J’avais déjà annoncé ma décision de me retirer, à plus de 70 ans, après de longues années d’engagement militant au service du syndicalisme, de la mutualité, de la politique ou de la vie associative. J’ai eu le privilège de ne jamais connaître dans ces parcours un seul échec personnel face au suffrage universel. J’ai bien entendu, déjà depuis plusieurs mois, le message des femmes et des hommes m’ayant fait confiance souvent massivement : le temps du vrai changement et de la relève sont arrivés : je me mets en roue libre !  C’est logique! J’ai cherché chaque fois que c’était possible partout, dans toutes les situations à privilégier les successions en laissant ma place à des gens désireux de s’engager. J’en ai aidé beaucoup à s’inscrire dans la logique de l’intérêt général dans la vie publique et ils ont su être plus efficaces, plus dynamiques, plus convaincants que je ne l’aurais été. Je me suis souvent trompé ou fourvoyé en imaginant d’autres chemins que ceux choisis par les électrices et les électeurs. C’est logique ! Des attaques portées depuis plusieurs semaines ou plus récemment par des gens oublieux des liens personnels leur ayant permis leur propre parcours, ont accentué ma volonté de m’éloigner définitivement des combats partisans.

J’assumerai mon mandat départemental afin de ne pas trahir l’engagement souscrit auprès de mes collègues de « Gironde solidaire » et du président Jean-Luc Gleyze. C’est aussi par loyauté à l’égard des élus locaux qui me font confiance, des responsables associatifs auxquels je suis très attaché, des citoyens qui attendent toujours une main tendue de ma part que j’essaierai d’aller le plus loin possible si ma santé me le permet. Il n’est pas question d’abandonner un navire qui va être dès la prochaine rentrée sabordé par la métropolisation rampante.  Par contre je ne prendrai que des positions liées à ce mandat et uniquement à ce dernier mandat. Après m’être mis en congé fin 2015 du Parti socialiste j’ai déjà annoncé que je le quittais définitivement après 41 ans de présence, laissant à des militants nouveaux le soin localement, départementalement et nationalement de construire une autre structure indispensable à la Gauche. Je ne doute pas que des femmes et des hommes nouveaux, motivés, solides, travailleurs sauront être efficaces en la matière. Je n’adhérerai plus jamais à un parti politique et je ne soutiendrai plus aucun(e) candidat(e) à une élection ! 

Plus que jamais la citoyenneté reste mon obsession. Elle n’a jamais mérité autant d’investissement de tous les vrais défenseurs des valeurs républicaines. Le niveau historique de l’abstention, les résultats constatés au soir du premier tour des législatives, les difficultés rencontrées pour élever le débat, le rejet des pratiques politiciennes… vont renforcer la nécessité de revenir aux fondamentaux de la démocratie. A cet égard je prends acte que toutes mes initiatives récentes soulèvent plus de critiques que d’adhésions. Il faut donc en tirer les conséquences : je ne publierai plus de chroniques politiques sur ce blog ! « Donneur de leçons » pour les uns, « moralisateur » pour les autres ; « sans intérêt » ou « partisan » pour des commentateurs anonymes, je me contenterai de textes personnels sans lien avec la vie publique. A ces censeurs de tenter d’inverser le flux dévastateur du tsunami de l’opinion dominante » qui vient d’obtenir son plus grand triomphe depuis un siècle ! Contrairement à ce que certain(e)s peuvent penser j’ai la certitude que ces décisions n’ont aucun intérêt pour bien des gens… et c’est heureux ! Je tenais à vous en informer vous lectrices et lecteurs fidèles ou occasionnels de Roue Libre. Les autres ne doivent pas se sentir obligés de lire ces propos et de les commenter. J’ai eu beaucoup de plaisir à faire vivre depuis septembre 2005 soit depuis presque 12 ans quotidiennement ce blog.

J’ai envie de respirer ! J’ai envie de ne plus avoir l’angoisse de déchaîner des passions inutiles. J’aspire à davantage de liberté. J’aspire à vivre, à partager, à revenir à des moments débarrassés des scories de cette fausse vie qu’est celle des activités politiciennes. J’ai envie de me laisser porter par le quotidien, le vrai travail au service des autres sans pour autant en devenir esclave. Je ne veux plus encombrer l’horizon prometteur de beaucoup. J’ai donné, beaucoup donné je le crois et j’admets que je ne suis plus en capacité de le faire. Il faut faire place à d’autres plus en accord avec l’air du temps alors qu’il y a maintenant 22 ans au jour près les Créonnaises et les Créonnais me confiaient les rênes de cette belle ville de Créon qui me tient tant à cœur.

Je laisse le peuple ressusciter et aller vers son destin avec des guides plus efficaces et plus éclairés que moi. Je vais tenter de me donner du temps qui risque tôt ou tard de me manquer. Je souhaite le plus dé réussite possible à celles ou ceux qui se lanceront dans ces charges électives trop décriées et dénigrées par des gens qui souvent n’ont jamais fait le moindre pas pour l’assumer ! Il leur faudra un épiderme moins sensible que le mien vieillissant! Que l’avenir leur appartienne !

Je me permets de leur proposer d’avoir toujours à l’esprit, sous peine de désillusion sévère, ce constat de Jules Claretie : « Tout homme qui dirige, qui fait quelque chose,a contre lui ceux qui voudraient faire la même chose, ceux qui font précisément le contraire, et surtout la grande armée des gens d’autant plus sévères qu’ils ne font rien du tout. »

Merci très affectueusement à tous mes compagnons jeunes et beaucoup moins jeunes de route. Ils ont couru avec moi pour d’autres et pour moi avec fougue. A bientôt peut-être dans la vie qui continue et qui aura un autre parfum, celui de la liberté et de la véritable amitié.

Jean-Marie Darmian

11 juin 2017