L’avis d’obsèques a été publié dans les plus grands quotidiens nationaux. Le Premier secrétaire du parti socialiste a annoncé officiellement avec plusieurs membres de ses proches la mort du Parti Socialiste et a prévu une cérémonie dans plusieurs mois avec une grande messe que l’on appelle un Congrès. Pas certain que tout le monde voit arriver cette manifestation avec la même compassion ou le même intérêt. Il faut savoir qui officiera et surtout qui sera invité à l’office. Pour le moment l’essentiel des préoccupations repose sur l’incertitude relative aux causes du décès. Suicide ? Assassinat ? Vieillesse ? Mort naturelle ? Anémie ? Les médecins légistes se pencheront prochainement sur ce qu’il reste d’un corps en charpie et en mort cérébrale depuis déjà plusieurs mois. Ils chercheront par des analyses poussées les vraies causes de cette disparition programmée depuis les primaires. Ils trouveront des traces de poison inoculé par voie intraveineuse composé de promesses non tenues ou ils détecteront de graves carences en valeurs essentielles pour maintenir un parti debout. Le bilan sera terrible. A tel point qu’une purge s’avérera inévitable et risque de secouer sévèrement les organes essentiels à la bonne marche de ce grand corps malade !

Entre celles et ceux qui croiront que la cure de jouvence passe par un lifting « macroniste » et les autres qui parleront amputations obligatoires des membres atteints de « frondite » le débat risque vite de tourner à l’aigre. Impossible d’imaginer un seul instant que la scissiparité permettra une régénérescence rapide de ces disparitions définitives. Certaine invoqueront inévitablement les subtilités homéopathiques du spécialiste que fut Mitterrand dont on reprendra les ordonnances du « coup d’Etat permanent ». D’autres tenteront de requinquer le moribond avec les potions nordiques de Mauroy. Il y en aura fort peu qui évoqueront les grimoires de l’alchimiste de la pensée que fut Rocard car c’est oublié. En fait comme il n’y a plus véritablement de chef de clinique capable d’appliquer le traitement ad-hoc on ira inévitablement vers un contre-congrès d’Epinay et un vrai congrès de Tours. Le recensement des forces en présence a débuté. Il se poursuivra après les législatives ! En cherchant à ménager toutes les combinaisons potentielles pour le second tour les gestionnaires provisoires de l’actuelle indivision socialiste vont s’évertuer d’éviter une épidémie qui décimerait les troupes parlementaires. Tous les stratagèmes sont bons pour sauver un nombre suffisant de « cardinaux » susceptibles d’élire un « pape » ou d’en placer dans la cohorte en marche. Au cas où !

« Je pense que c’est la fin d’un parti tel qu’il a vécu jusqu’ici. Il va falloir se réinventer. Il faudra y réfléchir après les législativesc», explique Stéphane Le Foll. Le porte-parole du gouvernement provisoire n’est pas le seul à faire ce constat. Jean-Christophe Cambadélis, l’actuel premier secrétaire de la rue de Solférino ajoute sa nouvelle formule d’un appel qu’il lancera le 18 juin au soir « on fera le bilan de tout ça mais il est clair qu’il faudra une reconstruction voire une refondation du Parti socialiste. Le parti d’Épinay est mort et bien mort ». D’ici là, il promet qu’aux élections législatives « on ne reconnaîtra (déjà) plus le PS (sic) » car « il y aura des nouveaux candidats partout (sic). Nous n’allons pas attendre un congrès de refondation dans un an ou je ne sais quand » pour engager le renouvellement ». Le pire c’est qu’il y croît !

Manuel Valls a prononcé une oraison funèbre avec la larme à l’œil : « C’est la fin d’une histoire, nous le savons bien. Le Parti socialiste doit bien sûr se dépasser, changer. Nous n’avons pas été capables de changer notre nom (sic), de nous dépasser, de changer notre nature. Nous avons une alliance avec les écologistes qui eux espèrent une alliance avec Mélenchon. Il y a des socialistes, qui au sein du Parti socialiste, espèrent aussi cette alliance. Qu’avons nous à faire ensemble? Plus rien!». Ca au moins le mérite d’être clair… il est bien difficile de lui donner tort ! Nous n’avons plus rien en commun. La « famille » réunie autour du cercueil va vite éclater. Ce sera terrible dans certains exécutifs où des femmes et des hommes élus sous la même bannière vont devoir s’affronter alors qu’ils auront parfois un pied dans l’opposition ou un pied dans la majorité…et que pourtant il leur faudra gérer ensemble. Les dégâts vont être terribles pour les futures échéances : sénatoriales (2017), européennes (2018), municipales (2020) mais les comptes à régler sont tels que rien n’arrêtera la dispute sur le cadavre encore chaud.

Je ne me sens plus du tout concerné par la politique. Je n’ai plus aucun ressort, aucune motivation, aucune envie, aucun intérêt… Mon militantisme est mort… lui-aussi ! Mes valeurs s’éteignent peu à peu!  Je ferai mon devoir jusqu’au 18 juin par fidélité à celles et ceux qui m’ont soutenu et fait confiance durant toute ma vie publique. Je laisserai les autres, celles et ceux qui savent tout, qui ont toujours raison, qui bouffent du socialiste à tous leur repas, assumer leurs responsabilités en toute liberté.  Je respecterai mon dernier engagement technique au service d’un département qui sera vite menacé et étouffé. Ni fleurs, ni couronnes, ni condoléances… mais un don à la recherche du socialisme de demain !