Je sais je suis ringard ou, comme dirait un admirateur d’Emmanuel Macron, un « has been » car c’est plus élégant. Impossible de me changer sur les références de mes valeurs anciennes et probablement dépassées. Je l’admets puisque désormais il faut tout concéder au monde du profit puisque sans lui, à un certain niveau, les peuples seraient plongés dans la pauvreté et la désespérance car sans travail mal payé et épuisant ! Ces gens merveilleux qui dispensent des salaires à des cadres, des techniciens, des ouvriers ont, à toutes les époques de l’Histoire depuis l’aube de l’Humanité, exploité des Hommes pour accumuler des fortunes personnelles ou collectives grâce au système libéral ou au minimum à une société de moins en moins régulée.

Ainsi on apprend que 2016 a été une année exceptionnelle pour les résultats du CAC 40 : un bénéfice de 73,92 milliards d’euros pour les 38 entreprises ayant un exercice calendaire, soit une progression de 32,6 % et de 54 % depuis 2013. Si l’on ajoute les résultats de Pernod Ricard (exercice clos fin juin 2016) et ceux de Sodexo (clos fin août), le CAC 40 a même généré un profit de 75,8 milliards d’euros… Il faut remonter à 2010 (76,2 milliards d’euros) pour trouver trace d’un exercice aussi profitable pour les actionnaires… un vrai succès du quinquennat écoulé ! Une bénédiction avant les élections présidentielles. Ces sommes colossales illustrent parfaitement la nouvelle donne : laissons la finance gouverner le monde et la richesse sera de moins en moins partagée !

C’est vrai je suis vieux jeu et j’ai encore des repères d’une époque révolue mais quand, dans le même temps, j’entends les déchaînements fallacieux accompagnant la perspective de mise en place d’un revenu universel de base dégressif pour les jeunes et les moins jeunes en situation difficile, je pense que la lutte entre le capital et le salariat mériterait tout de même d’être au moins moins méprisée. Il y a des marges de manœuvre fortes dans tous les secteurs et la variable d’ajustement n’est pas nécessairement la masse salariale ou l’emploi ! Le CICE ? Les exonérations de charges sociales ? La fraude fiscale ? Des réalités à rapprocher de ces bénéfices approchant le déficit budgétaire de la France ! Aussitôt l’argent appelant l’argent et le profit générant toujours plus de profit le CAC 40 est remonté à la Bourse de Paris.

Les valeurs bancaires ont signé une belle séance, Société Générale prenant 2,07% à 46,76 euros, BNP Paribas 2,43% à 60,79 euros et Crédit Agricole 2,74% à 12,40 euros.. Lagardère a bondi de 10,25% à 26,85 euros, soutenu par un bond de son bénéfice net de… 136% en 2016. Bref ons e frotte les mains à la Bourse de Paris et le sondage plaçant Emmanuel Macron en tête n’a pas freiné, loin s’en faut, l’enthousiasme des spéculateurs. En France le problème ce sont les PME et le TPE qui souffrent faute de savoir optimiser leurs situations. La politique de l’offre ne leur profite guère. Elles rament pour obtenir des soutiens bancaires et se battent farouchement dans un système concurrentiel forcené tirant les produits vers les bas. Les PME et à fortiori les TPE ne peuvent pas dans ce contexte partager ce formidable gâteau du CAC 40.

Si l’on prend le cas de LafargeHolcim on a en effet une idée dont on peut illustrer le principe que l’argent n’a pas d’odeur (sauf celle des scandales). Le 2 mars dernier, le géant suisse des matériaux de construction LafargeHolcim a en effet admis avoir « indirectement » financé en 2013 et 2014 des groupes armés en Syrie. Le cimentier  avait missionné un intermédiaire pour obtenir de l’EI des laissez-passer pour ses employés aux checkpoints. Le siège de Lafarge à Paris était au courant de ces efforts. Le journal a aussi évoqué un laissez-passer estampillé du tampon de l’EI, permettant aux camions de circuler pour approvisionner le site, et laissant supposer le paiement de taxes. Qui a réagi ?

Mieux maintenant ce grand groupe qui a fermé de nombreux sites en France ne crache pas sur le mur entre le Mexique et les USA voulu par Trump, l’ami inconditionnel des trusts. « Nous sommes prêts à fournir nos matériaux de construction pour tous types de projets d’infrastructures aux Etats-Unis » a déclaré sans aucune retenue le patron du géant du ciment, né en 2015 de la fusion entre les cimentiers français Lafarge et suisse Holcim. L’entreprise espère être un des grands gagnants du programme d’investissements de 1.000 milliards de dollars promis par Donald Trump pour rénover les infrastructures américaines (ponts, tunnels, routes, aéroports). Ce plan, dont l’annonce est proche devrait inclure la construction du mur frontalier… anti-immigration ! Quand le PDG de Lafargeholcim ajoute « Nous n’avons pas d’opinion politique » on pense au ni droite, ni gauche d’un autre ! Il a cependant annoncé avoir dopé la rentabilité du cimentier au terme de l’exercice 2016 puisqu’il a dégagé un bénéfice net de 2,09 milliards de francs ! C’est vrai je suis ringard et nul ! Je le reconnais… et je l’assume !