Nous vivons dans une époque où il faut garantir aux consommateurs de tout et de rien le risque zéro ! Plus personne ne veut admettre que le « progrès » génère forcément des dangers que l’on ne découvre qu’au fur et à mesure de l’usage qui est fait des créations. Bien évidemment cette réalité n’est admise par personne dès qu’un accident se produit et que des vies humaines sont perdues. Ainsi les architectes font la course à l’originalité et au grandiose mais en oubliant qu’il appartient à la collectivité de faire face aux conséquences néfastes éventuelles de ces ouvrages. Un récent exemple vient de Londres avec un incendie monumental qui a dévasté un immeuble d’habitations de 24 étages. Au moins 12 morts, 78 blessés dont une vingtaine sont dans un état critique et de nombreux disparus sont à déplorer. Cet immeuble de logements a été construit en 1974 et il était certes en mauvais état mais sa hauteur et sa structure n’étaient pas si futuristes que celles qui sont actuellement pratiquées. Les pompiers londoniens ont précisé que cet incident était pourtant « sans précédent » et qu’aucune cause ne permettait de l’expliquer pour le moment. Bien entendu on trouvera des responsables mais nullement des coupables.

En fait on accumule les normes, les directives, les règlements, les techniques mais c’est un interminable course de vitesse entre l’inventivité technologique et ses conséquences dans de nombreux domaines. On ne cesse de renforcer la sécurité : des détecteurs multiples de fumée, des colonnes véhiculant de l’eau sous pression ou encore ­des ascenseurs équipés de rideaux coupe-feu. Mais par exemple selon la configuration de la construction il n’est pas possible d’utiliser les grandes échelles actuelles qui doivent s’appuyer sur des façades verticales. Comme certaines sont en décalées ou inclinées il faut inventer de nouveaux engins de secours pour espérer accéder aux étages. Quant à l’évacuation des occupants, elle a été spécialement conçue au moyen d’une cage ignifugée, dotée de groupes électrogènes dans les escaliers de secours… Attendons avec impatience le résultat de l’enquête anglaise pour savoir si toutes ces précautions ont été mis en œuvre dans une société libérale où seul le profit compte !

On a par exemple découvert qu’il était extrêmement difficile d’éteindre un incendie touchant des installations photovoltaïques sur un immeuble puisque même si on coupe les connections les panneaux continuent à produire de l’électricité empêchant ainsi d’être arrosés ! Les pompiers ont été formés à cet exercice. Avant toute intervention, ils repèrent la technologie utilisée (photovoltaïque, thermique, hybride), le type d’installation (intégrée en toiture, en surimposition, au sol), mais aussi s’il s’agit d’une production destinée à la revente ou à l’autoconsommation. Mais pour parer à tout risque d’électrocution, il faut que les panneaux soient « déconnectés » le plus rapidement possible. En effet, si jamais une installation solaire prenait feu en pleine journée (à cause d’un départ de feu sur le bâtiment par exemple), elle produirait de l’électricité tant qu’il y a du soleil ou de la lumière et que les panneaux sont raccordés. Il ne faut surtout pas « arroser » les panneaux solaires avec de l’eau tant qu’ils ne sont pas déconnectés, au risque d’électrocuter le pompier.

Les constructions très denses en cours dans certains quartiers poseront un jour des problèmes malgré toutes les précautions annoncées. En attendant il faut assumer financièrement la création de dizaines d’emplois des sapeurs-pompiers professionnels, les investissements croissants dans des matériels spécifiques et mettre en place de multiples procédures onéreuses. C’est une réalité qui déconnectent les initiative privées, comme dans de nombreux domaines, de leurs conséquences pour les services publics ! Dans la mesure où on supprimerait la taxe d’habitation on peut se poser la question de savoir avec quels moyens les collectivités locales feront face à ces exigences de sécurité ? Il est certain que les contribuables y ont tous pensé ! Les mesures de débit des bouches à incendie étaient par exemple assurées jusque là par les sapeurs-pompiers et ce ne sera plus le cas au 1° janvier 2018 puisque le service vient d’être privatisé. Les communes auront à financer environ 130 € par an et par équipement ! Pas certain que les habitants le sachent vraiment.

Il en va ainsi de multiples secteurs de la vie sociale. La réaction suit toujours les désastres dans un pays comme le nôtre. La réponse passe inévitablement des renforcements de la législation d’autant plus sévères que son application est confiée aux élus locaux ! Il est certain que le principe de précaution n’est que très rarement appliqué sous la pression des fameux « fabricants » du progrès qui ont besoin d’une vraie rentabilisation de leurs investissements. Et pourtant… il devrait être inscrit dans la loi !