François Fillon se débat comme une mouche dans une toile d’araignée des affaires. Il tente par tous les moyens d’échapper au sort qui l’attend en multipliant les battements d’ailes ce qui dans le fond le rend encore plus fragile. Il lui faut absolument à l’aube de la dernière semaine de la campagne électorale sanctuariser son électorat de la primaire quitte à perdre celui des ses rivaux. Il est donc conduit à donner des signes à la grange sociale intégriste qui lui avait permis de largement devancer Alain Juppé. Parfaitement organisé en réseau après la lutte contre le « mariage pour tous » ou surtout contre l’IVG depuis des années, la mouvance connue sous le sigle de « sens commun » a fini par prendre le contrôle de l’appareil de campagne de celui qui n’a plus aucun réel soutien de l’ex-UMP !

L’un des partis phare de la V° République va inévitablement imploser si, comme les horoscopes sondagiers le prédisent, le candidat Fillon se retrouve en 4° voire en 5° position. La France réactionnaire qui n’est absolument différente de l’électorat de la mafia Le Pen va se mobiliser autour des sujets sociétaux qui lui tiennent à cœur et donc va mesurer son influence. Les intégristes catholiques, les moralisateurs de tous ordres, les anti-IVG, les patrons de combat, les ultra-libéraux obsédés par le profit, les agriculteurs productivistes vont s’accrocher à celui qui peut leur permettre de revenir sur des évolutions qu’ils ont toujours condamnées. Il lui fut donc tenter le tout pour le tout…en durcissant le ton, en entrant de plain-pied dans l’outrance et surtout en donnant des gages !

Ses déclarations sur Sens commun passent mal dans ce qui devrait être son propre camp… et surtout donnent une opportunité aux macronistes de se positionner en centristes tolérants et accueillants pour les déçus du fillonisme primaire.

L’homme aux costumes « irrécupérables » a expliqué qu’il pourrait intégrer à son gouvernement des membres de Sens commun, mouvement lié à la « manif pour tous », s’il était élu président de la République. Interrogé sur une participation de Sens commun à un gouvernement, le candidat de la droite à la présidentielle a répondu: « pourquoi pas » dans une émission de radio. Ce n’est absolument pas un hasard ou un erreur politique mais un acte délibéré qui sonne le rappel des troupes de la France forte ! « Sens commun fait partie des hommes et des femmes qui sont fiers de leur pays, attachés à leurs traditions, pour lesquels j’ai beaucoup de respect, c’est des composantes », a-t-il dit. « Cette façon qu’ont une partie des commentateurs et des élites politiques de classer les Français et de jeter une forme de discrédit sur certains d’entre eux est insupportable », a-t-il ajouté afin qu’il n’y ait aucune ambiguïté. Il doit bien ça à celles et ceux qui contre 200 000 € lui ont mitonné la « mobilisation » en autobus du Trocadéro pour tenter d’enrayer les effets dévastateurs des aventures de François et Pénélope !

Le président de Sens commun, a bien aimé et a affirmé sur le sur le site de campagne de François Fillon, où il a ses aises : « On ne peut malheureusement pas appuyer sur un bouton et faire disparaître l’IVG. Celui qui dit ça aujourd’hui sait très bien que ça ne se fera pas demain. Il faut faire un travail de reconquête intellectuelle, culturelle et spirituelle pour pourvoir aller plus loin. Et pour ça, une fois encore il faut les digues que nous entendons bâtir aux côtés de Francois Fillon. ». Sens Commun a pris en otage le moribond de la Sarthe et va lui imposer ses candidat(e)s pour les législatives en guise de dot de mariage politique.

Né au printemps 2013 à la suite de la mobilisation contre la loi Taubira sur le mariage homosexuel, ce mouvement qui deviendra aux municipales (j’en prends les paris) un parti très actif veut depuis donner un prolongement politique à l’action de la Manif pour tous. Il y a réussi par le biais d’une affiliation au parti « Les Républicains », le mouvement revendique près de 10.000 adhérents et compte bien, comme l’affirme clairement son site internet : « Apporter une contribution concrète et globale afin d’élaborer les nouvelles fondations de la droite de gouvernement ». Leur cheval de bataille : la famille, « clé de voûte de toute société humaine » et fait de « la complémentarité entre l’homme et la femme » la base indispensable à la fondation de celle-ci.

Rien ne dit que les déclarations de François Fillon ne vont pas conforter sa position actuelle ! Les études confirment que les électorats sont encore très mouvants sauf le sien. Dans cetet dernière ligne droit il va donc tabler sur le fait que Marine Le Pen comme François Fillon disposent d’un socle d’électeurs « certains » nettement supérieur à ceux des autres candidats (70 % à 80 %). Face à un Jean-Luc Mélenchon stable, autour de la barre de 60 % d’intentions fermes (les propos opportuns de François Hollande vont renforcer ses partisans!) il sait qu’Emmanuel Macron voit ses convaincus fluctuer tantôt à la hausse tantôt à la baisse. Il lui faut donc cristalliser les siens et attendre un repli de celui qui va recevoir implicitement le soutien de Hollande ! Pas certain que cette manœuvre soit marquée du « mauvais » sens !