Il existerait en France une nouveauté politique similaire à celle qui a été souvent condamnée par les gens que l’on appelle les « intellectuels » : on va découvrir le « parti unique ». Il ne s’agit pas vraiment d’une innovation sur le fond mais jamais on aura atteint un tel niveau. On se souvient l’assemblée nationale en 1968 où l’UDR avait atteint 60 % du Palais Bourbon mais si les sondages se confirment on arriverait avec LREM a plus de 360 députés soit % ! Impossible d’imaginer que ce raz-de-marée de couler blanche reflète vraiment les courants de pensée de la France actuelle. Il faut rappeler qu’en 1968 le taux de participation avait été de 80 % quand on le prévoit aux alentours de 56 % le 10 juin et probablement de beaucoup moins le dimanche suivant. Cette réalité va certainement échapper aux commentateurs puisque la barre des 12,5 % des inscrits va certainement causer des ravages dans le camp de l’opposition de gauche et qu’il faut se préparer dans bien des circonscriptions à des fronts républicains en faveur des représentant(e)s d’En Marche pouvant se retrouver face à des prétendants du FN !

Il paraît que le Président macron aurait fait part de son inquiétude face à un score aussi élevé de son camp au sein de l’Assemblée nationale. D’abord parce qu’il y aura bien au sein de ce groupe pléthorique plus de 90 % de gens totalement inexpérimenté sur le travail parlementaire et qui aurait comme seule force de modération interne les « violents » du Modem ! Pas facile de gérer ce « parti unique » quand il y aurait que le son de la différence porté par les ex-UMP pour apporter une contradiction. Ensuite même si c’est sa victoire ? La gauche laminée lui posera plus de problèmes que d’avantages. Il sait fort bien par expérience récente que si l’opposition n’existe pas en temps de parole au Parlement elle aura vite tendance à s’exprimer dans la rue, sur les territoires où il reste bien des élus locaux que ne possède pas LREM ! Pourquoi tenter de faire passer la réforme du code du travail par des ordonnances quand on dispose d’un telle puissance à l’assemblée nationale ? Il est certain que la contestation s’installera ailleurs.

Enfin l’accusation de « godillots » ne tardera pas à fleurir au fil des sessions à l’égard de Députés qui ne discuteront même pas un seul texte gouvernemental puisque dans les faits la Gauche ne pourra pas déposer de motion de censure et ils erait vain de croire que cette contestation puisse venir de la Droite ! Dans les années 1960, les parlementaires gaullistes qui soutenaient sans faille le général de Gaulle et son gouvernement furent ainsi qualifièes de « parti godillot, » pour montrer leur fidélité et obéissance au souverain de l’Elysée. L’expression « parti godillot » et dans une moindre mesure le mot « godillot » lui-même sont restés avec un sens similaire mais péjoratif, pour désigner des membres d’un parti politique suivant sans discuter la ligne du parti ou des parlementaires suivant sans discuter leur gouvernement. L’appréciation sera rapidement la même !

L’autre aspect inquiétant pour Macron c’est que le lieu de l’opposition se situera au Sénat où il n’aura jamais la majorité malgré le renouvellement prévu à l’automne prochain. En fait il devient paradoxal de voir que l’équilibre nécessaire entre l’exécutif et le législatif ne reposera que sur des parlementaires non élus au suffrage universel direct. Cette valorisation du Palais du Luxembourg tombe mal en une période où il avait été envisage de le réformer en profondeur. Ce sera en effet perçu comme une nouvelle étape vers l’installation d’un pouvoir personnel similaire à celui d’un chef d’État de république bananière ! On a par exemple sanctionné le PS pour la loi El Khomry mais on va donner les pleins pouvoirs à macron pour qu’il fasse pire !

Il n’est jamais bon, par ailleurs, de donner la sensation que l’on veut écraser ses adversaires surtout que le vrais juges de paix seront les prochaines échéances électorales des Européennes à la proportionnelle (2019) et des municipales (2020) qui peuvent constituer les premiers vrais obstacles sur le chemin présidentiel. Il faudra nécessairement des alliances pour ancrer dans la durée LREM dans le paysage politique national ce qui est essentiel pour le renouvellement du mandat de l’occupant adulé du siège présidentiel ! Les élections locales sont souvent bien différentes des nationales ! On a vu ce qui est arrivé à Hollande après son entrée à l’Élysée. Les frondeurs accusés de tous les maux n’ont jamais été les responsables des échecs retentissants des municipales, des régionales et des départementales par le PS pourtant majoritaire au Sénat et à l’Assemblée nationale.

En fait le plus grave c’est que dans un tel contexte Macron doit avoir des résultats rapides et concrets car il n’y aura plus d’excuses puisqu’il aura tous les outils du pouvoir en mains. Seul de Gaulle a joui d’une telle liberté d’action en 1968 et on se souvient où ça l’a conduit quelques mois plus tard…