » qui a contribué au succès populiste de Sarkozy va trouver une application plus soft mais tout aussi ferme ! Le Trocadéro qui est ainsi nommé en souvenir de la bataille qui s’est déroulée le 31 août 1823, pendant laquelle un corps expéditionnaire français enleva le fort du Trocadéro, qui défendait le port de Cadix, en Espagne, risque bien de devenir la référence d’une campagne menée par la droite extrême la plus anti-républicaine qui soit. La « Manif pour tous » va en effet mobiliser les pires ennemis de la tolérance, de la justice, du progrès et devenir ainsi «  la manif pour un » avec des relents des années 1930. Il serait vraiment naïf celui qui succédant à Fillon « l’assassiné », penserait obtenir leur soutien ! Chez ces gens-là on ne se laisse pas en effet voler sa victoire ! Les amis de Fillon vont devenir ses pires ennemis si par hasard il faiblit dans son programme et ses engagements !

En fait en politique il est indispensable de prendre son temps et d’avoir des yeux dans le dos ! Faute de quoi vous ne faites pas long feu… La vérité d’un jour n’a jamais été celle du lendemain. Gageons que lundi prochain le paysage de la campagne aura encore changé avec le soutien de quelques sondages soigneusement ajustés aux circonstances. Si la Droite le veut elle a les journaux et les moyens financiers de transformer la cote de popularité du châtelain de la Sarthe en piste de luge. On les publiera dimanche pour que tout le monde en ait une parfaite connaissance. Et alors là il y aura des « parrains » qui vont regretter amèrement d’avoir foncé sans regarder où ils mettaient les pieds !