Il semble que les Françaises et les Français souhaitent un renouvellement des têtes dans le milieu politique. C’est probablement ce qui participe au « succès » de Macron présenté comme le gendre idéal dépourvu de la moindre aspérité et surtout incolore ou sans saveur. En fait dans 3 mois il est certain qu’il faudra aux cotés des « indéboulonnables » de l’Assemblée car installés sur des circonscriptions imperdables pour leur camp, s’habituer à de nombreux nouveaux visages. Deux causes contribueront à ce bel effet sur l’action publique : la situation fluctuante et le non cumul des mandats exécutifs ! Il faudra pourtant pour le Président élu, se trouver des appuis expérimentés et solides qui risquent d’être rares dans tous les camps. Les projections donnent à peine 150 député(e)s retrouvant leur siège et donc plus de 400 nouveaux venus !

En perdition les partis traditionnels seront les principales victimes de cette disparition des tacticiens du Palais Bourbon. Le PS et EE-LV peuvent espérer dans le meilleur des cas (sursaut républicain) entre 50 et 80 élus sans alliance avec… Macron. Peu d’entre eux mettront d’ailleurs le poing et la rose sur leurs documents de campagne cherchant leur aura personnelle de sortant récupérer un électorat pas affection. Le FN peut atteindre les 60 partisans inconditionnels ce qui lui permettra de peser dans l’hémicycle par la parole et les contestations. Ils ne comptent dans leurs rangs aucun élu de poids si ce n’est Collard et la nièce du « parrain » Le Pen. La déroute n’épargnera pas les ex-UMp dont on sait qu’ils seront sur de nombreuses circonscriptions privés des centristes. Tant les socialistes que les fillonistes vont laisser des plumes dans l’abandon de la fonction de député par de nombreuses valeurs sûres préférant assurer un poste plus proche du terrain et moins exposé.

Pas moins de 235 députés (sur 577 soit plus de 41 %) et 160 sénateurs (sur 348 soit 48 %) vont devoir faire un choix entre leur mandat parlementaire et une fonction exécutive locale. C’est un bouleversement. En Gironde ce sont 3 députés PS qui se retirent (Martine Faure, Conchita Lacuey et Philippe Plisson), 4 sénateurs sur 6 qui ne repartent pas au palais du Luxembourg ! Un autre ex-UMP hésite chez les députés ! La loi sur le non-cumul a fait ses effets et la montée éventuelle d’En Marche risque de mettre en évidence le slogan « le changement c’est maintenant » le 18 juin au soir !

Cette mutation réjouissante va contraindre au soir du 1° tour les partis traditionnels dont le PS a réviser sa politique des investitures. Il va devenir impératif de devenir réaliste ou alors de disparaître du paysage politique français. En effet Comme aux départementales de mars 2015, le danger pour la gauche est de perdre ce scrutin dès le premier tour. Ainsi, la gauche ne serait présente que dans 301 à 363 circonscriptions, ce qui signifie a contrario qu’elle ne pourrait pas défendre ses chances au second tour dans un tiers ou plus des circonscriptions, selon l’hypothèse de participation. Il est très difficile de s’imposer dans ces conditions avec un scrutin majoritaire. La multiplication des candidatures à gauche éparpilleraient un électorat déjà pas très solide car se situant à moins de 30 % après les présidentielles. Rappelons que le plus mauvais score réalisé dans l’histoire de la V° République lors des législatives de 1958 avec 47 survivants (score de 8 %) suivi des élections de 1968 et 1993 (57 élus) pour des résultats respectifs de 12 et 10 %… et de 66 députés en 1962 (14 % des voix). Gageons que les ordinateurs pourront dès le 23 avril au soir déterminer le niveau de cette présence essentielle pour l’équilibre de la Gauche !

Au global on est déjà en mesure de prévoir l’effondrement des duels droite- gauche (122 contre 420 en 2012), la hausse des triangulaires (151 contre 33 en 2012) et surtout des duels Droite/FN (163 contre 9) Pour la gauche il faut s’attendre à son absence au second tour dans 176 à 238 circonscriptions (bien plus que les 120 de 1993) mais elle pourrait remporter près de 200 sièges (Insoumis + P.S + PS Macron+ EE-LV) mais aucune majorité absolue ! Un front républicain éventuellement nationalement décidé pourrait changer la donne mais il ferait voler en éclats les accords signés avant même le premier tour des présidentielles !

Bien évidemment afficher ces prévisions tirées des constats actuels relève du défaitisme absolu. Et pourtant ! Une étude très poussée permet d’affirmer, même avant le partage entre les quatre grands candidats mobilisant 3 votes sur 4 il y aurait moins d’une douzaine au total en France d’élus au premier tour dont 4 du FN ! Un signe fort de rupture du barrage contre les prochaines étapes de la montée du populisme anti-chambre du fascisme légal !