Déclaration lue le 1° mai devant le Monument dédié aux résistants et aux habitants massacré par la Milice et les SS à Mauriac le 14 août 1944 au nom des élus locaux, départementaux, régionaux présents au rassemblement contre le Front national  : 

« Merci du fond du cœur d’avoir répondu à notre appel à briser l’indifférence, à redonner son sens profond au vote de dimanche prochain, à avoir accepté de dépasser les déceptions conjoncturelles pour témoigner du fait que l’essentiel doit nécessairement nous rassembler.

Merci d’avoir renoncé, l’espace de quelques minutes à nos différences, à nos divergences, à nos rivalités parfois dérisoires pour dénoncer ce poisson mortel pour notre démocratie qui s’est instillé dans les pores de notre territoire.

Merci de nous permettre par votre présence amicale rassurante, de rappeler que l’Entre Deux Mers a été depuis des siècles un terre de tolérance, de partage mais aussi de résistance.

Merci d’être à présentes et présents pour réveiller des consciences intoxiquées par ce gaz apparemment indolore, inodore et incolore de l’idéologie lepéniste.

Merci d’avoir accepté en ce jour hautement symbolique du 1° mai où des hommes sont morts assassinés, fusillés ou pendus pour de simples revendications sociales, d’être à nos côtés devant ce monument.

Il a été érigé à la mémoire de ces gens humbles, dont il ne nous reste que les noms gravés dans la pierre, ayant payé de leur vie leur lutte contre l’application barbare et cruelle d’une idéologie qu’un peuple avait portée par les urnes au pouvoir dans un pays en crise. L’oublier serait suicidaire !

Leur courage, leur abnégation, leur sacrifice n’ont rien à voir avec les nôtres, certes méritoires mais confortables, faciles, sans risques. Nous sommes que les humbles passeurs vers l’avenir de leur mémoire !

Chaque hésitation citoyenne face au combat que nous avons solidairement à mener contre les porteurs de la haine camouflée en racisme ordinaire, de l’exclusion transformée en refus farouche de la diversité, du nationalisme perverti en patriotisme constitue une erreur, une faute, une injure faite à ces millions de personnes qui, comme celles de Blasimon ou de Mauriac, ont perdu la vie dans des circonstances atroces pour que certains puissent maintenant voter favorablement aux idées qui les ont massacrés.

Oublier un seul instant ce principe de Bertold Brecht voulant que paradoxalement « le fascisme n’est pas le contraire de la démocratie mais son évolution par temps de crise. » c’est aller par indifférence, par manque de lucidité, par négligence ou par calcul à courte vue, vers le désert citoyen où finiront par mourir nos valeurs républicaines.

Mesdames, messieurs, rien n’est jamais acquis quand on laisse aux autres le soin de mener les combats qui doivent être les nôtres. « Seules les batailles perdues sont celles que l’on ne livre pas !» affirme un principe anonyme qui n’a jamais été aussi indispensable à la vie politique !

Pour nous, pour vous, pour toutes celles et tous ceux qui ne peuvent pas ou n’osent pas le faire, nous avons décidé avec Martine, avec tous les élus présents de poursuivre et d’accentuer notre bataille contre des formes déguisées, édulcorées, maquillées de ce fascisme qui en France et en Europe n’a jamais vraiment été éradiqué.

Il nous faut solidairement dénoncer les vraies idées portées pour la France par le Front national. Et pour y parvenir les élus que nous sommes ont leur rôle à jouer pour redonner un sens au second tour.

Le FN est en effet arrivé au premier tour en tête dans plus de la moitié des communes de notre territoire atteignant parfois plus de 41 % des votants ! La passivité le conforte ! Les hésitations l’encouragent ! Le refus du débat le nourrit !

Les peuples sans mémoire sont selon moi condamnés à mourir tôt ou tard de froid. Quels Français avaient vraiment mesuré ce que dissimulait les pleins pouvoirs donnés à Pétain ?

Nous avons voulu avec Martine et tous les élus qui ont bien voulu se joindre à nous, en cette journée sous ce ciel chargé de menaces mais aussi d’espoirs, marquer notre inquiétude.

Nous ne serons jamais des élus passifs quand la République est menacée, quelle que soit la menace et d’où qu’elle vienne ! Nous sommes tous deux fiers de nos racines, nous sommes tous deux des enfants de l’école de la république, nous avons été des instituteurs de la République, c’est à dire des garants de l’éducation des citoyens des lendemains, nous sommes tous deux élus, comme tous ceux qui nous entourent aujourd’hui, sur des engagements clairs, sur des principes sans concession sur le vivre ensemble, sur la tolérance, sur le partage.

Nous en appelons donc à votre lucidité, à votre courage, à votre motivation pour réduire au maximum les votes en faveur de celle qui maquille derrière un langage simpliste, caricatural, tronqué une idéologie malsaine du passé.

« Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde »  affirmait Bertolt Brecht qui avait encore tenté d’alerter sur les dangers qui menaçaient notre pays des droits de l’Homme et des citoyens et bien d’autres.

Pour eux, ces victimes, dont seuls les noms restent comme témoignages de la réalité des idéologies extrémistes de tous ordres, nous devons convaincre pour éviter un 8 mai 2017 d’horreur et de peur ; pour eux, entrés dans la nuit obscure du passé, nous devons tout faire pour allumer les lumières de l’espoir ; pour eux, songeons toute la semaine à ce vers de Shakespeare : « La mémoire est la sentinelle de l’esprit. » 

Nous voulions vous rassembler ici pour que deveniez des sentinelles de l’esprit de notre démocratie, des combattants de la liberté, de l’égalité, de la fraternité !

Le dimanche 7 mai, chaque voix qui manquera au Front national, chaque voix qui combattra le Front national, chaque voix qui sortira de l’indifférence vis à vis des idées du Front national, chaque voix qui échappera aux mensonges du Front National  seront celles d’une résistance effective pour éviter la destruction de la démocratie ! Les tergiversations ne sont plus de mise et le combat durera jusqu’au soir d’une autre date symbolique, celle du 18 juin prochain !

Que chacune de vos fleurs déposées devant ce monument aux morts de la barbarie portent tout à l’heure votre serment de l’action, de la passion, de la motivation pour éviter que l’histoire soit une éternel recommencement !  J’ai confiance en votre engagement républicain ! «