Si l’on a inventé la spécialisation universitaire en sciences politiques, c’est qu’il est indispensable d’apprendre des codes indispensables afin de comprendre un monde mouvant, abscons, subtil ou grossier. Il est vrai qu’il faut un niveau intellectuel très élevé pour apprécier des situations complexifiées par positions totalement illogiques. Le vrai problème c’est qu’il faut des années d’expérience pour apprécier ou désapprouver les coups ayant bien des similitudes avec le billard américain. Expédier dans le trou la boule paraissant la plus rentable après des trois, quatre bandes en utilisant l’une pour écarter l’autre et ainsi détruire les facilités que l’on offre à son concurrent. Terrible réalisme qui repose sur la duplicité entre participants ou sur une forme de complicité qui cause des ravages mais dont ils se moquent bien puisque personne n’est capable d’en percevoir les arcanes. La politique n’a plus rien de scientifique !

L’impression générale que vont laisser ces présidentielles accentuera l’abandon total des certitudes que l’on pouvait encore entretenir. Il n’en reste qu’une : les clivages ancrés depuis des décennies dans la vie politique sont morts ! Les affaires et les trahisons ont eu raison d’un système binaire dans le fond très rassurant car favorisant l’alternance réputée républicaine. Elle a fini par s’user dévorée par les allées venues et les arrangements. Plus rien ne ressemble à rien et pour parvenir à suivre un tant soit peu les prises de position des « vedettes » égocentriques qui composent désormais le panel des acteurs du théâtre politicien.

C’est ainsi que celui qui se réclame depuis des années de la filière gaulliste canal historique vient de passer avec armes et bagages chez les pires ennemis du Général. Il avait peut-être de fins de mois difficiles qui l’attendaient. Sa campagne a besoin de généreux donateurs… et comme dans bien d’autres cas le fric reste un argument politique essentiel. Le comité national de Debout la France, s’était divisé sur son positionnement en vue du second tour de l’élection présidentielle. « Il y a eu des discussions où tous les avis se sont opposés et à la fin on s’est séparés. Il n’y a pas de décision prise, il n’y a pas de décision commune » a-t-on annoncé mais comme Nicolas Dupont-Aignan, issu de la droite gaulliste, n’a pas réussi à franchir la barre fatidique des 5%, qui permet d’être remboursé de ses frais de campagne il fallait bien éviter le dépôt de bilan ! Il présentera ses candidats pour voir une petite rente de situation pour le quinquennat avec un petit accord confidentiel de désistement réciproque qui permettra de mettre un peu de beurre dans les épinards de ce qui deviendra « couché la France ». Mais ce n’est pure médisance. N’empêche que l’on a dû sabler le champagne au QG de la Marine car la prise renforce les chances de succès… dans un contexte où à gauche on fait le chemin inverse vers la fragmentation la plus complète !

Jean-Luc Mélenchon ne donne pas de consigne de vote. « Moi, j’irai voter. Ce que je vais voter, je ne vais pas le dire, mais il n’ y a pas besoin d’être grand clerc pour deviner ce que je vais faire. » Muet depuis le soir du premier tour de la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon est enfin sorti du silence mais pas de son ambiguité. « Est-ce qu’il y a une seule personne d’entre vous qui doute du fait que je ne voterai pas Front National ? Tout le monde le sait », a-t-il indiqué, tout en précisant qu’il n’adhérait pas au projet d’Emmanuel Macron. Le jeu de la roulette russe manque de charme quand ils e pratique avec le crâne des autres. D’ailleurs l’ambiguïté convient bien au FN ! Sa candidate demande aux électeurs de la France insoumise de la rejoindre au second tour de la présidentielle pour « faire barrage » à Emmanuel Macron, dans une vidéo postée sur Twitter.

Il n’y a pas de petits gains puisque les Insoumis attendent le résultat d’une consultation devant décider de leur position… déjà annoncé par leur chef ! Le Pen cherche simplement à équilibrer les sorties vers Macron des ralliements vers elle puisque elle sait que le vote blanc ou l’abstention seront majoritaires ! Elle a déclenché une polémique sur le discours du compagnon du malheureux policier assassiné afin de rassurer « Sens Commun » sur son rejet du mariage pour tous. Un petit gain obtenu sans aucun scrupule sur le corps d’une victime du terrorisme. Et ce n’est pas fini…

Aujourd’hui c’est une bien belle journée pour la haine, le racisme, l’exclusion, le populisme qui a selon les scientifiques de la politiques gagné 5 à 8 points supplémentaires. « Voter FN serait un poison terrible », a expliqué doctement Alexis Corbière, porte-parole de la France insoumise. Il a également évoqué des « petites manœuvres pas très dignes » (sic). Il faudra se contenter de cette déclaration fracassante tant sur le fond que sur la forme ! Même comme ma seule formation sur le tas aux sciences politiques repose sur la sincérité, la fidélité et la loyauté je n’ai jamais eu aussi peur ce soir pour l’avenir de la République. On touche le fond !